ANDROMAQUE
Tragédie
De
Jean Racine.
Dédiée
à Madame
Voir
la première et la seconde préfaces.
Personnages
ANDROMAQUE,
veuve d'Hector, captive de Pyrrhus.
PYRRHUS,
fils d'Achille, roi d'Épire.
ORESTE,
fils d'Agamemnon.
HERMIONE,
fille d'Hélène, accordée avec Pyrrhus.
PYLADE,
ami d'Oreste.
CLÉONE,
confidente d'Hermione.
CÉPHISE,
confidente d'Andromaque.
PHOENIX,
gouverneur d'Achille, et ensuite de Pyrrhus.
SUITE
D'ORESTE.
La scène est à Buthrot, ville d'Épire,dans une salle du palais de
Pyrrhus.
À MADAME
MADAME,
Ce
n'est pas sans sujet que je mets votre illustre nom à la tête de cet ouvrage.
Et de quel autre nom pourrais-je éblouir les yeux de mes lecteurs, que de celui
dont mes spectateurs ont été si heureusement éblouis ? On savait que VOTRE
ALTESSE ROYALE avait daigné prendre soin de la conduite de ma tragédie. On
savait que vous m'aviez prêté quelques-unes de vos lumières pour y ajouter de
nouveaux ornements. On savait enfin que vous l'aviez honorée de quelques larmes
dès la première lecture que je vous en fis. Pardonnez-moi, MADAME, si j'ose me vanter
de cet heureux commencement de sa destinée. Il me console bien glorieusement de
la dureté de ceux qui ne voudraient pas s'en laisser toucher. Je leur permets
de condamner l'Andromaque tant qu'ils voudront, pourvu qu'il me soit
permis d'appeler de toutes les subtilités de leur esprit au cœur de V. A. R.
Mais,
MADAME, ce n'est pas seulement du cœur que vous jugez de la bonté d'un ouvrage,
c'est avec une intelligence qu'aucune fausse lueur ne saurait tromper.
Pouvons-nous mettre sur la scène une histoire que vous ne possédiez aussi bien
que nous ? Pouvons-nous faire jouer une intrigue dont vous ne pénétriez tous
les ressorts ? Et pouvons-nous concevoir des sentiments si nobles et si
délicats qui ne soient infiniment au-dessous de la noblesse et de la délicatesse
de vos pensées ?
On
sait, MADAME, et V. A. R. a beau s'en cacher, que dans ce haut degré de gloire
où la nature et la fortune ont pris plaisir de vous élever, vous ne dédaignez
pas cette gloire obscure que les gens de lettres s'étaient réservée. Et il
semblé que vous ayez voulu avoir autant d'avantage sur notre sexe par les
connaissances et par la solidité de votre esprit, que vous excellez dans le
vôtre par toutes les grâces qui vous environnent. La cour vous regarde comme
l'arbitre de tout ce qui se fait d'agréable. Et nous, qui travaillons pour
plaire au public, nous n'avons plus que faire de demander aux savants si nous
travaillons selon les règles. La règle souveraine est de plaire à V. A. R.
Voilà
sans doute la moindre de vos excellentes qualités. Mais, MADAME, c'est la seule
dont j'ai pu parler avec quelque connaissance : les autres sont trop élevées
au-dessus de moi. Je n'en puis parler sans les rabaisser par la faiblesse de
mes pensées, et sans sortir de la profonde vénération avec laquelle je suis,
MADAME,
DE
VOTRE ALTESSE ROYALE
Le
très humble, très obéissant et très fidèle serviteur,
RACINE.
VIRGILE AU TROISIÈME LIVRE DE L'ÉNÉIDE
C'est Énée qui parle.
Littoraque Epeiri legimus, portuque subimus
Chaonio, et celsam Buthroti ascendimus urbern...
Solemnes turn forte dapes et tristia dona...
Libabat cineri Andromache, Manesque vocabat
Hectoreum ad tumulum, viridi quem cespite inanem,
Et geminas, causam lacrymis, sacraverat aras...
Dejecit vultum, et demissa voce locuta est :
" Ô felix una ante alias Priameia virgo,
Hostilem ad tumulum, Trojae sub moenibus altis,
Jussa mori ! quae sortitus non pertulit ullos,
Nec victoris heri tetigit captiva cubile.
Nos, patria incensa, diversa per aequora vectae,
Stirpis Achilleae fastus, juvenemque superbum,
Servitio enixae, tulimus, qui deinde secutus
Ledaeam Hermionem, Lacedaemoniosque hymenaeos...
Ast illum, ereptae magno inflammatus amore
Conjugis, et scelerum Furiis agitatus, Orestes
Excipit incautum, patriasque obtruncat ad aras.
"
Voilà,
en peu de vers, tout le sujet de cette tragédie. Voilà le lieu de la scène,
l'action qui s'y passe, les quatre principaux acteurs, et même leurs
caractères. Excepté celui d'Hermione, dont la jalousie et les emportements sont
assez marqués dans l'Andromaque d'Euripide.
Mais véritablement mes personnages sont si fameux
dans l'antiquité, que pour peu qu'on la connaisse, on verra fort bien que je
les ai rendus tels que les anciens poètes nous les ont donnés. Aussi n'ai-je
pas pensé qu'il me fût permis de rien changer à leurs mœurs. Toute la liberté
que j'ai prise, ç'a été d'adoucir un peu la férocité de Pyrrhus, que Sénèque,
dans sa Troade, et Virgile, dans le second de l'Énéide, ont
poussée beaucoup plus loin que je n'ai cru le devoir faire.
Encore
s'est-il trouvé des gens qui se sont plaints qu'il s'emportât contre
Andromaque, et qu'il voulût épouser cette captive à quelque prix que ce fût.
J'avoue qu'il n'est pas assez résigné à la volonté de sa maîtresse, et que
Céladon a mieux connu que lui le parfait amour. Mais que faire ? Pyrrhus
n'avait pas lu nos romans. Il était violent de son naturel. Et tous les héros
ne sont pas faits pour être des Céladons.
Quoi qu'il en soit, le public m'a été trop favorable
pour m'embarrasser du chagrin particulier de deux ou trois personnes qui
voudraient qu'on réformât tous les héros de l'antiquité pour en faire des héros
parfaits. Je trouve leur intention fort bonne de vouloir qu'on ne mette sur la
scène que des hommes impeccables. Mais je les prie de se souvenir que ce n'est
pas à moi de changer les règles du théâtre. Horace nous recommande de dépeindre
Achille farouche, inexorable, violent, tel qu'il était, et tel qu'on dépeint
son fils. Et Aristote, bien éloigné de nous demander des héros parfaits, veut
au contraire que les personnages tragiques, c'est-à-dire ceux dont le malheur
fait la catastrophe de la tragédie, ne soient ni tout à fait bons, ni tout à
fait méchants. Il ne veut pas qu'ils soient extrêmement bons, parce que la
punition d'un homme de bien exciterait plutôt l'indignation que la pitié du
spectateur ; ni qu'ils soient méchants avec excès, parce qu'on n'a point pitié
d'un scélérat. Il faut donc qu'ils aient une bonté médiocre, c'est-à-dire une
vertu capable de faiblesse, et qu'ils tombent dans le malheur par quelque faute
qui les fasse plaindre sans les faire détester.
VIRGILE AU TROISIÈME LIVRE DE L'ÉNÉIDE
C'est Énée qui parle.
Littoraque Epeiri legimus, portuque subimus
Chaonio, et celsam Buthroti ascendimus urbern...
Solemnes turn forte dapes et tristia dona...
Libabat cineri Andromache, Manesque vocabat
Hectoreum ad tumulum, viridi quem cespite inanem,
Et geminas, causam lacrymis, sacraverat aras...
Dejecit vultum, et demissa voce locuta est :
" Ô felix una ante alias Priameia virgo,
Hostilem ad tumulum, Trojae sub moenibus altis,
Jussa mori ! quae sortitus non pertulit ullos,
Nec victoris heri tetigit captiva cubile.
Nos, patria incensa, diversa per aequora vectae,
Stirpis Achilleae fastus, juvenemque superbum,
Servitio enixae, tulimus, qui deinde secutus
Ledaeam Hermionem, Lacedaemoniosque hymenaeos...
Ast illum, ereptae magno inflammatus amore
Conjugis, et scelerum Furiis agitatus, Orestes
Excipit incautum, patriasque obtruncat ad aras.
"
Voilà,
en peu de vers, tout le sujet de cette tragédie. Voilà le lieu de la scène,
l'action qui s'y passe, les quatre principaux acteurs, et même leurs
caractères. Excepté celui d'Hermione, dont la jalousie et les emportements sont
assez marqués dans l'Andromaque d'Euripide.
C'est
presque la seule chose que j'emprunte ici de cet auteur. Car, quoique ma
tragédie porte le même nom que la sienne, le sujet en est pourtant très
différent. Andromaque, dans Euripide, craint pour la vie de Molossus, qui est
un fils qu'elle a eu de Pyrrhus, et qu'Hermione veut faire mourir avec sa mère.
Mais ici il ne s'agit point de Molossus. Andromaque ne connaît point d'autre
mari qu'Hector, ni d'autre fils qu'Astyanax. J'ai cru en cela me conformer à
l'idée que nous avons maintenant de cette princesse. La plupart de ceux qui ont
entendu parler d'Andromaque, ne la connaissent guère que pour la veuve d'Hector
et pour la mère d'Astyanax. On ne croit point qu'elle doive aimer ni un autre
mari, ni un autre fils. Et je doute que les larmes d'Andromaque eussent fait
sur l'esprit de mes spectateurs l'impression qu'elles y ont faite, si elles
avaient coulé pour un autre fils que celui qu'elle avait d'Hector.
Il est vrai que j'ai été obligé de faire vivre
Astyanax un peu plus qu'il n'a vécu ; mais j'écris dans un pays où cette
liberté ne pouvait pas être mal reçue. Car, sans parler de Ronsard qui a choisi
ce même Astyanax pour le héros de sa Franciade, qui ne sait que l'on
fait descendre nos anciens rois de ce fils d'Hector, et que nos vieilles
chroniques sauvent la vie à ce jeune prince, après la désolation de son pays,
pour en faire le fondateur de notre monarchie ?
Combien
Euripide a-t-il été plus hardi dans sa tragédie d'Hélène ! Il y choque
ouvertement la créance commune de toute la Grèce. Il suppose qu'Hélène n'a
jamais mis le pied dans Troie ; et qu'après l'embrasement de cette ville,
Ménélas trouve sa femme en Égypte, dont elle n'était point partie. Tout cela
fondé sur une opinion qui n'était reçue que parmi les Égyptiens, comme on le
peut voir dans Hérodote.
Je
ne crois pas que j'eusse besoin de cet exemple d'Euripide pour justifier le peu
de liberté que j'ai prise. Car il y a bien de la différence entre détruire le
principal fondement d'une fable, et en altérer quelques incidents, qui changent
presque de face dans toutes les mains qui les traitent. Ainsi Achille, selon la
plupart des poètes, ne peut être blessé qu'au talon, quoique Homère le fasse
blesser au bras et ne le croie invulnérable en aucune partie de son corps.
Ainsi Sophocle fait mourir Jocaste aussitôt après la reconnaissance d'Œdipe,
tout au contraire d'Euripide, qui la fait vivre jusqu'au combat et à la mort de
ses deux fils. Et c'est à propos de quelque contrariété de cette nature qu'un
ancien commentateur de Sophocle remarque fort bien qu'il ne faut point
s'amuser à chicaner les poètes pour quelques changements qu'ils ont pu faire
dans la fable ; mais qu'il faut s'attacher à considérer l'excellent usage
qu'ils ont fait de ces changements, et la manière ingénieuse dont ils ont su
accommoder la fable à leur sujet.
ACTE PREMIER
SCÈNE PREMIÈRE
ORESTE, PYLADE
ORESTE
Oui,
puisque je retrouve un ami si fidèle,
Ma
fortune va prendre une face nouvelle ;
Et
déjà son courroux semble s'être adouci,
Depuis
qu'elle a pris soin de nous rejoindre ici.
Qui
l'eût dit, qu'un rivage à mes voeux si funeste
Présenterait
d'abord Pylade aux yeux d'Oreste ?
Qu'après
plus de six mois que je t'avais perdu,
À
la cour de Pyrrhus tu me serais rendu ?
PYLADE
J'en
rends grâces au ciel, qui m'arrêtant sans cesse
Semblait
m'avoir fermé le chemin de la Grèce,
Depuis
le jour fatal que la fureur des eaux
Presque
aux yeux de l'Épire écarta nos vaisseaux.
Combien
dans cet exil ai-je souffert d'alarmes !
Combien
à vos malheurs ai-je donné de larmes,
Craignant
toujours pour vous quelque nouveau danger
Que
ma triste amitié ne pouvait partager !
Surtout
je redoutais cette mélancolie
Où
j'ai vu si longtemps votre âme ensevelie.
Je
craignais que le ciel, par un cruel secours,
Ne
vous offrît la mort que vous cherchiez toujours.
Mais
je vous vois, Seigneur ; et si j'ose le dire,
Un
destin Plus heureux vous conduit en Épire :
Le
pompeux appareil qui suit ici vos pas
N'est
point d'un malheureux qui cherche le trépas.
ORESTE
Hélas
! qui peut savoir le destin qui m'amène ?
L'amour
me fait ici chercher une inhumaine.
Mais
qui sait ce qu'il doit ordonner de mon sort,
Et
si je viens chercher ou la vie ou la mort ?
PYLADE
Quoi
? votre âme à l'amour en esclave asservie
Se
repose sur lui du soin de votre vie ?
Par
quel charme, oubliant tant de tourments soufferts,
Pouvez-vous
consentir à rentrer dans ses fers ?
Pensez-vous
qu'Hermione, à Sparte inexorable,
Vous
prépare en Épire un sort plus favorable ?
Honteux
d'avoir poussé tant de voeux superflus,
Vous
l'abhorriez ; enfin vous ne m'en parliez plus.
Vous
me trompiez, Seigneur.
ORESTE
Je me trompais moi-même.
Ami,
n'accable point un malheureux qui t'aime.
T'ai-je
jamais caché mon coeur et mes désirs ?
Tu
vis naître ma flamme et mes premiers soupirs.
Enfin,
quand Ménélas disposa de sa fille
En
faveur de Pyrrhus, vengeur de sa famille,
Tu
vis mon désespoir ; et tu m'as vu depuis
Traîner
de mers en mers ma chaîne et mes ennuis.
Je
te vis à regret, en cet état funeste,
Prêt
à suivre partout le déplorable Oreste,
Toujours
de ma fureur interrompre le cours,
Et
de moi-même enfin me sauver tous les jours.
Mais
quand je me souvins que parmi tant d'alarmes
Hermione
à Pyrrhus prodiguait tous ses charmes,
Tu
sais de quel courroux mon coeur alors épris
Voulut
en l'oubliant punir tous ses mépris.
Je
fis croire et je crus ma victoire certaine ;
Je
pris tous mes transports pour des transports de haine ;
Détestant
ses rigueurs, rabaissant ses attraits,
Je
défiais ses yeux de me troubler jamais.
Voilà
comme je crus étouffer ma tendresse.
En
ce calme trompeur j'arrivai dans la Grèce ;
Et
je trouvai d'abord ses princes rassemblés,
Qu'un
péril assez grand semblait avoir troublés.
J'y
courus. Je pensai que la guerre et la gloire
De
soins plus importants rempliraient ma mémoire ;
Que
mes sens reprenant leur première vigueur,
L'amour
achèverait de sortir de mon coeur.
Mais
admire avec moi le sort dont la poursuite
Me
fait courir alors au piège que j'évite.
J'entends
de tous côtés qu'on menace Pyrrhus ;
Toute
la Grèce éclate en murmures confus ;
On
se plaint qu'oubliant son sang et sa promesse
Il
élève en sa cour l'ennemi de la Grèce,
Astyanax,
d'Hector jeune et malheureux fils,
Reste
de tant de rois sous Troie ensevelis.
J'apprends
que pour ravir son enfance au supplice
Andromaque
trompa l'ingénieux Ulysse,
Tandis
qu'un autre enfant, arraché de ses bras,
Sous
le nom de son fils fut conduit au trépas.
On
dit que, peu sensible aux charmes d'Hermione,
Mon
rival porte ailleurs son coeur et sa couronne ;
Ménélas,
sans le croire, en paraît affligé,
Et
se plaint d'un hymen si longtemps négligé.
Parmi
les déplaisirs où son âme se noie,
Il
s'élève en la mienne une secrète joie :
Je
triomphe ; et pourtant je me flatte d'abord
Que
la seule vengeance excite ce transport.
Mais
l'ingrate en mon coeur reprit bientôt sa place :
De
mes feux mal éteints je reconnus la trace ;
Je
sentis que ma haine allait finir son cours,
Ou
plutôt je sentis que je l'aimais toujours.
Ainsi
de tous les Grecs je brigue le suffrage.
On
m'envoie à Pyrrhus : j'entreprends ce voyage.
Je
viens voir si l'on peut arracher de ses bras
Cet
enfant dont la vie alarme tant d'États :
Heureux
si je pouvais, dans l'ardeur qui me presse,
Au
lieu d'Astyanax lui ravir ma princesse !
Car
enfin n'attends pas que mes feux redoublés
Des
périls les plus grands puissent être troublés.
Puisqu'après
tant d'efforts ma résistance est vaine,
Je
me livre en aveugle au destin qui m'entraîne.
J'aime
: je viens chercher Hermione en ces lieux,
La
fléchir, l'enlever, ou mourir à ses yeux.
Toi
qui connais Pyrrhus, que penses-tu qu'il fasse ?
Dans
sa cour, dans son coeur, dis-moi ce qui se passe.
Mon
Hermione encor le tient-elle asservi ?
Me
rendra-t-il, Pylade, un bien qu'il m'a ravi ?
PYLADE
Je
vous abuserais si j'osais vous promettre
Qu'entre
vos mains, Seigneur, il voulût la remettre ;
Non
que de sa conquête il paraisse flatté ;
Pour
la veuve d'Hector ses feux ont éclaté :
Il
l'aime. Mais enfin cette veuve inhumaine
N'a
payé jusqu'ici son amour que de haine ;
Et
chaque jour encore on lui voit tout tenter
Pour
fléchir sa captive, ou pour l'épouvanter.
De
son fils, qu'il lui cache, il menace la tête,
Et
fait couler des pleurs, qu'aussitôt il arrête.
Hermione
elle-même a vu plus de cent fois
Cet
amant irrité revenir sous ses lois,
Et
de ses voeux troublés lui rapportant l'hommage,
Soupirer
à ses pieds moins d'amour que de rage.
Ainsi
n'attendez pas que l'on puisse aujourd'hui
Vous
répondre d'un coeur si peu maître de lui :
Il
peut, Seigneur, il peut, dans ce désordre extrême,
Épouser
ce qu'il hait, et punir ce qu'il aime.
ORESTE
Mais
dis-moi de quel oeil Hermione peut voir
Son
hymen différé, ses charmes sans pouvoir ?
PYLADE
Hermione,
Seigneur, au moins en apparence,
Semble
de son amant dédaigner l'inconstance,
Et
croit que, trop heureux de fléchir sa rigueur,
Il
la viendra presser de reprendre son coeur.
Mais
je l'ai vue enfin me confier ses larmes.
Elle
pleure en secret le mépris de ses charmes.
Toujours
prête à partir et demeurant toujours,
Quelquefois
elle appelle Oreste à son secours.
ORESTE
Ah
! si je le croyais, j'irais bientôt, Pylade,
Me
jeter...
PYLADE
Achevez, Seigneur, votre ambassade.