Jules Laforgue
Les
Complaintes
Imitation de
Notre Dame la Lune
Préludes autobiographiques
Complainte propitiatoire de
l'Inconscient
Complainte-placet de Faust fils
Complainte à Notre-Dame des Soirs
Complainte des voix sous le figuier
bouddhique
Complainte de cette bonne lune
Complainte des pianos qu'on entend dans
les quartiers aisés
Complainte de la bonne défunte
Complainte de l'orgue de barbarie
Complainte d'un certain dimanche
Complainte d'un autre dimanche
Complainte du fœtus de poète
Complainte des pubertés difficiles
Complainte de la fin des journées
Complainte de la vigie aux minuits
polaires
Complainte de la lune en province
Complainte des printemps
Complainte de l'automne monotone
Complainte de l'ange incurable
Complainte de nostalgies préhistoriques
Autre complainte de l'orgue de barbarie
Complainte du pauvre Chevalier-Errant
Complainte des formalités nuptiales
Complainte des blackboulés
Complainte des consolations
Complainte des bons ménages
Complainte de Lord Pierrot
Autre complainte de Lord Pierrot
Complainte sur certains ennuis
Complainte des noces de Pierrot
Complainte du vent qui s'ennuie la nuit
Complainte du pauvre corps humain
Complainte du roi de Thulé
Complainte du soir des comices agricoles
Complainte des cloches
Complainte des grands pins
Complainte sur certains temps déplacés
Complainte des condoléances au soleil
Complainte de l'oubli des morts
Complainte du pauvre jeune homme
Complainte de l'époux outragé
Complainte variations sur le mot "
falot, falotte "
Complainte du temps et de sa commère
l'espace
Grande complainte de Paris
Complainte des Mounis du Mont-Martre
Complainte-litanies de mon Sacré-Cœur
Complainte des débats mélancoliques et
littéraires
Complainte d'une convalescence en mai
Complainte du sage de Paris
Complainte des complaintes
Complainte-Épitaphe
|
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Complaintes. |
Au
petit bonheur de la fatalité Much ado about Nothing Shakespeare. à Paul Bourget En deuil d'un Moi-le-Magnifique Lançant de front les
cent pur-sang De ses vingt ans tout
hennissants, Je vague, à jamais
Innocent, Par les blancs parcs
ésotériques De l'Armide
Métaphysique. Un brave bouddhiste
en sa châsse, Albe, oxydé, sans
but, pervers, Qui, du chalumeau de
ses nerfs, Se souffle gravement
des vers, En astres riches,
dont la trace Ne trouble le Temps
ni l'Espace. C'est tout. À mon
temple d'ascète Votre Nom de Lac est
piqué : Puissent mes
feuilleteurs du quai, En rentrant, se
r'intoxiquer De vos AVEUX, ô pur poète ! C'est la grâce que
j'me souhaite. |
Préludes autobiographiques
Soif d'infini martyre ? Extase en
théorèmes ?
Que la création est
belle, tout de même !
En voulant mettre un peu d'ordre
dans ce tiroir,
Je me suis perdu par mes grands
vingt ans, ce soir
De Noël gras.
Ah ! Dérisoire créature !
Fleuve à reflets, où les deuils
d'Unique ne durent
Pas plus que d'autres ! L'ai-je
rêvé, ce Noël
Où je brûlais de pleurs noirs un
mouchoir réel,
Parce que, débordant des chagrins de
la Terre
Et des frères Soleils, et ne pouvant
me faire
Aux monstruosités sans but et sans
témoin
Du cher Tout, et bien las de me
meurtrir les poings
Aux steppes du cobalt sourd,
ivre-mort de doute,
Je vivotais, altéré de Nihil
de toutes
Les citernes de mon Amour ?
Seul, pur, songeur,
Me croyant hypertrophique ! Comme un
plongeur
Aux mouvants bosquets des savanes
sous-marines,
J'avais roulé par les livres, bon
misogyne.
Cathédrale anonyme ! En ce Paris,
jardin
Obtus et chic, avec son bourgeois de
Jourdain
À rêveurs, ses vitraux fardés, ses
vieux dimanches
Dans les quartiers tannés où
regardent des branches
Par-dessus les murs des pensionnats,
et ses
Ciels trop poignants à qui l'Angélus
fait : assez !
Paris qui, du plus bon bébé de la
Nature,
Instaure un lexicon mal cousu de
ratures.
Bon Breton né sous les tropiques,
chaque soir
J'allais le long d'un quai bien
nommé mon rêvoir,
Et buvant les étoiles à même :
" ô Mystère !
Quel calme chez les astres ! Ce
train-train sur terre !
Est-il Quelqu'un, vers quand, à
travers l'infini,
Clamer l'universel lamasabaktani
?
Voyons ; les cercles du Cercle, en
effets et causes,
Dans leurs incessants vortex de
métamorphoses,
Sentent pourtant, abstrait, ou, ma
foi, quelque part,
Battre un cœur ! Un cœur simple, ou
veiller un Regard !
Oh ! Qu'il n'y ait personne et que
Tout continue !
Alors géhenne à fous, sans raison,
sans issue !
Et depuis les Toujours, et vers
l'Éternité !
Comment donc quelque chose a-t-il
jamais été ?
Que Tout se sache seul au moins,
pour qu'il se tue !
Draguant les chantiers d'étoiles,
qu'un Cri se rue,
Mort ! Emballant en ses linceuls aux
clapotis
Irrévocables ces sols d'impôts
abrutis !
Que l'Espace ait un bon haut-le-cœur
et vomisse
Le Temps nul, et ce Vin aux geysers
de justice !
Lyres des nerfs, filles des Harpes
d'Idéal
Qui vibriez, aux soirs d'exil, sans
songer à mal,
Redevenez plasma ! Ni Témoin, ni
spectacle !
Chut, ultime vibration de la
Débâcle,
Et que Jamais soit Tout, bien
intrinsèquement,
Très hermétiquement, primordialement
! "
Ah ! - le long des calvaires de la
Conscience,
La Passion des mondes studieux
t'encense,
Aux Orgues des Résignations, Idéal,
Ô Galathée aux pommiers de
l'Éden-Natal !
Martyres, croix de l'Art, formules,
fugues douces,
Babels d'or où le vent soigne de
bonnes mousses ;
Mondes vivotant, vaguement étiquetés
De livres, sous la céleste
Éternullité :
Vanité, vanité, vous dis-je ! - oh !
Moi, j'existe,
Mais où sont, maintenant, les nerfs
de ce Psalmiste ?
Minuit un quart ; quels bords te
voient passer, aux nuits
Anonymes, ô Nébuleuse-Mère ? Et
puis,
Qu'il doit agoniser d'étoiles
éprouvées,
À cette heure où Christ naît, sans
feu pour leurs couvées,
Mais clamant : ô mon Dieu ! Tant
que, vers leur ciel mort,
Une flèche de cathédrale pointe
encor
Des polaires surplis ! - ces Terres
se sont tues,
Et la création fonctionne têtue !
Sans issue, elle est Tout ; et nulle
autre, elle est Tout.
X en soi ? Soif à trucs ! Songe
d'une nuit d'août ?
Sans le mot, nous serons revannés, ô
ma Terre !
Puis tes sœurs. Et nunc et
semper, amen. Se taire.
Je veux parler au Temps ! Criais-je.
Oh ! Quelque engrais
Anonyme ! Moi ! Mon Sacré-Cœur ! -
j'espérais
Qu'à ma mort, tout frémirait, du
cèdre à l'hysope ;
Que ce Temps, déraillant, tomberait
en syncope,
Que, pour venir jeter sur mes lèvres
des fleurs,
Les Soleils très navrés
détraqueraient leurs chœurs ;
Qu'un soir, du moins, mon Cri me
jaillissant des moelles,
On verrait, mon Dieu, des signaux
dans les étoiles ?
Puis, fou devant ce ciel qui
toujours nous bouda,
Je rêvais de prêcher la fin, nom
d'un Bouddha !
Oh ! Pâle mutilé, d'un : qui m'aime
me suive !
Faisant de leurs cités une unique
Ninive,
Mener ces chers bourgeois, fouettés
d'alléluias,
Au Saint-Sépulcre maternel du
Nirvâna !
Maintenant, je m'en lave les mains
(concurrence
Vitale, l'argent, l'art, puis les
lois de la France...)
Vermis sum, pulvis es ! Où
sont mes nerfs d'hier ?
Mes muscles de demain ? Et le
terreau si fier
De Mon âme, où donc était-il, il y a
mille
Siècles ! Et comme, incessamment, il
file, file ! ...
Anonyme ! Et pour Quoi ? - Pardon,
Quelconque Loi !
L'être est forme, Brahma seul est
Tout-Un en soi.
Ô Robe aux cannelures à jamais
doriques
Où grimpent les Passions des grappes
cosmiques ;
Ô robe de Maïa, ô Jupe de Maman,
Je baise vos ourlets tombals
éperdument !
Je sais ! La vie outrecuidante est
une trêve
D'un jour au Bon Repos qui pas plus
ne s'achève
Qu'il n'a commencé. Moi, ma trêve,
confiant,
Je la veux cuver au sein de
l'Inconscient.
Dernière crise. Deux semaines
errabundes,
En tout, sans que mon Ange Gardien
me réponde.
Dilemme à deux sentiers vers l'Éden
des Élus :
Me laisser éponger mon Moi par
l'Absolu ?
Ou bien, élixirer l'Absolu en
moi-même ?
C'est passé. J'aime tout, aimant mieux
que Tout m'aime.
Donc Je m'en vais flottant aux
orgues sous-marins,
Par les coraux, les œufs, les bras
verts, les écrins,
Dans la tourbillonnante éternelle
agonie
D'un Nirvâna des Danaïdes du génie !
Lacs de syncopes esthétiques !
Tunnels d'or !
Pastel défunt ! Fondant sur une
langue ! Mort
Mourante ivre-morte ! Et la
conscience unique
Que c'est dans la Sainte Piscine
ésotérique
D'un lucus à huis-clos, sans
pape et sans laquais,
Que j'ouvre ainsi mes riches veines
à Jamais.
En attendant la mort mortelle, sans
mystère,
Lors quoi l'usage veut qu'on nous
cache sous terre.
Maintenant, tu n'as pas cru devoir
rester coi ;
Eh bien, un cri humain ! S'il en
reste un pour toi.
Complainte propitiatoire de l'Inconscient
Ô Loi, qui êtes parce que Vous Êtes,
Que Votre nom soit la Retraite !
- elles ! Ramper vers elles d'adoration ?
Ou que sur leur misère humaine je me
vautre ?
Elle m'aime, infiniment Non,
d'occasion !
Si non moi, ce serait infiniment
un autre !
Que votre inconsciente Volonté
Soit faite dans l'Éternité !
- dans l'orgue qui par déchirements se châtie.
Croupir, des étés, sous les vitraux,
en langueur ;
Mourir d'un attouchement de
l'Eucharistie,
S'entrer un crucifix maigre et nu
dans le cœur ?
Que de votre communion nous vienne
Notre sagesse quotidienne !
- ô croisés de mon sang ! Transporter les cités !
Bénir la Pâque universelle, sans
salaires !
Mourir sur la Montagne, et que
l'Humanité,
Aux âges d'or sans fin, me porte en
scapulaires !
Pardonnez-nous nos offenses, nos
cris,
Comme étant d'à jamais écrits !
- crucifier l'infini dans des toiles comme
Un mouchoir, et qu'on dise : "
Oh ! L'Idéal s'est tu ! "
Formuler Tout ! En fugues sans fin
dire l'Homme !
Être l'âme des arts à zones que
veux-tu !
Non, rien ; délivrez-nous de la
Pensée,
Lèpre originelle, ivresse insensée,
Radeau du Mal et de l'Exil ;
Ainsi soit-il.
Complainte-placet de Faust fils
Si tu savais, maman Nature,
Comme Je m'aime en tes ennuis,
Tu m'enverrais une enfant pure,
Chaste aux " et puis ?
"
Si tu savais quelles boulettes,
Tes soleils de Panurge ! Dis,
Tu mettrais le nôtre en miettes,
En plein midi.
Si tu savais, comme la Table
De Tes Matières est mon fort
!
Tu me prendrais comme comptable,
Comptable à mort !
Si tu savais ! Les fantaisies !
Dont Je puis être le ferment !
Tu ferais de moi ton Sosie,
Tout simplement.
Complainte à Notre-Dame des Soirs
L'Extase du soleil, peuh ! La
Nature, fade
Usine de sève aux lymphatiques
parfums.
Mais les lacs éperdus des longs
couchants défunts
Dorlotent mon voilier dans leurs
plus riches rades,
Comme un ange malade...
Ô Notre-Dame des Soirs,
Que Je vous aime sans espoir !
Lampes des mers ! Blancs bizarrants
! Mots à vertiges !
Axiomes in articulo mortis
déduits !
Ciels vrais ! Lune aux échos dont
communient les puits !
Yeux des portraits ! Soleil qui,
saignant son quadrige,
Cabré, s'y crucifige !
Ô Notre-Dame des Soirs,
Certes, ils vont haut vos encensoirs
!
Eux sucent des plis dont le
frou-frou les suffoque ;
Pour un regard, ils battraient du
front les pavés ;
Puis s'affligent sur maint sein
creux, mal abreuvés ;
Puis retournent à ces vendanges
sexciproques.
Et moi, moi, Je m'en moque !
Oui, Notre-Dame des Soirs,
J'en fais, paraît-il, peine à voir.
En voyage, sur les fugitives
prairies,
Vous me fuyez ; ou du ciel des eaux
m'invitez ;
Ou m'agacez au tournant d'une vérité
;
Or vous ai-je encor dit votre fait,
je vous prie ?
Ah ! Coquette Marie,
Ah ! Notre-Dame des Soirs,
C'est trop pour vos seuls Reposoirs
!
Vos Rites, jalonnés de sales
bibliothèques,
Ont voûté mes vingt ans, m'ont tari
de chers goûts.
Verrai-je l'oasis fondant au
rendez-vous,
Où... Vos lèvres (dit-on ! ) à
jamais nous dissèquent ?
Ô Lune sur la Mecque !
Notre-Dame, Notre-Dame des Soirs,
De vrais yeux m'ont dit : au
revoir !
Complainte des voix sous le figuier
bouddhique
Les communiantes
Ah ! Ah !
Il neige des hosties
De soie, anéanties !
Ah ! Ah !
Alléluia !
Les voluptantes
La lune en son halo ravagé n'est
qu'un œil
Mangé de mouches, tout rayonnant des
grands deuils,
Vitraux mûrs, déshérités, flagellés
d'aurore,
Les Yeux Promis sont plus dans les
grands deuils encore.
Les paranymphes
Les concetti du crépuscule
Frisaient les bouquets de nos seins
;
Son haleine encore y circule,
Et, leur félinant le satin,
Fait s'y pâmer deux renoncules.
Devant ce Maître Hypnotiseur ;
Expirent leurs frou-frou poseurs ;
Elles crispent leurs étamines,
Et se rinfiltrent leurs parfums
Avec des mines
D'œillets défunts.
Les jeunes gens
Des rêves engrappés se roulaient aux collines,
Feuilles mortes portant du sang des mousselines,
Cumulus, indolents roulis, qu'un vent tremblé
Vint carder un beau soir de soifs de s'en aller !
Les communiantes
Ah ! Ah !
Il neige des cœurs
Noués de faveurs,
Ah ! Ah !
Alléluia !
Les voluptantes
Reviens, vagir parmi mes cheveux, mes cheveux
Tièdes, je t'y ferai des bracelets d'aveux !
Entends partout les Encensoirs les plus célestes,
L'Univers te garde une note unique ! Reste...
les paranymphes
C'est le nid meublé
Par l'homme idolâtre ;
Les vents déclassés
Des mois près de l'âtre ;
Rien de passager,
Presque pas de scènes ;
La vie est si saine,
Quand on sait s'arranger.
Ô fiancé probe,
Commandons ma robe !
Hélas ! Le bonheur est là, mais lui se dérobe...
les jeunes gens
Bestiole à chignon, Nécessaire divin,
Os de chatte, corps de lierre, chef-d'œuvre vain !
Ô femme, mammifère à chignon, ô fétiche,
On t'absout ; c'est un Dieu qui par tes yeux nous triche,
Beau commis voyageur, d'une Maison là-haut,
Tes yeux mentent ! Ils ne nous diront pas le Mot !
Et tes pudeurs ne sont que des passes réflexes
Dont joue un Dieu très fort (Ministère des sexes).
Tu peux donc nous mener au Mirage béant,
Feu-follet connu, vertugadin du Néant ;
Mais, fausse sœur, fausse humaine, fausse mortelle,
Nous t'écartèlerons de honte sensuelles !
Et si ta dignité se cabre ? À deux genoux,
Nous te fermerons la bouche avec des bijoux.
- vie ou Néant ! Choisir. Ah ! Quelle discipline !
Que n'est-il un Éden entre ces deux usines ?
Bon ; que tes doigts sentimentals
Aient pour nos fronts au teint d'épave
Des condoléances qui lavent
Et des trouvailles d'animal.
Et qu'à jamais ainsi tu ailles,
Le long des étouffants dortoirs,
Égrenant les bonnes semailles,
En inclinant ta chaste taille
Sur les sujets de tes devoirs.
Ah ! Pour une âme trop tanguée,
Tes baisers sont des potions
Qui la laissent là, bien droguée,
Et s'oubliant à te voir gaie,
Accomplissant tes fonctions
En point narquoise Déléguée.
Les communiantes
Des ramiers
Familiers
Sous nos jupes palpitent !
Doux Çakya, venez vite
Les faire prisonniers !
Le figuier
Défaillantes, les Étoiles, que la lumière
Épuise, battent plus faiblement des paupières.
Le ver-luisant s'éteint à bout, l'Être pâmé
Agonise à tâtons et se meurt à jamais.
Et l'Idéal égrène en ses mains fugitives
L'éternel chapelet des planètes plaintives.
Pauvres fous, vraiment pauvres fous !
Puis, quand on a fait la crapule,
On revient geindre au crépuscule,
Roulant son front dans les genoux
Des Saintes Bouddhiques Nounous.
Complainte de cette bonne lune
On entend les étoiles :
Dans l'giron
Du Patron,
On y danse, on y danse,
Dans l'giron
Du Patron,
On y danse tous en rond.
- Là, voyons, mam'zelle la Lune,
Ne gardons pas ainsi rancune ;
Entrez en danse, et vous aurez
Un collier de soleils dorés.
- Mon Dieu, c'est à vous bien
honnête,
Pour une pauvre Cendrillon ;
Mais, me suffit le médaillon
Que m'a donné ma sœur planète.
- Fi ! Votre Terre est un suppôt
De la Pensée ! Entrez en fête ;
Pour sûr vous tournerez la tête
Aux astres les plus comme il faut.
- Merci, merci, je n'ai que ma mie,
Juste que je l'entends gémir !
- Vous vous trompez, c'est le soupir
Des universelles chimies !
- Mauvaises langues, taisez-vous !
Je dois veiller. Tas de traînées,
Allez courir vos guilledous !
- Va donc, rosière enfarinée !
Hé ! Notre-Dame des gens saouls,
Des filous et des loups-garous !
Metteuse en rut des vieux matous !
Coucou !
Exeunt les étoiles. Silence et lune. On entend :
Sous l'plafond
Sans fond,
On y danse, on y danse,
Sous l'plafond
Sans fond,
On y danse tous en rond.
Complainte des pianos qu'on entend dans les
quartiers aisés
Menez l'âme que les Lettres ont bien
nourrie,
Les pianos, les pianos, dans les
quartiers aisés !
Premiers soirs, sans pardessus,
chaste flânerie,
Aux complaintes des nerfs incompris
ou brisés.
Ces enfants, à quoi rêvent-elles,
Dans les ennuis des ritournelles ?
- " Préaux des soirs,
Christs des dortoirs !
" Tu t'en vas et tu nous
laisses,
Tu nous laiss's et tu t'en vas,
Défaire et refaire ses tresses,
Broder d'éternels canevas. "
Jolie ou vague ? Triste ou sage ?
Encore pure ?
Ô jours, tout m'est égal ? Ou, monde,
moi je veux ?
Et si vierge, du moins, de la bonne
blessure,
Sachant quels gras couchants ont les
plus blancs aveux ?
Mon dieu, à quoi donc rêvent-elles ?
À des Roland, à des dentelles ?
- " Cœurs en prison,
Lentes saisons !
" Tu t'en vas et tu nous
quittes,
Tu nous quitt's et tu t'en vas !
Couvents gris, chœurs de Sulamites,
Sur nos seins nuls croisons nos
bras. "
Fatales clés de l'être un beau jour
apparues ;
Psitt ! Aux hérédités en ponctuels
ferments,
Dans le bal incessant de nos étranges
rues ;
Ah ! Pensionnats, théâtres,
journaux, romans !
Allez, stériles ritournelles,
La vie est vraie et criminelle.
- " Rideaux tirés,
Peut-on entrer ?
" Tu t'en vas et tu nous
laisses,
Tu nous laiss's et tu t'en vas,
La source des frais rosiers baisse,
Vraiment ! Et lui qui ne vient
pas... "
Il viendra ! Vous serez les pauvres
cœurs en faute,
Fiancés au remords comme aux essais
sans fond,
Et les suffisants cœurs cossus,
n'ayant d'autre hôte
Qu'un train-train pavoisé d'estime
et de chiffons.
Mourir ? Peut-être brodent-elles,
Pour un oncle à dot, des bretelles ?
- " Jamais ! Jamais !
Si tu savais !
" Tu t'en vas et tu nous
quittes,
Tu nous quitt's et tu t'en vas,
Mais tu nous reviendras bien vite
Guérir mon beau mal, n'est-ce pas ?
"
Et c'est vrai ! L'Idéal les faits
divaguer toutes,
Vigne bohême, même en ces quartiers
aisés.
La vie est là ; le pur flacon des
vives gouttes
Sera, comme il convient,
d'eau propre baptisé.
Aussi, bientôt, se joueront-elles
De plus exactes ritournelles.
" - Seul oreiller !
Mur familier !
" Tu t'en vas et tu nous
laisses,
Tu nous laiss's et tu t'en vas.
Que ne suis-je morte à la messe !
Ô mois, ô linges, ô repas ! "
Complainte de la bonne défunte
Elle fuyait par l'avenue ;
Je la suivais illuminé,
Ses yeux disaient : " j'ai
deviné
Hélas ! Que tu m'as reconnue !
"
Je la suivis illuminé !
Jeux désolés, bouche ingénue,
Pourquoi l'avais-je reconnue,
Elle, loyal rêve mort-né ?
Jeux trop mûrs, mais bouche ingénue
;
Œillet blanc, d'azur trop veiné ;
Oh ! Oui, rien qu'un rêve mort-né,
Car, défunte elle est devenue.
Gis, œillet, d'azur trop veiné,
La vie humaine continue
Sans toi, défunte devenue.
- Oh ! Je rentrerai sans dîner !
Vrai, je ne l'ai jamais connue.
Complainte de l'orgue de barbarie
Orgue, Orgue de Barbarie,
Don Quichotte, Souffre-Douleur,
Vidasse, vidasse ton cœur,
Ma pauvre rosse endolorie.
Hein, étés idiots,
Octobres malades,
Printemps, purges fades,
Hivers tout vieillots ?
- " Quel silence, dans la forêt
d'automne,
Quand le soleil en son sang
s'abandonne ! "
Gaz, haillons d'affiches,
Feu les casinos,
Cercueils des pianos,
Ah ! Mortels postiches.
- " Déjà la nuit, qu'on
surveille à peine
Le frou-frou de sa titubante traîne.
"
Romans pour les quais,
Photos élégiaques,
Escarpins, vieux claques,
D'un coup de balai !
- " Oh ! J'ai peur, nous avons
perdu la route ;
Paul, ce bois est mal famé ! Chut,
écoute... "
Végétal fidèle,
Ève aime toujours
LUI ! Jamais pour
Nous, jamais pour elle.
- " Ô ballets corrosifs ! Réel,
le crime ?
La lune me pardonnait dans les
cimes. "
Vêpres, Ostensoirs,
Couchants ! Sulamites
De province aux rites
Exilants des soirs !
- " Ils m'ont brûlée ; et
depuis, vagabonde
Au fond des bois frais, j'implore le
monde. "
Et les vents s'engueulent,
Tout le long des nuits !
Qu'est-c'que moi j'y puis,
Qu'est-ce donc qu'ils veulent ?
- " Je vais guérir, voyez la
cicatrice,
Oh ! Je ne veux pas aller à
l'hospice ! "
Des berceaux fienteux
Aux bières de même,
Bons couples sans gêne,
Tournez deux à deux.
Orgue, Orgue de Barbarie !
Scie autant que Souffre-Douleur,
Vidasse, vidasse ton cœur,
Ma pauvre rosse endolorie.
Complainte d'un certain dimanche
Elle ne concevait pas qu'aimer
fut l'ennemi d'aimer.
Sainte-Beuve, Volupté.
L'homme n'est pas méchant, ni la
femme éphémère.
Ah ! Fous dont au casino battent les
talons,
Tout homme pleure un jour et toute
femme est mère,
Nous sommes tous filials, allons !
Mais quoi ! Les Destins ont des
partis pris si tristes,
Qui font que, les uns loin des
autres, l'on s'exile,
Qu'on se traite à tort et à travers
d'égoïstes,
Et qu'on s'use à trouver quelque
unique Évangile.
Ah ! Jusqu'à ce que la nature soit
bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.
Dans ce village en falaises, loin,
vers les cloches.
Je redescends dévisagé par les
enfants
Qui s'en vont faire bénir de tièdes
brioches ;
Et rentré, mon sacré-cœur se fend !
Les moineaux des vieux toits pépient
à ma fenêtre.
Ils me regardent dîner, sans faim, à
la carte ;
Des âmes d'amis morts les habitent
peut-être ?
Je leur jette du pain : comme
blessés, ils partent !
Ah ! Jusqu'à ce que la nature soit
bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.
Elle est partie hier. Suis-je pas
triste d'elle ?
Mais c'est vrai ! Voilà donc le fond
de mon chagrin !
Oh ! Ma vie est aux plis de ta jupe
fidèle !
Son mouchoir me flottait sur le
Rhin...
Seul. - Le Couchant retient un
moment son Quadrige
En rayons où le ballet des
moucherons danse,
Puis, vers les toits fumants de la
soupe, il s'afflige...
Et c'est le Soir, l'insaisissable
confidence...
Ah ! Jusqu'à ce que la nature soit
bien bonne,
Faudra-t-il vivre monotone ?
Que d'yeux, en éventail, en ogive,
ou d'inceste,
Depuis que l'Être espère, ont
réclamé leurs droits !
Ô ciels, les yeux pourrissent-ils
comme le reste ?
Oh ! Qu'il fait seul ! Oh ! Fait-il
froid !
Oh ! Que d'après-midi d'automne à
vivre encore !
Le Spleen, eunuque à froid, sur nos
rêves se vautre.
Or, ne pouvant redevenir des
madrépores,
Ô mes humains, consolons-nous les
uns les autres.
Et jusqu'à ce que la nature soit
bien bonne,
Tâchons de vivre monotone.
Complainte d'un autre dimanche
C'était un très-au vent d'octobre
paysage,
Que découpe, aujourd'hui dimanche,
la fenêtre,
Avec sa jalousie en travers, hors
d'usage,
Où sèche, depuis quand ! Une paire
de guêtres
Tachant de deux mals blancs ce
glabre paysage.
Un couchant mal bâti suppurant du
livide ;
Le coin d'une buanderie aux tuiles
sales ;
En plein, le Val-de-Grâce, comme un
qui préside ;
Cinq arbres en proie à de mesquines
rafales
Qui marbrent ce ciel crû de bandages
livides.
Puis les squelettes de glycines aux
ficelles,
En proie à des rafales encor plus
mesquines !
Ô lendemains de noce ! Ô brides de
dentelles !
Montrent-elles assez la corde, ces
glycines
Recroquevillant leur agonie aux
ficelles !
Ah ! Qu'est-ce que je fais, ici,
dans cette chambre !
Des vers. Et puis, après ! Ô sordide
limace !
Quoi ! La vie est unique, et toi,
sous ce scaphandre,
Tu te racontes sans fin, et tu te
ressasses !
Seras-tu donc toujours un qui garde
la chambre ?
Ce fut un bien au vent d'octobre
paysage...
Blasé, dis-je ! En avant,
Déchirer la nuit gluante des
racines,
À travers maman, amour tout
d'albumine,
Vers le plus clair ! Vers l'alme et
riche étamine
D'un soleil levant !
- Chacun son tour, il est temps que
je m'émancipe,
Irradiant des Limbes mon inédit type
!
En avant !
Sauvé des steppes du mucus, à la
nage
Têter soleil ! Et soûl de lait d'or,
bavant,
Dodo à les seins dorloteurs des
nuages,
Voyageurs savants !
- À rêve que veux-tu, là-bas, je
vivrai dupe
D'une âme en coup de vent dans la
fraîcheur des jupes !
En avant !
Dodo sur le lait caillé des bons
nuages
Dans la main de Dieu, bleue, aux
mille yeux vivants
Au pays du vin viril faire naufrage
!
Courage,
Là, là, je me dégage...
- Et je communierai, le front vers
l'Orient,
Sous les espèces des baisers
inconscients !
En avant !
Cogne, glas des nuits ! Filtre,
soleil solide !
Adieu, forêts d'aquarium qui, me
couvant,
Avez mis ce levain dans ma
chrysalide !
Mais j'ai froid ! An avant !
Ah ! Maman...
Vous, Madame, allaitez le plus
longtemps possible
Et du plus Seul de vous ce pauvre
enfant-terrible.
Complainte des pubertés difficiles
Un éléphant de Jade, œil mi-clos
souriant,
Méditait sous la riche éternelle
pendule,
Bon bouddha d'exilé qui trouve
ridicule
Qu'on pleure vers les Nils des
couchants d'Orient,
Quand bave notre crépuscule.
Mais, sot Éden de Florian,
En un vase de Sèvres où de fins
bergers fades
S'offrent des bouquets bleus et des
moutons frisés,
Un œillet expirait ses pubères
baisers
Sous la trompe sans flair de
l'éléphant de Jade.
À ces bergers peints de pommade
Dans le lait, à ce couple impuissant
d'opéra
Transi jusqu'au trépas en la pâte de
Sèvres,
Un gros petit dieu Pan venu de
Tanagra
Tendait ses bras tout inconscients
et ses lèvres.
Sourds aux vanités de Paris,
Les lauriers fanés des tentures,
Les mascarons d'or des lambris,
Les bouquins aux pâles reliures
Tournoyaient par la pièce obscure,
Chantant, sans orgueil, sans mépris
:
" Tout est frais dès qu'on veut
comprendre la Nature. "
Mais lui, cabré devant ces soirs
accoutumés,
Où montait la gaîté des enfants de
son âge,
Seul au balcon, disait, les yeux
brûlés de rages :
" J'ai du génie, enfin : nulle
ne veut m'aimer ! "
Complainte de la fin des journées
Vous qui passez, oyez donc un pauvre
être,
Chassé des simples qu'on peut
reconnaître
Soignant, las, quelque œillet à leur
fenêtre !
Passants, hâtifs passants,
Oh ! Qui veut visiter les palais de
mes sens ?
Maints ciboires
De déboires
Un encor !
Ah ! L'enfant qui vit de ce nom,
poète !
Il se rêvait, seul, pansant
Philoctète
Aux nuits de Lemmos ; ou, loin,
grêle ascète.
Et des vers aux moineaux,
Par le lycée en vacances, sous les
préaux !
Offertoire,
En mémoire
D'un consort.
Mon dieu, que tout fait signe de se
taire !
Mon dieu, qu'on est follement
solitaire !
Où sont tes yeux, premier dieu de la
Terre
Qui ravala ce cri :
" Têtue Éternité ! Je m'en vais
incompris... ? "
Pauvre histoire !
Transitoire
Passeport ?
J'ai dit : mon Dieu. La terre est
orpheline
Aux ciels, parmi les séminaires des
Routines.
Va, suis quelque robe de
mousseline...
- Inconsciente Loi,
Faites que ce crachoir s'éloigne un
peu de moi !
Vomitoire
De la foire,
C'est la mort.
Complainte de la vigie aux minuits polaires
Le Globe, vers l'aimant,
Chemine exactement,
Teinté de mers si bleues
De cités tout en toits,
De réseaux de convois
Qui grignotent des lieues.
Ô ma côte en sanglots !
Pas loin de Saint-Malo,
Un bourg fumeux vivote,
Qui tient sous son clocher,
Où grince un coq perché,
L'Ex-Voto d'un pilote !
Aux cierges, au vitrail,
D'un autel en corail,
Une jeune Madone
Tend d'un air ébaubi
Un beau cœur de rubis
Qui se meurt et rayonne !
Un gros cœur tout en sang,
Un bon cœur ruisselant,
Qui, du soir à l'aurore,
Et de l'aurore au soir,
Se meurt, de ne pouvoir
Saigner, ah ! Saigner encore !
Complainte de la lune en province
Ah ! La belle pleine Lune,
Grosse comme une fortune !
La retraite sonne au loin,
Un passant, monsieur l'adjoint ;
Un clavecin joue en face,
Un chat traverse la place :
La province qui s'endort !
Plaquant un dernier accord,
Le piano clôt sa fenêtre.
Quelle heure peut-il bien être ?
Calme lune, quel exil !
Faut-il dire : ainsi soit-il ?
Lune, ô dilettante Lune,
À tous les climats commune,
Tu vis hier le Missouri,
Et les remparts de Paris,
Les fiords bleus de la Norvège,
Les pôles, les mers, que sais-je ?
Lune heureuse ! Ainsi tu vois,
À cette heure, le convoi
De son voyage de noce !
Ils sont partis pour l'Écosse.
Quel panneau, si, cet hiver,
Elle eût pris au mot mes vers !
Lune, vagabonde Lune,
Faisons cause et mœurs communes ?
Ô riches nuits ! Je me meurs,
La province dans le cœur !
Et la lune a, bonne vieille,
Du coton dans les oreilles.
Permettez, ô sirène,
Voici que votre haleine
Embaume la verveine ;
C'est l'printemps qui s'amène !
- Ce système, en effet, ramène le
printemps,
Avec son impudent cortège
d'excitants.
Ôtez donc ces mitaines ;
Et n'ayez, inhumaine,
Que mes soupirs pour traîne :
Ous'qu'il y a de la gêne...
- Ah ! Yeux bleus méditant sur
l'ennui de leur art !
Et vous, jeunes divins, aux soirs
crus de hasard !
Du géant à la naine,
Vois, tout bon sire entraîne
Quelque contemporaine,
Prendre l'air, par hygiène...
- Mais vous saignez ainsi pour
l'amour de l'exil !
Pour l'amour de l'Amour !
D'ailleurs, ainsi soit-il...
T'ai-je fait de la peine ?
Oh ! Viens vers les fontaines
Où tournent les phalènes
Des Nuits Élyséennes !
- Pimbèche aux yeux vaincus,
bellâtre aux beaux jarrets,
Donnez votre fumier à la fleur du
Regret.
Voilà que son haleine
N'embaum'plus la verveine !
Drôle de phénomène...
Hein, à l'année prochaine ?
- Vierges d'hier, ce soir traîneuses
de fœtus,
À genoux ! Voici l'heure où se
plaint l'Angélus.
Nous n'irons plus au bois,
Les pins sont éternels,
Les cors ont des appels ! ...
Neiges des pâles mois,
Vous serez mon missel !
- Jusqu'au jour de dégel.
Complainte de l'automne monotone
Automne, automne, adieux de l'Adieu
!
La tisane bout, noyant mon feu ;
Le vent s'époumonne
À reverdir la bûche où mon grand
cœur tisonne.
Est-il de vrais yeux ?
Nulle ne songe à m'aimer un peu.
Milieux aptères,
Ou sans divans ;
Regards levants,
Deuils solitaires,
Vers des Sectaires !
Le vent, la pluie, oh ! Le vent, la
pluie !
Antigone, écartez mon rideau ;
Cet ex-ciel tout suie,
Fond-il decrescendo, statu quo,
crescendo ?
Le vent qui s'ennuie,
Retourne-t-il bien les parapluies ?
Amours, gibiers !
Aux jours de givre,
Rêver sans livre,
Dans les terriers
Chauds de fumiers !
Plages, chemins de fer, ciels, bois
morts,
Bateaux croupis dans les feuilles
d'or,
Le quart aux étoiles,
Paris grasseyant par chic aux prises
de voiles :
De trop poignants cors
M'ont hallalisé ces chers décors.
Meurtres, alertes,
Rêves ingrats !
En croix, les bras ;
Roses ouvertes,
Divines pertes !
Le soleil mort, tout nous abandonne.
Il se crut incompris. Qu'il est loin
!
Vent pauvre, aiguillonne
Ces convois de martyrs se prenant à
témoins !
La terre, si bonne,
S'en va, pour sûr, passer cet
automne.
Nuits sous-marines !
Pourpres forêts,
Torrents de frais,
Bancs en gésines,
Tout s'illumine !
- Allons, fumons une pipette de
tabac,
En feuilletant un de ces si vieux
almanachs,
En rêvant de la petite qui unirait
Aux charmes de œillet ceux du
chardonneret.
Complainte de l'ange incurable
Je t'expire mes Cœurs bien
barbouillés de cendres ;
Vent esquinté de toux des paysages
tendres !
Où vont les gants d'avril, et les
rames d'antan ?
L'âme des hérons fous sanglote sur
l'étang.
Et vous, tendres
D'antan ?
Le hoche-queue pépie aux écluses
gelées ;
L'amante va, fouettée aux plaintes
des allées.
Sais-tu bien, folle pure, où sans
châle tu vas ?
- Passant oublié des yeux gais,
j'aime là-bas...
- En allées
Là-bas !
Le long des marbriers (Encore un
beau commerce ! )
Patauge aux défoncés un convoi, sous
l'averse.
Un trou, qu'asperge un prêtre âgé
qui se morfond,
Bâille à ce libéré de l'être ; et
voici qu'on
Le déverse
Au fond.
Les moulins décharnés, ailes hier
allègres,
Vois, s'en font les grands bras du
haut des coteaux maigres !
Ci-gît n'importe qui. Seras-tu
différent,
Diaphane d'amour, ô Chevalier-Errant
?
Claque, ô maigre
Errant !
Hurler avec les loups, aimer nos
demoiselles,
Serrer ces mains sauçant dans de
vagues vaisselles !
Mon pauvre vieux, il le faut
pourtant ! Et puis, va,
Vivre est encor le meilleur parti
ici-bas.
Non ! Vaisselles
D'ici-bas !
Au-delà plus sûr que la Vérité ! Des
ailes
D'Hostie ivre et ravie aux cités
sensuelles !
Quoi ! Ni Dieu, ni l'art, ni ma Sœur
Fidèle ; mais
Des ailes ! Par le blanc suffoquant
! À jamais,
Ah ! Des ailes
À jamais !
- Tant il est vrai que la saison
dite d'automne
N'est aux cœurs mal fichus rien
moins que folichonne.
Complainte de nostalgies préhistoriques
La nuit bruine sur les villes.
Mal repu des gains machinals,
On dîne ; et, gonflé d'idéal,
Chacun sirote son idylle,
Ou furtive, ou facile.
Échos des grands soirs primitifs !
Couchants aux flambantes usines,
Rude paix des sols en gésine,
Cri jailli là-bas d'un massif,
Violuptés à vif !
Dégringolant une vallée,
Heurter, dans des coquelicots,
Une enfant bestiale et brûlée
Qui suce, en blaguant les échos,
De jûteux abricots
Livrer aux langueurs des soirées
Sa toison où du cristal luit,
Pourlécher ses lèvres sucrées,
Nous barbouiller le corps de fruits
Et lutter comme essui !
Un moment, béer, sans rien dire,
Inquiets d'une étoile là-haut ;
Puis, sans but, bien gentils
satyres,
Nous prendre aux premiers sanglots
Fraternels des crapauds.
Et, nous délèvrant de l'extase,
Oh ! Devant la lune en son plein,
Là-bas, comme un bloc de topaze,
Fous, nous renverser sur les reins,
Riant, battant des mains !
La nuit bruine sur les villes :
Se raser le masque, s'orner
D'un frac deuil, avec art dîner,
Puis, parmi des vierges débiles,
Prendre un air imbécile.
Autre complainte de l'orgue de barbarie
Prolixe et monocorde,
Le vent dolent des nuits
Rabâche ses ennuis,
Veut se pendre à la corde
Des puits ! Et puis ?
Miséricorde !
- Voyons, qu'est-ce que je veux ?
Rien. Je suis-t-il malhûreux !
Oui, les phares aspergent
Les côtes en sanglots,
Mais les volets sont clos
Aux veilleuses des vierges,
Orgue au galop,
Larmes des cierges !
- Après ? Qu'est-ce qu'on y peut ?
- Rien. Je suis-t-il malhûreux !
Vous, fidèle madone,
Laissez ! Ai-je assisté,
Moi, votre puberté ?
Ô jours où Dieu tâtonne,
Passants d'été,
Pistes d'automne !
- Eh bien ! Aimerais-tu mieux...
- Rien. Je suis-t-il malhûreux !
Cultes, Littératures,
Yeux chauds, lointains ou gais,
Infinis au rabais,
Tout train-train, rien qui dure,
Oh ! À jamais
Des créatures !
- Ah ! Ça qu'est-ce que je veux ?
- Rien. Je suis-t-il malhûreux !
Bagnes des pauvres bêtes,
Tarifs d'alléluias,
Mortes aux camélias,
Oh ! Lendemain de fête
Et paria,
Vrai, des planètes !
- Enfin ! Quels sont donc tes vœux ?
- Nuls. Je suis-t-il malhûreux !
La nuit monte, armistice
Des cités, des labours.
Mais il n'est pas, bon sourd,
En ton digne exercice,
De raison pour
Que tu finisses ?
- Bien sûr. C'est ce que je veux.
Ah ! Je suis-t-il malhûreux !
Complainte du pauvre Chevalier-Errant
Jupes des quinze ans, aurores de
femmes,
Qui veut, enfin, des palais de mon
âme ?
Perrons d'œillets blancs, escaliers
de flamme,
Labyrinthes alanguis,
Édens qui
Sonneront sous vos pas reconnus, des
airs reconquis.
Instincts-levants souriant par les
fentes,
Méditations un doigt à la tempe,
Souvenirs clignotant comme des
lampes,
Et, battant les corridors,
Vains essors,
Les Dilettantismes chargés de
colliers de remords.
Oui, sans bruit, vous écarterez mes
branches,
Et verrez comme, à votre mine
franche,
Viendront à vous mes biches les plus
blanches,
Mes ibis sacrés, mes chats,
Et, rachats !
Ma Vipère de Lettres aux bien effaçables
crachats.
Puis, frêle mise au monde ! Ô Toute
Fine,
Ô ma Tout-universelle orpheline,
Au fond de chapelles de mousseline
Pâle, ou jonquille à poids noirs,
Dans les soirs,
Feu d'artificeront envers vous mes
sens encensoirs !
Nous organiserons de ces parties !
Mes caresses, naïvement serties,
Mourront, de ta gorge aux vierges
hosties,
Aux amandes de tes seins !
Ô tocsins,
Des cœurs dans le roulis des
empilements de coussins.
Tu t'abandonnes au Bon, moi
j'abdique ;
Nous nous comblons de nos deux
Esthétiques ;
Tu condimentes mes piments
mystiques,
J'assaisonne tes saisons ;
Nous blasons,
À force d'étapes sur nos collines,
l'Horizon !
Puis j'ai des tas d'éternelles
histoires,
Ô mers, ô volières de ma Mémoire !
Sans compter les passes évocatoires
!
Et quand tu t'endormiras,
Dans les draps
D'un somme, je t'éventerai de
lointains opéras.
Orage en deux cœurs, ou jets d'eau
des siestes,
Tout sera Bien, contre ou selon ton
geste,
Afin qu'à peine un prétexte te reste
De froncer tes chers sourcils,
Ce souci :
" Ah ! Suis-je née, infiniment,
pour vivre par ici ? "
- Mais j'ai beau parader, toutes
s'en fichent !
Et je repars avec ma folle affiche,
Boniment incompris, piteux sandwiche
:
Au Bon Chevalier-Errant,
Restaurant,
Hôtel meublé, Cabinets de lecture,
prix courants.
Complainte des formalités nuptiales
Lui
Allons, vous prendrez froid.
Elle
Non ; je suis un peu lasse.
Je voudrais écouter toujours ce cor
de chasse !
Lui
Dis, veux-tu te vêtir de mon Être
éperdu ?
Elle
Tu le sais ; mais il fait si pur à
la fenêtre...
Lui
Ah ! Tes yeux m'ont trahi l'Idéal à
connaître ;
Et je le veux, de tout l'univers de
mon être !
Dis, veux-tu ?
Elle
Devant cet univers, aussi, je me
veux femme ;
C'est pourquoi tu le sais. Mais quoi
! Ne m'as-tu pas
Prise toute déjà ? Par tes yeux,
sans combats !
À la messe, au moment du grand
Alléluia,
N'as-tu pas eu mon âme ?
Lui
Oui ; mais l'Unique Loi veut que
notre serment
Soit baptisé des roses de ta croix
nouvelle ;
Tes yeux se font mortels, mais ton
destin m'appelle,
Car il sait que, pour naître aux
moissons mutuelles,
Je dois te caresser bien
singulièrement :
Vous verrez mon palais ! Vous verrez
quelle vie !
J'ai de gros lexicons et des
photographies,
De l'eau, des fruits, maints tabacs,
Moi, plus naïf qu'hypocondre,
Vibrant de tact à me fondre,
Trempé dans les célibats.
Bon et grand comme les bêtes,
Pointilleux, mais emballé,
Inconscient, mais esthète,
Oh ! Veux-tu nous en aller
Vers les pôles dont vous êtes ?
Vous verrez mes voiliers ! Vous
verrez mes jongleurs !
Vous soignerez les fleurs de mon bateau
de fleurs.
Vous verrez qu'il y en a plus que je
n'en étale.
Et quels violets gros deuil sont ma
couleur locale,
Et que mes yeux sont ces vases
d'Élection
Des Danaïdes où sans fin nous
puiserions !
Des prairies adorables,
Loin des mufles des gens ;
Et, sous les ciels changeants,
Maints hamacs incassables !
Dans les jardins
De nos instincts
Allons cueillir
De quoi guérir...
Cuirassés des calus de mainte
expérience,
Ne mettant qu'en mes yeux leurs
lettres de créance,
Les orgues de mes sens se feront vos
martyrs
Vers des cieux sans échos étoilés à
mourir !
Elle
Tu le sais ; mais tout est si
décevant ! Ces choses
Me poignent, après tout, d'un
infaillible émoi !
Raconte-moi ta vie, ou bien
étourdis-moi.
Car je me sens obscure, et, je ne
sais pourquoi,
Je me compare aux fleurs injustement
écloses...
Lui
Tu verras, c'est un rêve. Et tu
t'éveilleras
Guérie enfin du mal de pousser
solitaire.
Puis, ma fine convalescente du
Mystère,
On vous soignera bien, nuit et jour,
seuls sur terre.
Tu verras ?
Elle
Tu le sais. Ah ! - si tu savais !
Car tu m'as prise !
Bien au delà ! Avec tes yeux, qui me
suffisent.
Oui, tes yeux francs seront
désormais mon église.
Avec nos regards seulement,
Alors, scellons notre serment ?
Lui
Allons, endormez-vous, mortelle
fiancée.
Là, dans mes bras loyaux, sur mon
grand cœur bercée,
Suffoquez aux parfums de l'unique
pensée
Que la vie est sincère et m'a fait
le plus fort.
Elle
Tiens, on n'entend plus ce cor ;
vous savez, ce cor...
Lui
L'Ange des Loyautés l'a baisée aux
deux tempes ;
Elle dort maintenant dans l'angle de
ma lampe.
Ô nuit,
Fais-toi lointaine
Avec ta traîne
Qui bruit !
Ô défaillance universelle !
Mon unique va naître aux moissons
mutuelles !
Pour les fortes roses de l'amour
Elle va perdre, lys pubère,
Ses nuances si solitaires,
Pour être, à son tour,
Dame d'atour
De Maïa !
Alléluia !
" Ni vous, ni votre art,
monsieur. " C'était un dimanche,
Vous savez où.
À vos genoux,
Je suffoquai, suintant de longues
larmes blanches.
L'orchestre du jardin jouait ce
" si tu m'aimes "
Que vous savez ;
Et je m'en vais
Depuis, et pour toujours, m'exilant
sur ce thème.
Et toujours, ce refus si monstrueux
m'effraie
Et me confond
Pour vous au fond,
Si Regard-Incarné ! Si moi-même ! Si
vraie !
Bien. - Maintenant, voici ce que je
vous souhaite,
Puisque, après tout,
En ce soir d'août,
Vous avez craché vers l'Art,
par-dessus ma tête.
Vieille et chauve à vingt ans, sois
prise pour une autre
Et sans raison,
Mise en prison,
Très loin, et qu'un geôlier, sur
toi, des ans, se vautre.
Puis, passe à Charenton, parmi de
vagues folles,
Avec Paris
Là-bas, fleuri,
Ah ! Rêve trop beau ! Paris où je me
console.
Et demande à manger, et qu'alors on
confonde !
Qu'on croie à ton
Refus ! Et qu'on
Te nourrisse, horreur ! Horreur !
Horreur ! À la sonde.
La sonde t'entre par le nez, Dieu
vous bénisse !
À bas, les mains !
Et le bon vin,
Le lait, les œufs te gavent par cet
orifice.
Et qu'après bien des ans de cette
facétie,
Un interne (aux
Regards loyaux ! )
Se trompe de conduit ! Et verse, et
t'asphyxie.
Et voilà ce que moi, guéri, je vous
souhaite,
Cœur rose, pour
Avoir un jour
Craché sur l'Art ! L'Art pur ! Sans
compter le poète.
Quia voluit consolari.
Ses yeux ne me voient pas, son corps
serait jaloux ;
Elle m'a dit : " monsieur...
" en m'enterrant d'un geste ;
Elle est Tout, l'univers moderne et
le céleste.
Soit ! Draguons donc Paris, et
ravitaillons-nous,
Tant bien que mal, du reste.
Les Landes sans espoir de ses
regards brûlés
Semblaient parfois des paons prêts à
mettre à la voile...
Sans chercher à me consoler vers les
étoiles,
Ah ! Je trouverai bien deux yeux
aussi sans clés,
Au Louvre, en quelque toile !
Oh ! Qu'incultes, ses airs, rêvant
dans la prison
D'un cant sur le qui-vive au
travers de nos hontes !
Mais, en m'appliquant bien, moi dont
la foi démonte
Les jours, les ciels, les nuits,
dans les quatre saisons
Je trouverai mon compte.
Sa bouche ! À moi, ce pli
pudiquement martyr
Où s'aigrissent des nostalgies de
nostalgies !
Eh bien, j'irai parfois, très
sincère vigie,
Du haut de Notre-Dame aider l'aube
au sortir
De passables orgies.
Mais, Tout va la reprendre ! - Alors
Tout m'en absout.
Mais, Elle est ton bonheur ! - Non !
Je suis trop immense,
Trop chose. Comment donc ! Mais ma
seule présence
Ici-bas, vraie à s'y mirer, est
l'air de Tout :
De la Femme au Silence !
L'Art sans poitrine m'a trop
longtemps bercé dupe.
Si ses labours sont fiers, que ses
blés décevants !
Tiens, laisse-moi bêler tout aux
plis de ta jupe
Qui fleure le couvent.
Le Génie avec moi, serf, a fait des
manières ;
Toi, jupe, fais frou-frou, sans
t'inquiéter pourquoi,
Sous œillet bleu de ciel de l'unique
théière,
Sois toi-même, à part moi.
Je veux être pendu, si tu n'es pas
discrète
Et comme il faut, vraiment !
Et d'ailleurs tu m'es tout.
Tiens, j'aimerai les plissés de ta
collerette
Sans en venir à bout.
Mais l'Art, c'est l'Inconnu ! Qu'on
y dorme et s'y vautre,
On peut ne pas l'avoir constamment
sur les bras !
Eh bien, ménage au vent ! Soyons
Lui, Elle et l'Autre.
Et puis, n'insistons pas.
Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot,
Filons, en costume,
Présider là-haut !
Ma cervelle est morte.
Que le Christ l'emporte !
Béons à la Lune,
La bouche en zéro.
Inconscient, descendez en nous par
réflexes :
Brouillez les cartes, les
dictionnaires, les sexes.
Tournons d'abord sur nous-même,
comme un fakir !
(Agiter le pauvre être, avant de
s'en servir.)
J'ai le cœur chaste et vrai comme
une bonne lampe ;
Oui, je suis en taille-douce, comme
une estampe.
Vénus, énorme comme le Régent,
Déjà se pâme à l'horizon des grèves
;
Et c'est l'heure, ô gens nés casés,
bonnes gens,
De s'étourdir en longs trilles de
rêves !
Corybanthe, aux quatre vents tous
les draps !
Disloque tes pudeurs, à bas les
lignes !
En costume blanc, je ferai le cygne,
Après nous le Déluge, ô ma Léda !
Jusqu'à ce que tournent tes yeux
vitreux,
Que tu grelottes en rires affreux,
Hop ! Enlevons sur les horizons
fades
Les menuets de nos pantalonnades !
Tiens ! L'Univers
Est à l'envers...
- Tout cela vous honore,
Lord Pierrot, mais encore ?
- Ah ! Qu'une, d'elle-même, un beau
soir sût venir,
Ne voyant que boire à mes lèvres, ou
mourir !
Je serais, savez-vous, la plus noble
conquête
Que femme, au plus ravi du Rêve, eût
jamais faite !
D'ici-là, qu'il me soit permis
De vivre de vieux compromis.
Où commence, où finit l'humaine
Ou la divine dignité ?
Jonglons avec les entités,
Pierrot s'agite et Tout le mène !
Laissez faire, laissez passer ;
Laissez passer, et laisser faire ;
Le semblable, c'est le contraire,
Et l'univers, c'est pas assez !
Et je me sens, ayant pour cible
Adopté la vie impossible,
De moins en moins localisé !
- Tout cela vous honore,
Lord Pierrot, mais encore ?
- Il faisait, ah ! Si chaud, si sec.
Voici qu'il pleut, qu'il pleut,
bergères !
Les pauvres Vénus bocagères
Ont la roupie à leur nez grec !
- Oh ! De moins en moins drôle ;
Pierrot sait mal son rôle ?
- J'ai le cœur triste comme un
lampion forain...
Bah ! J'irai passer la nuit dans le
premier train ;
Sûr d'aller, ma vie entière,
Malheureux comme les pierres. (bis.)
Autre complainte de Lord Pierrot
Celle qui doit me mettre au courant
de la Femme !
Nous lui dirons d'abord, de mon air
le moins froid :
" La somme des angles d'un
triangle, chère âme,
" Est égale à deux droits.
"
Et si ce cri lui part : " Dieu
de Dieu ! Que je t'aime ! "
- " Dieu reconnaîtra les siens.
" Ou piquée au vif :
- " Mes claviers ont du cœur,
tu seras mon seul thème. "
Moi : " Tout est relatif.
"
De tous ses yeux, alors ! Se sentant
trop banale :
" Ah ! Tu ne m'aimes pas ; tant
d'autres sont jaloux ! "
Et moi, d'un œil qui vers
l'Inconscient s'emballe :
" Merci, pas mal ; et vous ?
"
- " Jouons au plus fidèle !
" - " À quoi bon, ô Nature ! "
" Autant à qui perd gagne !
" Alors, autre couplet :
- " Ah ! Tu te lasseras le
premier, j'en suis sûre... "
- " Après vous, s'il vous
plaît. "
Enfin, si, par un soir, elle meurt
dans mes livres,
Douce ; feignant de n'en pas croire
encor mes yeux,
J'aurai un : " Ah çà, mais,
nous avions De Quoi vivre !
" C'était donc sérieux ? "
Complainte sur certains ennuis
Un couchant des Cosmogonies !
Ah ! Que la Vie est quotidienne...
Et, du plus vrai qu'on se souvienne,
Comme on fut piètre et sans génie...
On voudrait s'avouer des choses,
Dont on s'étonnerait en route,
Qui feraient, une fois pour toutes !
Qu'on s'entendrait à travers poses.
On voudrait saigner le Silence,
Secouer l'exil des causeries ;
Et non ! Ces dames sont aigries
Par des questions de préséance.
Elles boudent là, l'air capable.
Et, sous le ciel, plus d'un
s'explique,
Par quels gâchis suresthétiques
Ces êtres-là sont adorables.
Justement, une nous appelle,
Pour l'aider à chercher sa bague,
Perdue (où dans ce terrain vague ? )
Un souvenir d'amour, dit-elle !
Ces êtres-là sont adorables !
Complainte des noces de Pierrot
Où te flatter pour boire dieu,
Ma provisoire corybante ?
Je sauce mon âme en tes yeux,
Je ceins ta beauté pénitente,
Où donc vis-tu ? Moi si pieux,
Que tu m'es lente, lente !
Tes cils m'insinuent : c'en est trop
;
Et leurs calices vont se clore,
Sans me jeter leur dernier mot,
Et refouler mes métaphores,
De leur petit air comme il faut ?
Isis, levez le store !
Car cette fois, c'est pour de bon ;
Trop d'avrils, quittant la partie
Devant des charmes moribonds,
J'ai bâclé notre eucharistie
Sous les trépieds où ne répond
Qu'une aveugle Pythie !
Ton tabernacle est dévasté ?
Sois sage, distraite égoïste !
D'ailleurs, suppôt d'éternité,
Le spleen de tout ce qui n'existe
Veut qu'en ce blanc matin d'été,
Je sois ton exorciste !
Ainsi, fustigeons ces airs plats
Et ces dolentes pantomimes
Couvrant d'avance du vieux glas
Mes toscins à l'hostie ultime !
Ah ! Tu me comprends, n'est-ce pas,
Toi, ma moins pauvre rime ?
Introïbo, voici l'Époux !
Hallali ! Songe au pôle, aspire ;
Je t'achèterai des bijoux,
Garde-moi ton ut de
martyre...
Quoi ! Bébé bercé, c'est donc tout ?
Tu n'as plus rien à dire ?
- Mon dieu, mon dieu ! Je n'ai rien
eu,
J'en suis encore aux poncifs thèmes
!
Son teint me redevient connu,
Et, sur son front tout au baptême,
Aube déjà l'air ingénu !
L'air vrai ! L'air non mortel quand
même !
Ce qui fait que je l'aime,
Et qu'elle est même, vraiment,
La chapelle rose
Où parfois j'expose
Le Saint-Sacrement
De mon humeur du moment.
Complainte du vent qui s'ennuie la nuit
Ta fleur se fane, ô fiancée ?
Oh ! Gardes-en encore un peu
La corolle qu'a compulsée
Un soir d'ennui trop studieux !
Le vent des toits qui pleure et
rage,
Dans ses assauts et ses remords,
Sied au nostalgique naufrage
Où m'a jeté ta Toison-d'Or.
Le vent assiège,
Dans sa tour,
Le sortilège
De l'Amour ;
Et, pris au piège,
Le sacrilège
Geint sans retour.
Ainsi, mon Idéal sans bride
T'ubiquitait de ses sanglots,
Ô calice loyal mais vide
Qui jouais à me rester clos ?
Ainsi dans la nuit investie,
Sur tes pétales décevants,
L'Ange fileur d'eucharisties
S'afflige tout le long du vent.
Le vent assiège,
Dans sa tour,
Le sortilège
De l'Amour,
Et, pris au piège,
Le sacrilège
Geint sans retour.
Ô toi qu'un remords fait si morte,
Qu'il m'est incurable, en tes yeux,
D'écouter se morfondre aux portes
Le vent aux étendards de cieux !
Rideaux verts de notre hypogée,
Marbre banal du lavabo,
Votre hébétude ravagée
Est le miroir de mon tombeau.
Ô vent, allège
Ton discours
Des vains cortèges
De l'humour ;
Je rentre au piège,
Peut-être y vais-je
Tuer l'Amour !
Complainte du pauvre corps humain
L'homme et sa compagne sont serfs
De corps, tourbillonnants cloaques
Aux mailles de harpes de nerfs
Serves de tout et que détraque
Un fier répertoire d'attaques.
Voyez l'homme, voyez !
Si ça n'fait pas pitié !
Propre et correct en ses ressorts,
S'assaisonnant de modes vaines,
Il s'admire, ce brave corps,
Et s'endimanche pour sa peine,
Quand il a bien sué la semaine.
Et sa compagne ! Allons,
Ma bell', nous nous valons.
Faudrait le voir, touchant et nu
Dans un décor d'oiseaux, de roses ;
Ses tics réflexes d'ingénu,
Ses plis pris de mondaines poses ;
Bref, sur beau fond vert, sa
chlorose.
Voyez l'Homme, voyez !
Si ça n'fait pas pitié !
Les Vertus et les Voluptés
Détraquant d'un rien sa machine,
Il ne vit que pour disputer
Ce domaine à rentes divines
Aux lois de mort qui le taquinent.
Et sa compagne ! Allons,
Ma bell', nous nous valons.
Il se soutient de mets pleins d'art,
Se drogue, se tond, se parfume,
Se truffe tant, qu'il meurt trop
tard ;
Et la cuisine se résume
En mille infections posthumes.
Oh ! Ce couple, voyez !
Non, ça fait trop pitié.
Mais ce microbe subversif
Ne compte pas pour la Substance,
Dont les déluges corrosifs
Renoient vite pour l'Innocence
Ces fols germes de conscience.
Nature est sans pitié
Pour son petit dernier.
Il était un roi de Thulé,
Immaculé,
Qui loin des jupes et des choses,
Pleurait sur la métempsychose
Des lys en roses,
Et quel palais !
Ses fleurs dormant, il s'en allait,
Traînant des clés,
Broder aux seuls yeux des étoiles,
Sur une tour, un certain Voile.
De vive toile,
Aux nuits de lait !
Quand le voile fut bien ourlé,
Loin de Thulé,
Il rama fort sur les mers grises,
Vers le soleil qui s'agonise,
Féerique Église !
Il ululait :
" Soleil-crevant, encore un
jour,
Vous avez tendu votre phare
Aux holocaustes vivipares,
Du culte qu'ils nomment l'Amour.
" et comme, devant la nuit
fauve,
Vous vous sentez défaillir,
D'un dernier flot d'un sang martyr
Vous lavez le seuil de l'Alcôve !
" Soleil ! Soleil ! Moi je
descends
Vers vos navrants palais polaires,
Dorloter dans ce Saint-Suaire
Votre cœur bien en sang,
En le berçant ! "
Il dit, et, le Voile étendu,
Tout éperdu,
Vers les coraux et les naufrages,
Le roi raillé des doux corsages,
Beau comme un Mage
Est descendu !
Braves amants ! Aux nuits de lait,
Tournez vos clés !
Une ombre, d'amour pur transie,
Viendrait vous gémir cette scie :
" Il était un roi de Thulé
Immaculé... "
Complainte du soir des comices agricoles
Deux royaux cors de chasse ont
encore un duo
Aux échos,
Quelques fusées reniflent s'étouffer
là-haut !
Allez, allez, gens de la noce,
Qu'on s'en donne une fière bosse !
Et comme le jour naît, que bientôt
il faudra,
À deux bras,
Peiner, se recrotter dans les
labours ingrats,
Allez, allez, gens que vous êtes,
C'est pas tous les jours jour de
fête !
Ce violon incompris pleure au pays
natal,
Loin du bal,
Et le piston risque un appel vers
l'Idéal...
Mais le flageolet les rappelle
Et allez donc, mâl's et femelles !
Un couple erre parmi les rêves des
grillons,
Aux sillons ;
La fille écoute en tourmentant son
médaillon.
Laissez, laissez, ô cors de chasse,
Puisque c'est le sort de la race.
Les beaux cors se sont morts ; mais
cependant qu'au loin,
Dans les foins,
Crèvent deux rêves niais, sans maire
et sans adjoint.
Pintez, dansez, gens de la Terre,
Tout est un triste et vieux Mystère.
- Ah ! Le Premier que prit ce besoin
insensé
De danser
Sur ce monde enfantin dans l'Inconnu
lancé !
Ô Terre, ô terre, ô race humaine,
Vous me faites bien de la peine.
Dimanche, à Liège.
Bin bam, bin bam,
Les cloches, les cloches,
Chansons en l'air, pauvres reproches
!
Bin bam, bin bam,
Les cloches en Brabant !
Petits et gros, clochers en fête,
De l'hôpital à l'Évêché,
Dans ce bon ciel endimanché,
Se carillonnent, et s'entêtent,
À tue-tête ! À tue-tête !
Bons vitraux, saignez impuissants
Aux allégresses hosannahlles
Des orgues lâchant leurs pédales,
Les tuyaux bouchés par l'encens !
Car il descend ! Il descend !
Voici les lentes oriflammes
Où flottent la Vierge et les Saints
!
Les cloches, leur battant des mains,
S'étourdissent en jeunes gammes
Hymniclames ! Hymniclames !
Va, Globe aux studieux pourchas,
Où Dieu à peine encor s'épelle !
Bondis, Jérusalem nouvelle,
Vers les nuits grosses de rachats,
Où les lys ne filent pas !
Édens mûrs, Unique Bohême !
Nous, les beaux anges effrénés ;
Elles, les Regards incarnés,
Pouvant nous chanter, sans blasphème
:
Que je t'aime ! Pour moi-même !
Oui, les cloches viennent de loin !
Oui, oui, l'Idéal les fit fondre
Pour rendre les gens hypocondres,
Vêtus de noir, tendant le poing
Vers un Témoin ! Un Témoin !
Ah ! Cœur-battant, cogne à tue-tête
Vers ce ciel niais endimanché !
Calme, à jaillir de ton clocher,
Et nous retombe à jamais BÊTE.
Quelle fête ! Quelle fête !
Bin bam, bin bam,
Les cloches ! Les cloches !
Chansons en l'air, pauvres reproches
!
Bin bam, bin bam,
Les cloches en Brabant ! 1
1. Et ailleurs.
à Bade.
Tout hier, le soleil a boudé dans
ses brumes,
Le vent jusqu'au matin n'a pas
décoléré,
Mais, nous point des coteaux là-bas,
un œil sacré
Qui va vous bousculer ces paquets de
bitume !
- Ah ! Vous m'avez trop, trop vanné,
Bals de diamants, hanches roses ;
Et, bien sûr, je n'étais pas né
Pour ces choses.
- Le vent jusqu'au matin n'a pas
décoléré.
Oh ! Ces quintes de toux d'un chaos
bien posthume,
- Prés et bois vendus ! Que de gens,
Qui me tenaient mes gants, serviles,
À cette heure, de mes argents,
Font des piles !
- Délayant en ciels bas ces paquets
de bitume
Qui grimpaient talonnés de noirs
Misérérés !
- Elles, coudes nus dans les fruits,
Riant, changeant de doigts leurs bagues
;
Comme nos plages et nos nuits
Leur sont vagues !
- Oh ! Ces quintes de toux d'un
chaos bien posthume,
Chantons comme Memnon, le soleil a
filtré,
- Et moi, je suis dans ce lit cru
De chambre d'hôtel, fade chambre,
Seul, battu dans les vents bourrus
De novembre.
- Qui, consolant des vents les noirs
Misérérés,
Des nuages en fuite éponge au loin
l'écume.
- Berthe aux sages yeux de lilas,
Qui priais Dieu que je revinsse,
Que fais-tu, mariée là-bas,
En province ?
- Memnons, ventriloquons ! Le cher
astre a filtré
Et le voilà qui tout authentique
s'exhume !
- Oh ! Quel vent ! Adieu tout
sommeil ;
Mon Dieu, que je suis bien malade !
Oh ! Notre croisée au soleil
Bon, à Bade.
- Il rompt ses digues ! Vers les
grands labours qui fument !
Saint Sacrement ! Et labarum des
nox irae !
- Et bientôt, seul, je m'en irai,
À Montmartre, en cinquième classe,
Loin de père et mère, enterrés
En Alsace.
Complainte sur certains temps déplacés
Le couchant de sang est taché
Comme un tablier de boucher ;
Oh ! Qui veut aussi m'écorcher !
- Maintenant c'est comme une rade !
Ça vous fait le cœur tout nomade,
À cingler vers mille Lusiades !
Passez, ô nuptials appels,
Vers les comptoirs, les Archipels
Où l'on mastique le bétel !
Je n'aurai jamais d'aventures ;
Qu'il est petit, dans la Nature,
Le chemin d'fer Paris-Ceinture !
V'la l'fontainier ! Il siffle l'air
(connu) du bon roi Dagobert ;
Oh ! Ces matins d'avril en mer !
- Le vent galope ventre à terre,
En vain voudrait-on le fair'taire !
Ah ! Nom de Dieu ! Quelle misère !
- Le Soleil est mirobolant
Comme un poitrail de chambellan,
J'en demeure les bras ballants ;
Mais jugez si ça m'importune,
Je rêvais en plein de lagunes
De Venise au clair de la lune !
- Vrai ! La vie est pour les
badauds.
Quand on a du dieu sous la peau,
On cuve ça sans dire mot.
L'obélisque quadrangulaire,
De mon spleen monte ; j'y digère,
En stylite, ce gros Mystère.
Complainte des condoléances au soleil
Décidément, bien Don Quichotte et
pas peu sale,
Ta Police, ô Soleil ! Malgré tes
grands Levers,
Et tes couchants des beaux
Sept-Glaives abreuvés,
Rosaces en sang d'une aveugle
Cathédrale !
Sans trêve, aux spleens d'amour
sonner des hallalis !
Car, depuis que, majeur, ton fils
calcule et pose,
Labarum des glaciers ! Fais-tu donc
autre chose
Que chasser devant toi des dupes de
leurs lits ?
Certes, dès qu'aux rideaux aubadent
tes fanfares,
Ces piteux d'infini, clignant de
gluants deuils,
Rhabillent leurs tombeaux, en se
cachant de œil
Qui cautérise les citernes les plus
rares !
Mais tu ne te dis pas que, là-bas,
bon Soleil,
L'autre moitié n'attendait que ta
défaillance,
Et déjà se remet à ses expériences,
Alléguant quoi ! La nuit, l'usage,
le sommeil...
Or, à notre guichet, tu n'es pas
mort encore,
Pour aller fustiger de rayons ces
mortels,
Que nos bateaux sans fleurs rerâlent
vers leurs ciels
D'où pleurent des remparts brodés
contre l'aurore !
Alcôve des Danaïdes, triste astre !
- et puis,
Ces jours où, tes fureurs ayant fait
les nuages,
Tu vas sans pouvoir les percer,
blême de rage
De savoir seul et tout à ses aises
l'Ennui !
Entre nous donc, bien don Quichotte,
et pas moins sale,
Ta Police, ô Soleil, malgré tes
grands Levers,
Et tes couchants des beaux
Sept-Glaives abreuvés,
Rosaces en sang d'une aveugle
Cathédrale !
Complainte de l'oubli des morts
Mesdames et Messieurs,
Vous dont la mère est morte.
C'est le bon fossoyeux
Qui gratte à votre porte.
Les morts
C'est sous terre ;
Ça n'en sort
Guère.
Vous fumez dans vos bocks,
Vous soldez quelque idylle,
Là-bas chante le coq,
Pauvres morts hors des villes !
Grand-papa se penchait,
Là, le doigt sur la tempe,
Sœur faisait du crochet,
Mère montait la lampe.
Les morts
C'est discret,
Ça dort
Trop au frais.
Vous avez bien dîné,
Comment va cette affaire ?
Ah ! Les petits mort-nés
Ne se dorlotent guère !
Notez, d'un trait égal,
Au livre de la caisse,
Entre deux frais de bal :
Entretien tombe et messe.
C'est gai,
Cette vie ;
Hein, ma mie,
Ô gué ?
Mesdames et Messieurs,
Vous dont la sœur est morte,
Ouvrez au fossoyeux
Qui claque à votre porte ;
Si vous n'avez pitié,
Il viendra (sans rancune)
Vous tirer par les pieds,
Une nuit de grand'lune !
Importun
Vent qui rage !
Les défunts ?
Ça voyage...
Complainte du pauvre jeune homme
Sur l'air populaire :
" Quand le
bonhomm' revint du bois. "
Quand ce jeune homm' rentra chez
lui,
Quand ce jeune homm' rentra chez lui
;
Il prit à deux mains son vieux
crâne,
Qui de science était un puits !
Crâne,
Riche crâne,
Entends-tu la Folie qui plane ?
Et qui demande le cordon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Et qui demande le cordon,
Digue dondaine, digue dondon ?
Quand ce jeune homm' rentra chez
lui,
Quand ce jeune homm' rentra chez lui
;
Il entendit de tristes gammes,
Qu'un piano pleurait dans la nuit !
Gammes,
Vieilles gammes,
Ensemble, enfants, nous vous
cherchâmes ;
Son mari m'a fermé sa maison,
Digue dondaine, digue dondaine,
Son mari m'a fermé sa maison,
Digue dondaine, digue dondon !
Quand ce jeune homm' rentra chez
lui,
Quand ce jeune homm' rentra chez lui
;
Il mit le nez dans sa belle âme,
Où fermentaient des tas d'ennuis !
Âme,
Ma belle âme,
Leur huile est trop sal' pour ta
flamme !
Puis, nuit partout ! Lors, à quoi
bon ?
Digue dondaine, digue dondaine,
Puis, nuit partout ! Lors, à quoi
bon ?
Digue dondaine, digue dondon !
Quand ce jeune homm' rentra chez
lui,
Quand ce jeune homm' rentra chez lui
;
Il vit que sa charmante femme,
Avait déménagé sans lui !
Dame,
Notre-Dame,
Je n'aurai pas un mot de blâme !
Mais t'aurais pu m'laisser
l'charbon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Mais t'aurais pu m'laisser
l'charbon,
Digue dondaine, digue dondon.
Lors, ce jeune homme aux tels
ennuis,
Lors, ce jeune homme aux tels ennuis
;
Alla décrocher une lame,
Qu'on lui avait fait cadeau avec
l'étui !
Lame,
Fine lame,
Soyez plus droite que la femme !
Et vous, mon Dieu, pardon ! Pardon !
Digue dondaine, digue dondaine,
Et vous, mon dieu, pardon ! Pardon !
Digue dondaine, digue dondon !
Quand les croq'morts vinrent chez
lui,
Quand les croq'morts vinrent chez
lui ;
Ils virent qu'c'était un'belle âme,
Comme on n'en fait plus aujourd'hui.
Âme,
Dors, belle âme !
Quand on est mort, c'est pour de
bon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Quand on est mort, c'est pour de
bon,
Digue dondaine, digue dondon !
Sur l'air populaire :
" Qu'allais-tu
faire à la fontaine ? "
- Qu'alliez-vous faire à la Mad'leine,
Corbleu, ma moitié,
- Qu'alliez-vous faire à la
Mad'leine ?
- J'allais prier pour qu'un fils
nous vienne,
Mon Dieu, mon ami ;
J'allais prier pour qu'un fils nous
vienne.
- Vous vous teniez dans un coin,
debout,
Corbleu, ma moitié !
Vous vous teniez dans un coin
debout.
- Pas d'chaise économis'trois sous,
Mon Dieu, mon ami ;
Pas d'chaise économis'trois sous.
- D'un officier, j'ai vu la
tournure,
Corbleu, ma moitié !
D'un officier, j'ai vu la tournure.
- C'était ce Christ grandeur nature,
Mon dieu, mon ami ;
C'était ce Christ grandeur nature.
- Les christs n'ont pas la croix
d'honneur,
Corbleu, ma moitié !
Les Christs n'ont pas la croix
d'honneur.
- C'était la plaie du Calvaire, au
cœur,
Mon dieu, mon ami ;
C'était la plaie du Calvaire au
cœur.
- Les christs n'ont qu'au flanc seul
la plaie,
Corbleu, ma moitié !
Les christs n'ont qu'au flanc seul
la plaie !
- C'était une goutte envolée,
Mon Dieu, mon ami ;
C'était une goutte envolée.
- Aux Crucifix on n'parl'jamais,
Corbleu, ma moitié !
Aux Crucifix on n'parl'jamais ?
- C'était du trop d'amour
qu'j'avais,
Mon Dieu, mon ami,
C'était du trop d'amour qu'j'avais !
Et moi j'te brûl'rai la cervelle,
Corbleu, ma moitié,
Et moi j'te brûl'rai la cervelle !
- Lui, il aura mon âme immortelle,
Mon Dieu, mon ami,
Lui, il aura mon âme immortelle !
Complainte variations sur le mot "
falot, falotte "
Falot, falotte !
Sous l'aigre averse qui clapote.
Un chien aboie aux feux-follets,
Et puis se noie, taïaut, taïaut !
La Lune, voyant ces ballets,
Rit à Pierrot !
Falot ! Falot !
Falot, falotte !
Un train perdu, dans la nuit,
stoppe,
Par les avalanches bloqué ;
Il siffle au loin ! Et les petiots
Croient ouïr les méchants hoquets
D'un grand crapaud !
Falot, falot !
Falot, falotte !
La danse du bateau-pilote,
Sous œil d'or du phare, en péril
Et sur les steamers, les
galops
Des vents filtrant leurs longs exils
Par les hublots !
Falot, falot !
Falot, falotte !
La petite vieille qui trotte,
Par les bois aux temps pluvieux,
Cassée en deux sous le fagot
Qui réchauffera de son mieux
Son vieux tricot !
Falot, falot !
Falot, falotte !
Sous sa lanterne qui tremblote,
Le fermier dans son potager
S'en vient cueillir des escargots,
Et c'est une étoile au berger
Rêvant là-haut !
Falot, falot !
Falot, falotte !
Le lumignon au vent toussotte,
Dans son cornet de gras papier ;
Mais le passant en son pal'tot,
Ô mandarines des Janviers,
File au galop !
Falot, falot !
Falot, falotte !
Un chiffonnier va sous sa hotte ;
Un réverbère près d'un mur
Où se cogne un vague soulaud,
Qui l'embrasse comme un pur,
Avec des mots !
Falot, falot !
Falot, falotte !
Et c'est ma belle âme en ribotte,
Qui se sirote et se fait mal,
Et fait avec ses grands sanglots,
Sur les beaux lacs de l'Idéal
Des ronds dans l'eau !
Falot, falot !
Complainte du temps et de sa commère
l'espace
Je tends mes poignets universels
dont aucun
N'est le droit ou le gauche, et
l'Espace, dans un
Va-et-vient giratoire, y détrame les
toiles
D'azur pleines de cocons à fœtus
d'Étoiles.
Et nous nous blasons tant, je ne
sais où, les deux
Indissolubles nuits aux orgues
vaniteux
De nos pores à Soleils, où toute
cellule
Chante : Moi ! Moi ! Puis
s'éparpille, ridicule !
Elle est l'infini sans fin, je
deviens le temps
Infaillible. C'est pourquoi nous
nous perdons tant.
Où sommes-nous ? Pourquoi ? Pour que
Dieu s'accomplisse ?
Mais l'Éternité n'y a pas suffi !
Calice
Inconscient, où tout cœur crevé se
résout,
Extrais-nous donc alors de ce néant
trop tout !
Que tu fisses de nous seulement une
flamme,
Un vrai sanglot mortel, la moindre
goutte d'âme !
Mais nous bâillons de toute la force
de nos
Touts, sûrs de la surdité des
humains échos.
Que ne suis-je indivisible ! Et toi,
douce Espace,
Où sont les steppes de tes seins,
que j'y rêvasse ?
Quand t'ai-je fécondée à jamais ? Oh
! Ce dut
Être un spasme intéressant ! Mais
quel fut mon but ?
Je t'ai, tu m'as. Mais où ? Partout,
toujours. Extase
Sur laquelle, quand on est le Temps,
on se blase.
Or, voilà des spleens infinis que je
suis en
Voyage vers ta bouche, et pas plus à
présent
Que toujours, je ne sens la fleur
triomphatrice
Qui flotte, m'as-tu dit, au seuil de
ta matrice.
Abstraites amours ! Quel infini
mitoyen
Tourne entre nos deux Touts ? Sommes-nous
deux ? Ou bien
(tais-toi si tu ne peux me prouver à
outrance,
Illico, le fondement de la
connaissance,
Et, par ce chant : Pensée, Objet,
Identité !
Souffler le Doute, songe d'un siècle
d'été)
Suis-je à jamais un solitaire
Hermaphrodite,
Comme le Ver solitaire, ô ma
Sulamite ?
Ma complainte n'a pas eu de
commencement,
Que je sache, et n'aura nulle fin ;
autrement,
Je serais l'anachronisme absolu.
Pullule
Donc, azur possédé du mètre et du
pendule !
Ô Source du Possible, alimente à
jamais
Des pollens des soleils d'exil, et
de l'engrais
Des chaotiques hécatombes,
l'automate
Universel où pas une loi ne se hâte.
Nuls à tout, sauf aux rares
mystiques éclairs
Des Élus, nous restons les deux
miroirs d'éther
Réfléchissant, jusqu'à la mort de ces
Mystères,
Leurs Nuits que l'Amour jonche de
fleurs éphémères.
Prose blanche :
Bonne gens qui m'écoutes, c'est
Paris, Charenton compris. Maison fondée en... à louer. Médailles à toutes les
expositions et des mentions. Bail immortel. Chantiers en gros et en détail de
bonheurs sur mesure. Fournisseurs brevetés d'un tas de majestés. Maison
recommandée. Prévient la chute des cheveux. En loteries ! Envoie en province.
Pas de morte-saison. Abonnements. Dépôt, sans garantie de l'humanité, des
ennuis les plus comme il faut et d'occasion. Facilités de paiement, mais de
l'argent. De l'argent, bonne gens !
Et ça se ravitaille, import et
export, par vingt gares et douanes. Que tristes, sous la pluie, les trains de
marchandises ! à vous, dieux, chasublerie, ameublements d'église, dragées pour
baptêmes, le culte est au troisième, clientèle ineffable. Amour, à toi, des
maisons d'or aux hospices dont les langes et loques feront le papier des
billets doux à monogrammes, trousseaux et layettes, seules eaux alcalines
reconstituantes, ô chlorose ! Bijoux de sérail, falbalas, tramways, miroirs de
poches, romances ! Et à l'antipode, qu'y fait-on ? ça travaille, pour que Paris
se ravitaille...
D'ailleurs, des moindres pavés,
monte le Lotus Tact. En bataille rangée, les deux sexes, toilettés à la mode
des passants, mangeant dans le ruolz ! Aux commis, des Niobides ; des
faunesses, aux Christs. Et sous les futaies seigneuriales des jardins très
publics, martyrs niaisant et vestales minaudières faisant d'un clin œil
l'article pour l'Idéale et Cie (Maison vague, là-haut), mais d'elles-mêmes
absentes, pour sûr. Ah ! L'Homme est un singulier monsieur ; et elle, sa voix
de fausset, quel front désert ! D'ailleurs avec du tact...
Mais l'inextirpable élite, d'où ?
Pour où ? Maisons de blanc : pompes voluptiales ; maisons de deuil :
spleenuosités, rancœurs à la carte. Et les banlieues adoptives, humus teigneux,
haridelles paissant bris de vaisselles, tessons, semelles, de profil sur
l'horizon des remparts. Et la pluie ! Trois torchons à une claire-voie de
mansarde. Un chien aboie à un ballon là-haut. Et des coins claustrals, cloches
exilescentes des dies iraemissibles. Couchants d'aquarelliste
distinguée, ou de lapidaire en liquidation. Génie au prix de fabrique, et ces
jeunes gens s'entraînent en auto-litanies et formules vaines, par vaines
cigarettes. Que les vingt-quatre heures vont vite à la discrète élite... !
Mais les cris publics reprennent.
Avis important ! L'Amortissable a fléchi, ferme le Panama. Enchères, experts.
Avances sur titres cotés ou non cotés, achats de nues propriétés, de viagers,
d'usufruits ; avances sur successions ouvertes et autres ; indicateurs,
annuaires, étrennes. Voyages circulaires à prix réduits. Madame Ludovic prédit
l'avenir de 2 à 4. Jouets Au Paradis des enfants et accessoires pour
cotillons aux grandes personnes. Grand choix de principes à l'épreuve. Encore
des cris ! Seul dépôt ! Soupers de centième ! Machines cylindriques Marinoni !
Tout garanti, tout pour rien ! Ah ! La rapidité de la vie aussi seul dépôt...
Des mois, les ans, calendriers
d'occasion. Et l'automne s'engrandeuille au bois de Boulogne, l'hiver gèle les
fricots des pauvres aux assiettes sans fleurs peintes. Mai purge, la canicule
aux brises frivoles des plages fane les toilettes coûteuses. Puis, comme nous
existons dans l'existence où l'on paie comptant, s'amènent ces messieurs
courtois des Pompes Funèbres, autopsies et convois salués sous la vieille
Monotopaze du soleil. Et l'histoire va toujours dressant, raturant ses Tables
criblées de piteux idem, - ô
Bilan, va quelconque ! ô Bilan, va quelconque...
Complainte des Mounis du Mont-Martre
Dire que, sans filtrer d'un divin
Cœur,
Un air divin, et qui veut que tout
s'aime,
S'in-Pan-filtre, et sème
Ces vols d'oasis folles de
blasphèmes
Vivant pour toucher quelque part un
Cœur...
Un tic tac froid rit en nos poches,
Chronomètres, réveils, coucous ;
Faut remonter ces beaux joujoux,
Œufs à heures, mouches du coche,
Là-haut s'éparpillant en cloches...
Voici le soir,
Grince, musique
Hypertrophique
Des remontoirs !
Dire que Tout est un Très Sourd
Mystère ;
Et que le Temps, qu'on ne sait où
saisir,
Oui, pour l'avertir !
Sarcle à jamais les bons soleils
martyrs,
Ô laps sans digues des nuits du
Mystère ! ...
Allez, coucous, réveils, pendules ;
Escadrons d'insectes d'acier,
En un concert bien familier,
Jouez sans fin des mandibules,
L'Homme a besoin qu'on le stimule !
Sûrs, chaque soir,
De la musique
Hypertrophique
Des remontoirs !
Moucherons, valseurs d'un soir de
soleil,
Vous, tout comme nous, nerfs de la
nature,
Vous n'avez point cure
De ce que peut être cette aventure :
Les mondes penseurs s'errant au
Soleil !
Triturant bien l'heure en secondes,
En trois mil six cents coups de
dents,
De nos parts au gâteau du Temps
Ne faites qu'un hachis immonde
Devant lequel on se morfonde !
Sûrs, chaque soir,
De la musique
Hypertrophique
Des remontoirs !
Où le trouver, ce Temps, pour lui
tout dire,
Lui mettre le nez dans son Œuvre, un
peu !
Et cesser ce jeu !
C'est vrai, la Métaphysique de Dieu
Et ses amours sont infinis ! - mais,
dire...
Ah ! Plus d'heure ? Fleurir sans âge
?
Voir les tableaux lents des Saisons
Régir l'écran des horizons,
Comme autant de belles images
D'un même Aujourd'hui qui voyage ?
Voici le soir !
Grince, musique
Hypertrophique
Des remontoirs !
Complainte-litanies de mon Sacré-Cœur
Prométhée et Vautour, châtiment et
blasphème,
Mon Cœur, cancer sans cœur, se
grignote lui-même.
Mon Cœur est une urne où j'ai mis
certains défunts,
Oh ! Chut, refrains de leurs
berceaux ! Et vous, parfums...
Mon Cœur est un lexique où cent
littératures
Se lardent sans répit de divines
ratures.
Mon Cœur est un désert altéré, bien
que soûl
De ce vin revomi, l'universel
dégoût.
Mon Cœur est un Néron, enfant gâté
d'Asie,
Qui d'empires de rêve en vain se
rassasie.
Mon cœur est un noyé vidé d'âme et
d'essors,
Qu'étreint la pieuvre Spleen en ses
ventouses d'or.
C'est un feu d'artifice, hélas !
Qu'avant la fête,
A noyé sans retour l'averse qui
s'embête.
Mon Cœur est le terrestre
Histoire-Corbillard,
Que traînent au néant l'instinct et
le hasard.
Mon Cœur est une horloge oubliée à
demeure,
Qui, me sachant défunt, s'obstine à
sonner l'heure !
Mon aimée était là, toute à me
consoler ;
Je l'ai trop fait souffrir, ça ne
peut plus aller.
Mon Cœur, plongé au Styx de nos arts
danaïdes,
Présente à tout baiser une armure de
vide.
Et toujours, mon Cœur, ayant ainsi
déclamé,
En revient à sa complainte : Aimer,
être aimé !
Complainte des débats mélancoliques et
littéraires
On peut encore aimer, mais
confier toute son âme est un bonheur qu'on ne retrouvera plus.
Corinne ou l'Italie.
Le long d'un ciel crépusculâtre,
Une cloche angéluse en paix
L'air exilescent et marâtre
Qui ne pardonnera jamais.
Paissant des débris de vaisselle,
Là-bas, au talus des remparts,
Se profile une haridelle
Convalescente ; il se fait tard.
Qui m'aima jamais ? Je m'entête
Sur ce refrain bien impuissant,
Sans songer que je suis bien bête
De me faire du mauvais sang.
Je possède un propre physique,
Un cœur d'enfant bien élevé,
Et pour un cerveau magnifique
Le mien n'est pas mal, vous savez.
Eh bien, ayant pleuré l'Histoire,
J'ai voulu vivre un brin heureux ;
C'était trop demander, faut croire ;
J'avais l'air de parler hébreux.
Ah ! Tiens, mon cœur, de grâce,
laisse
Lorsque j'y songe, en vérité,
J'en ai des sueurs de faiblesse,
À choir dans la malpropreté.
Le cœur me piaffe de génie
Éperdument pourtant, mon Dieu !
Et si quelqu'une veut ma vie,
Moi je ne demande pas mieux !
Eh va, pauvre âme véhémente !
Plonge, être, en leurs Jourdains
blasés,
Deux frictions de vie courante
T'auront bien vite exorcisé.
Hélas, qui peut m'en répondre !
Tenez, peut-être savez-vous
Ce que c'est qu'une âme hypocondre ?
J'en suis une dans les prix doux.
Ô Hélène, j'erre en ma chambre ;
Et tandis que tu prends le thé,
Là-bas dans l'or d'un fier
septembre,
Je frissonne de tous mes membres,
En m'inquiétant de ta santé.
Complainte d'une convalescence en mai
Nous n'avons su toutes ces choses
qu'après sa mort.
Vie de Pascal par Mme
Perier.
Convalescent au lit, ancré de
courbatures,
Je me plains aux dessins bleus de ma
couverture,
Las de reconstituer dans l'art du
jour baissant
Cette dame d'en face auscultant les
passants :
Si la Mort, de son van, avait chosé
mon être,
En serait-elle moins, ce soir, à sa
fenêtre ? ...
Oh ! Mort, tout mort ! Au plus
jamais, au vrai néant
Des nuits où piaule en longs regrets
un chant-huant !
Et voilà que mon Âme est tout
hallucinée !
Mais s'abat, sans avoir fixé sa
destinée.
Ah ! Que de soirs de mai pareils à
celui-ci,
Que la vie est égale ; et le cœur
endurci !
Je me sens fou d'un tas de petites
misères.
Mais maintenant, je sais ce qu'il me
reste à faire.
Qui m'a jamais rêvé ? Je voudrais le
savoir !
Elles vous sourient avec âme, et
puis bonsoir,
Ni vu ni connu. Et les voilà qui
rebrodent
Le canevas ingrat de leur âme à la
mode ;
Fraîches à tous, et puis reprenant
leur air sec
Pour les christs déclassés et autres
gens suspects
Et pourtant, le béni grand bol de
lait de ferme
Que me serait un baiser sur sa
bouche ferme !
Je ne veux accuser personne, bien
qu'on eût
Pu, ce me semble, mon bon cœur étant
connu...
N'est-ce pas ; nous savons ce qu'il
nous reste à faire,
Ô Cœur d'or pétri d'aromates littéraires,
Et toi, cerveau confit dans l'alcool
de l'Orgueil !
Et qu'il faut procéder d'abord par
demi-deuils...
Primo : mes grandes angoisses
métaphysiques
Sont passées à l'état de chagrins
domestiques ;
Deux ou trois spleens locaux. - Ah !
Pitié, voyager
Du moins, pendant un an ou deux à
l'étranger...
Plonger mon front dans l'eau des
mers, aux matinées
Torrides, m'en aller à petites
journées,
Compter les clochers, puis
m'asseoir, ayant très chaud,
Aveuglé des maisons peintes au lait
de chaux...
Dans les Indes du Rêve aux
pacifiques Ganges,
Que j'en ai des comptoirs, des
hamacs de rechange !
- Voici l'œuf à la coque et la lampe
du soir.
Convalescence bien folle, comme on
peut voir.
Aimer, uniquement, ces jupes
éphémères ?
Autant dire aux soleils : fêtez vos
centenaires.
Mais tu peux déguster, dans leurs
jardins d'un jour,
Comme à cette dînette unique Tout
concourt ;
Déguster, en menant les rites
réciproques,
Les trucs Inconscients dans leur œuf,
à la coque.
Soit en pontifiant, avec toute ta
foi
D'Exécuteur des hautes-œuvres de la
Loi ;
Soit en vivisectant ces claviers
anonymes,
Pour l'art, sans espérer leur ut
d'hostie ultime.
Car, crois pas que l'hostie où dort
ton paradis
Sera d'une farine aux levains
inédits.
Mais quoi, leurs yeux sont tout ! Et
puis la nappe est mise,
Et l'Orgue juvénile à l'aveugle
improvise.
Et, sans noce, voyage, curieux
colis,
Cancans, et fadeur d'hôpital du même
lit,
Mais pour avoir des vitraux fiers à
domicile,
Vivre à deux seuls est encore le
moins imbécile.
Vois-là donc, comme d'ailleurs, et
loyalement,
Les passants, les mots, les choses,
les firmaments.
Vendange chez les arts enfantins ;
sois en fête
D'une fugue, d'un mot, d'un ton,
d'un air de tête.
La science, outre qu'elle ne peut
rien savoir,
Trouve, tels les ballons,
l'Irrespirable Noir.
Ne force jamais tes pouvoirs de
Créature,
Tout est écrit et vrai, rien n'est
contre-nature.
Vivre et peser selon le Beau, le
Bien, le Vrai ?
Ô parfums, ô regards, ô fois ! Soit,
j'essaierai ;
Mais, tel Brennus avec son épée, et
d'avance,
Suis-je pas dans l'un des plateaux
de la balance ?
Des casiers de bureau, le Beau, le
Vrai, le Bien ;
Rime et sois grand, la Loi
reconnaîtra les siens.
Ah ! Démaillote-toi, mon enfant, de
ces langes
D'Occident ! Va faire une pleine eau
dans le Gange.
La logique, la morale, c'est vite
dit ;
Mais ! Gisements d'instincts,
virtuels paradis,
Nuit des hérédités et limbes des
latences !
Actif ? Passif ? Ô pelouses des
Défaillances,
Tamis de pores ! Et les bas-fonds
sous-marins,
Infini sans foyer, forêt vierge à
tous crins !
Pour voir, jetez la sonde, ou
plongez sous la cloche ;
Oh ! Les velléités, les anguilles
sous roche,
Les polypes sournois attendant
l'hameçon,
Les vœux sans état-civil, ni chair,
ni poisson !
Les guanos à Geysers, les astres en
syncope,
Et les métaux qui font loucher nos
spectroscopes !
Une capsule éclate, un monde de facteurs
En prurit, s'éparpille assiéger les
hauteurs ;
D'autres titubent sous les butins
génitoires,
Ou font un feu d'enfer dans leurs
laboratoires !
Allez ! Laissez passer, laisser
faire ; l'Amour
Reconnaîtra les siens : il est
aveugle et sourd.
Car la vie innombrable va, vannant
les germes
Aux concurrences des êtres sans
droits, sans terme.
Vivotez et passez, à la grâce de
Tout ;
Et voilà la pitié, l'amour et le bon
goût.
L'inconscient, c'est l'Éden-Levant
que tout saigne ;
Si la Terre ne veut sécher, qu'elle
s'y baigne !
C'est la grande Nounou où nous nous
aimerions
À la grâce des divines sélections.
C'est le Tout-Vrai, l'Omniversel
Ombelliforme
Mancenilier, sous qui, mes bébés,
faut qu'on dorme !
(Nos découvertes scientifiques étant
Ses feuilles mortes, qui tombent de
temps en temps.)
Là, sur des oreillers d'étiquettes
d'éthiques,
Lévite félin aux égaux ronrons
lyriques,
Sans songer : " Suis-je moi ?
Tout est si compliqué !
" Où serais-je à présent, pour
tel coche manqué ? "
Sans colère, rire, ou pathos, d'une
foi pâle,
Aux riches flirtations des pompes
argutiales,
Mais sans rite emprunté, car c'est
bien malséant,
Sirote chaque jour ta tasse de néant
;
Lavé comme une hostie, en
quelconques costumes
Blancs ou deuil, bref calice au vent
qu'un rien parfume.
- " Mais, tout est rire à la
Justice ! Et d'où vient
Mon cœur, ah ! Mon sacré-cœur, s'il
ne rime à rien ? "
- Du calme et des fleurs. Peu
t'importe de connaître
Ce que tu fus, dans l'à jamais,
avant de naître ?
Eh bien, que l'autre éternité qui,
Très-Sans-Toi,
Grouillera, te laisse aussi
pieusement froid.
Quant à ta mort, l'éclair
aveugle en est en route
Qui saura te choser, va, sans que tu
t'en doutes.
- " Il rit d'oiseaux, le pin
dont mon cercueil viendra !
- Mais ton cercueil sera sa
mort ! Etc...
Allons, tu m'as compris. Va, que ta
seule étude
Soit de vivre sans but, fou de
mansuétude.
Maintenant, pourquoi ces complaintes
?
Gerbes d'ailleurs d'un défunt Moi
Où l'ivraie art mange la foi ?
Sot tabernacle où je m'éreinte
À cultiver des roses peintes ?
Pourtant ménage et sainte-table !
Ah ! Ces complaintes incurables,
Pourquoi ? Pourquoi ?
Puis, Gens à qui les fugues vraies
Que crie, au fond, ma riche voix
- N'est-ce pas, qu'on les sent
parfois ? -
Attoucheraient sous leurs ivraies
Les violettes d'une Foi,
Vous passerez, imperméables
À mes complaintes incurables ?
Pourquoi ? Pourquoi ?
Chut ! Tout est bien, rien ne
s'étonne.
Fleuris, ô Terre d'occasion,
Vers les mirages des Sions !
Et nous, sous l'Art qui nous
bâtonne,
Sisyphes par persuasion,
Flûtant des christs les vaines
fables,
Au cabestan de l'incurable
POURQUOI ! - pourquoi ?
La femme,
Mon âme :
Ah ! Quels
Appels !
Pastels
Mortels,
Qu'on blâme
Mes gammes !
Un fou
S'avance,
Et danse.
Silence...
Lui, où ?
Coucou.
Imitation de Notre-Dame la Lune
|
Cliquez ci-dessus pour feuilleter L'Imitation de Notre-Dame la Lune. |
Ah ! Quel juillet nous avons hiverné, Per amica silentia lunæ ! Île de
Mainau Lac de Constance à Gustave Kahn et aussi à la mémoire de la petite Salammbô, prêtresse de Tanit. |
Imitation de Notre-Dame la Lune
Un mot au soleil pour commencer
Litanies des premiers quartiers de la
lune
Au large
Clair de lune
Climat, faune et flore de la lune
Guitare
Pierrots
Locutions des Pierrots
Dialogue avant lever de la lune
Lunes en détresse
Petits mystères
Nuitamment
États
La lune est stérile
Stérilités
Les linges, le cygne
Nobles et touchantes divagations sous la
lune
Jeux
Litanies derniers quartiers de la lune
Avis, je vous prie
Le concile féerique
Un mot au soleil pour commencer
Soleil ! Soudard plaqué d'ordres et de crachats,
Planteur mal élevé, sache que les Vestales
À qui la Lune, en son équivoque œil-de-chat,
Est la rosace de l'Unique Cathédrale,
Sache que les Pierrots, phalènes des dolmens
Et des nymphéas blancs des lacs où dort Gomorrhe,
Et tous les bienheureux qui pâturent l'Éden
Toujours printanier des renoncements, - t'abhorrent.
Et qu'ils gardent pour toi des mépris spéciaux,
Bellâtre, Maquignon, Ruffian, Rastaqouère
À breloques œufs d'or qui le prends de si haut
Avec la terre et son Orpheline lunaire.
Continue à fournir de couchants avinés
Les lendemains vomis des fêtes nationales,
À styler tes saisons, à nous bien déchaîner
Les drames de l'Apothéose Ombilicale !
Va, Phœbus ! Mais, Dèva, dieu des Réveils cabrés,
Regarde un peu parfois ce Port-Royal d'esthètes
Qui, dans leurs décamérons lunaires au frais,
Ne parlent de rien moins que mettre à prix ta tête.
Certes, tu as encor devant toi de beaux jours ;
Mais la tribu s'accroît, de ces vieilles pratiques
De l'À QUOI BON ? Qui vont rêvant l'art et l'amour
Au seuil lointain de l'Agrégat inorganique.
Pour aujourd'hui, vieux beau, nous nous contenterons
De mettre sous le nez de Ta Badauderie
Le mot dont l'Homme t'a déjà marqué au front ;
Tu ne t'en étais jamais douté, je parie ?
- sache qu'on va disant d'une belle phrase, os
Sonore, mais très nul comme suc médullaire,
De tout boniment creux enfin : c'est du pathos,
C'est du PHŒBUS ! - ah ! Pas besoin de commentaires...
Ô vision du temps où l'être trop puni,
D'un : " Eh ! Va donc, Phœbus ! " te rentrera
ton prêche
De vieux Crescite et multiplicamini,
Pour s'inoculer à jamais la Lune fraîche !
Litanies des premiers quartiers de la lune
Lune bénie
Des insomnies,
Blanc médaillon
Des Endymions,
Astre fossile
Que tout exile,
Jaloux tombeau
De Salammbô,
Embarcadère
Des grands Mystères,
Madone et miss
Diane-Artémis,
Sainte Vigie
De nos orgies,
Jettatura
Des baccarats,
Dame très lasse
De nos terrasses,
Philtre attisant
Les vers-luisants,
Rosace et dôme
Des derniers psaumes,
Bel œil-de-chat
De nos rachats,
Sois l'Ambulance
De nos croyances !
Sois l'édredon
Du Grand-Pardon !
Comme la nuit est lointainement pleine
De silencieuse infinité claire !
Pas le moindre écho des gens de la terre,
Sous la Lune méditerranéenne !
Voilà le Néant dans sa pâle gangue,
Voilà notre Hostie et sa Sainte-Table,
Le seul bras d'ami par l'Inconnaissable,
Le seul mot solvable en nos folles langues !
Au delà des cris choisis des époques,
Au delà des sens, des larmes, des vierges,
Voilà quel astre indiscutable émerge,
Voilà l'immortel et seul soliloque !
Et toi, là-bas, pot-au-feu, pauvre Terre !
Avec tes essais de mettre en rubriques
Tes reflets perdus du Grand Dynamique !
Tu fais un métier, ah ! Bien sédentaire !
Penser qu'on vivra jamais dans cet astre,
Parfois me flanque un coup dans l'épigastre.
Ah ! Tout pour toi, Lune, quand tu t'avances
Aux soirs d'août par les féeries du silence !
Et quand tu roules, démâtée, au large
À travers les brisants noirs des nuages !
Oh ! Monter, perdu, m'étancher à même
Ta vasque de béatifiants baptêmes !
Astre atteint de cécité, fatal phare
Des vols migrateurs des plaintifs Icares !
Œil stérile comme le suicide,
Nous sommes le congrès des las, préside ;
Crâne glacé, raille les calvities
De nos incurables bureaucraties ;
Ô pilule des léthargies finales,
Infuse-toi dans nos durs encéphales !
Ô Diane à la chlamyde très dorique,
L'Amour cuve, prend ton carquois et pique
Ah ! D'un trait inoculant l'être aptère,
Les cœurs de bonne volonté sur terre !
Astre lavé par d'inouïs déluges,
Qu'un de tes chastes rayons fébrifuges,
Ce soir, pour inonder mes draps, dévie,
Que je m'y lave les mains de la vie !
Climat, faune et flore de la lune
Des nuits, ô Lune d'Immaculée-Conception,
Moi, vermine des nébuleuses d'occasion,
J'aime, du frais des toits de notre Babylone,
Concevoir ton climat et ta flore et ta faune.
Ne sachant qu'inventer pour t'offrir mes ennuis,
Ô Radeau du Nihil aux quais seuls de nos nuits !
Ton atmosphère est fixe, et tu rêves, figée
En climats de silence, écho de l'hypogée
D'un ciel atone où nul nuage ne s'endort
Par des vents chuchotant tout au plus qu'on est mort ?
Des montagnes de nacre et des golfes d'ivoire
Se renvoient leurs parois de mystiques ciboires,
En anses où, sur maint pilotis, d'un air lent,
Des Sirènes font leurs nattes, lèchent leurs flancs,
Blêmes d'avoir gorgé de lunaires luxures
Là-bas, ces gais dauphins aux geysers de mercure.
Oui, c'est l'automne incantatoire et permanent
Sans thermomètre, embaumant mers et continents,
Étangs aveugles, lacs ophtalmiques, fontaines
De Léthé, cendres d'air, déserts de porcelaine,
Oasis, solfatares, cratères éteints,
Arctiques sierras, cataractes l'air en zinc,
Hauts-plateaux crayeux, carrières abandonnées,
Nécropoles moins vieilles que leurs graminées,
Et des dolmens par caravanes, - et tout très
Ravi d'avoir fait son temps, de rêver au frais.
Salut, lointains crapauds ridés, en sentinelles
Sur les pics, claquant des dents à ces tourterelles
Jeunes qu'intriguent vos airs ! Salut, cétacés
Lumineux ! Et vous, beaux comme des cuirassés,
Cygnes d'antan, nobles témoins des cataclysmes ;
Et vous, paons blancs cabrés en aurores de prismes ;
Et vous, Fœtus voûtés, glabres contemporains
Des Sphinx brouteurs d'ennuis aux moustaches d'airain
Qui, dans le clapotis des grottes basaltiques,
Ruminez l'Enfin ! Comme une immortelle chique !
Oui, rennes aux andouillers de cristal ; ours blancs
Graves comme des Mages, vous déambulant,
Les bras en croix vers les miels du divin silence !
Porcs-épics fourbissant sans but vos blêmes lances ;
Oui, papillons aux reins pavoisés de joyaux
Ouvrant vos ailes à deux battants d'in-folios ;
Oui, gélatines d'hippopotames en pâles
Flottaisons de troupeaux éclaireurs d'encéphales ;
Pythons en intestins de cerveaux morts d'abstrait,
Bancs d'éléphas moisis qu'un souffle effriterait !
Et vous, fleurs fixes ! Mandragores à visages,
Cactus obéliscals aux fruits en sarcophages,
Forêts de cierges massifs, parcs de polypiers,
Palmiers de corail blanc aux résines d'acier !
Lys marmoréens à sourires hystériques,
Qui vous mettez à débiter d'albes musiques
Tous les cent ans, quand vous allez avoir du lait !
Champignons aménagés comme des palais !
Ô Fixe ! On ne sait plus à qui donner la palme
Du lunaire ; et surtout quelle leçon de calme !
Tout a l'air émané d'un même acte de foi
Au Néant Quotidien sans comment ni pourquoi !
Et rien ne fait de l'ombre, et ne se désagrège ;
Ne naît, ni ne mûrit ; tout vit d'un Sortilège
Sans foyer qui n'induit guère à se mettre en frais
Que pour des amours blancs, lunaires et distraits...
Non, l'on finirait par en avoir mal de tête,
Avec le rire idiot des marbres Égynètes
Pour jamais tant tout ça stagne en un miroir mort !
Et l'on oublierait vite comment on en sort.
Et pourtant, ah ! C'est là qu'on en revient encore
Et toujours, quand on a compris le Madrépore.
Astre sans cœur et sans reproche,
Ô Maintenon de vieille roche !
Très-Révérende Supérieure
Du cloître où l'on ne sait plus l'heure,
D'un Port-Royal port de Circée
Où Pascal n'a d'autres Pensées
Que celles du roseau qui jase
Ne sait plus quoi, ivre de vase...
Oh ! Qu'un Philippe De Champaigne,
Mais ne pierrot, vienne et te peigne !
Un rien, une miniature
De la largeur d'une tonsure ;
Ça nous ferait un scapulaire
Dont le contact anti-solaire,
Par exemple aux pieds de la femme,
Ah ! Nous serait tout un programme !
C'est, sur un cou …
Le cœur blanc tatoué …
Comme ils vont molester …
Maquillés d'abandon …
Blancs enfants de chœur …
On a des principes
Il me faut, vos yeux …
C'est, sur un cou qui, raide, émerge
D'une fraise empesée idem,
Une face imberbe au cold-cream,
Un air d'hydrocéphale asperge.
Les yeux sont noyés de l'opium
De l'indulgence universelle,
La bouche clownesque ensorcèle
Comme un singulier géranium.
Bouche qui va du trou sans bonde
Glacialement désopilé,
Au transcendantal en-allé
Du souris vain de la Joconde.
Campant leur cône enfariné
Sur le noir serre-tête en soie,
Ils font rire leur patte d'oie
Et froncent en trèfle leur nez.
Ils ont comme chaton de bague
Le scarabée égyptien,
À leur boutonnière fait bien
Le pissenlit des terrains vagues.
Ils vont, se sustentant d'azur,
Et parfois aussi de légumes,
De riz plus blanc que leur costume,
De mandarines et œufs durs.
Ils sont de la secte du Blême,
Ils n'ont rien à voir avec Dieu,
Et sifflent : " Tout est pour le mieux
" Dans la meilleur'des mi-carême ! "
Le cœur blanc tatoué
De sentences lunaires,
Ils ont : " Faut mourir, frères ! "
Pour mot-d'ordre-Évohé.
Quand trépasse une vierge,
Ils suivent son convoi,
Tenant leur cou tout droit
Comme on porte un beau cierge.
Rôle très fatigant,
D'autant qu'ils n'ont personne
Chez eux, qui les frictionne
D'un conjugal onguent.
Ces dandys de la Lune
S'imposent, en effet,
De chanter " s'il vous plaît ? "
De la blonde à la brune.
Car c'est des gens blasés ;
Et s'ils vous semblent dupes,
Çà et là, de la Jupe,
Lange à cicatriser,
Croyez qu'ils font la bête
Afin d'avoir des seins,
Pis-aller de coussins
À leurs savantes têtes.
Écarquillant le cou
Et feignant de comprendre
De travers, la voix tendre,
Mais les yeux si filous !
- D'ailleurs, de mœurs très fines,
Et toujours fort corrects,
(école des cromlechs
Et des tuyaux d'usines).
Comme ils vont molester, la nuit,
Au profond des parcs, les statues,
Mais n'offrant qu'aux moins dévêtues
Leur bras et tout ce qui s'ensuit,
En tête à tête avec la femme
Ils ont toujours l'air d'être un tiers,
Confondent demain avec hier,
Et demandent Rien avec âme !
Jurent " je t'aime ! " l'air là-bas,
D'une voix sans timbre, en extase,
Et concluent aux plus folles phrases
Par des : " Mon Dieu, n'insistons pas ? "
Jusqu'à ce qu'ivre, elle s'oublie,
Prise d'on ne sait quel besoin
De lune ? Dans leurs bras, fort loin
Des convenances établies.
Maquillés d'abandon, les manches
En saule, ils leur font des serments,
Pour être vrais trop véhéments !
Puis tumultuent en gigues blanches,
Beuglant : Ange ! Tu m'as compris,
À la vie, à la mort ! - et songent :
Ah ! Passer là-dessus l'éponge ! ...
Et c'est pas chez eux parti pris,
Hélas ! Mais l'idée de la femme
Se prenant au sérieux encor
Dans ce siècle, voilà, les tord
D'un rire aux déchirantes gammes !
Ne leur jetez pas la pierre, ô
Vous qu'affecte une jarretière !
Allez, ne jetez pas la pierre
Aux blancs parias, aux purs pierrots !
Blancs enfants de chœur de la Lune,
Et lunologues éminents,
Leur Église ouvre à tout venant,
Claire d'ailleurs comme pas une.
Ils disent, d'un œil faisandé,
Les manches très sacerdotales,
Que ce bas monde de scandale
N'est qu'un des mille coups de dé
Du jeu que l'Idée et l'Amour,
Afin sans doute de connaître
Aussi leur propre raison d'être,
Ont jugé bon de mettre au jour.
Que nul d'ailleurs ne vaut le nôtre,
Qu'il faut pas le traiter d'hôtel
Garni vers un plus immortel,
Car nous sommes faits l'un pour l'autre ;
Qu'enfin, et rien de moins subtil,
Ces gratuites antinomies
Au fond ne nous regardant mie,
L'art de tout est l'Ainsi soit-il ;
Et que, chers frères, le beau rôle
Est de vivre de but en blanc
Et, dût-on se battre les flancs,
De hausser à tout les épaules.
(On a des principes)
Elle disait, de son air vain fondamental :
" Je t'aime pour toi seul ! " - Oh ! Là, là,
grêle histoire ;
Oui, comme l'art ! Du calme, ô salaire illusoire
Du capitaliste Idéal !
Elle faisait : " J'attends, me voici, je sais pas...
"
Le regard pris de ces larges candeurs des lunes ;
- Oh ! Là, là, ce n'est pas peut-être pour des prunes,
Qu'on a fait ses classes ici-bas ?
Mais voici qu'un beau soir, infortunée à point,
Elle meurt ! - Oh ! Là, là ; bon, changement de thème !
On sait que tu dois ressusciter le troisième
Jour, sinon en personne, du moins
Dans l'odeur, les verdures, les eaux des beaux mois !
Et tu iras, levant encore bien plus de dupes
Vers le Zaïmph de la Joconde, vers la Jupe !
Il se pourra même que j'en sois.
(Scène courte, mais typique)
Il me faut, vos yeux ! Dès que je perds leur étoile,
Le mal des calmes plats s'engouffre dans ma voile,
Le frisson du Vae soli ! Gargouille en mes
moelles...
Vous auriez dû me voir après cette querelle !
J'errais dans l'agitation la plus cruelle,
Criant aux murs : Mon Dieu ! Mon Dieu ! Que dira-t-elle ?
Mais aussi, vrai, vous me blessâtes aux antennes
De l'âme, avec les mensonges de votre traîne.
Et votre tas de complications mondaines.
Je voyais que vos yeux me lançaient sur des pistes,
Je songeais : oui, divins, ces yeux ! Mais rien n'existe
Derrière ! Son âme est affaire d'oculiste.
Moi, je suis laminé d'esthétiques loyales !
Je hais les trémolos, les phrases nationales ;
Bref, le violet gros deuil est ma couleur locale.
Je ne suis point " ce gaillard-là ! " ni Le
Superbe !
Mais mon âme, qu'un cri un peu cru exacerbe,
Est au fond distinguée et franche comme une herbe.
J'ai des nerfs encor sensibles au son des cloches,
Et je vais en plein air sans peur et sans reproche,
Sans jamais me sourire en un miroir de poche.
C'est vrai, j'ai bien roulé ! J'ai râlé dans des gîtes
Peu vous ; mais, n'en ai-je pas plus de mérite
À en avoir sauvé la foi en vos yeux ? Dites...
- Allons, faisons la paix, venez, que je vous berce,
Enfant. Eh bien ?
- C'est que, votre pardon me verse
Un mélange (confus) d'impressions... Diverses...
(Exit)
Les mares de vos yeux …
Ah
! Le divin attachement …
Ah
! Sans lune …
Tu dis que mon cœur …
T'occupe pas …
Je te vas dire …
Cœur de profil …
Ah
! Tout le long du cœur …
Ton geste Houri …
Que loin l'âme type …
Et je me console avec …
Encore un livre …
Eh bien, oui …
Les mains dans les poches …
J'entends battre mon sacré-cœur …
Je ne suis qu'un viveur lunaire …
Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
Ô vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme ?
Voilà tantôt une heure qu'en langueur
Mon cœur si simple s'abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d'un terre-neuve.
Ah ! Madame, ce n'est vraiment pas bien,
Quand on n'est pas la Joconde,
D'en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv'monde.
Ah ! Le divin attachement
Que je nourris pour Cydalise,
Maintenant qu'elle échappe aux prises
De mon lunaire entendement !
Vrai, je me ronge en des détresses,
Parmi les fleurs de son terroir
À seule fin de bien savoir
Quelle est sa faculté-maîtresse !
- C'est d'être la mienne, dis-tu ?
Hélas ! Tu sais bien que j'oppose
Un démenti formel aux poses
Qui sentent par trop l'impromptu.
Ah ! Sans lune, quelles nuits blanches,
Quels cauchemars pleins de talent !
Vois-je pas là nos cygnes blancs ?
Vient-on pas de tourner la clanche ?
Et c'est vers toi que j'en suis là.
Que ma conscience voit double,
Et que mon cœur pèche en eau trouble,
Ève, Joconde et Dalida !
Ah ! Par l'infini circonflexe
De l'ogive où j'ahanne en croix,
Vends-moi donc une bonne fois
La raison d'être de Ton Sexe !
Tu dis que mon cœur est à jeun
De quoi jouer tout seul son rôle,
Et que mon regard ne t'enjôle
Qu'avec des infinis d'emprunt !
Et tu rêvais avoir affaire
À quelque pauvre in-octavo...
Hélas ! C'est vrai que mon cerveau
S'est vu, des soirs, trois hémisphères.
Mais va, œillet de tes vingt ans,
Je l'arrose aux plus belles âmes
Qui soient ! - Surtout, je n'en réclame
Pas, sais-tu, de ta part autant !
T'occupe pas, sois Ton Regard,
Et sois l'âme qui s'exécute ;
Tu fournis la matière brute,
Je me charge de l'œuvre d'art.
Chef-d'œuvre d'art sans idée-mère
Par exemple ! Oh ! Dis, n'est-ce pas,
Faut pas nous mettre sur les bras
Un cri des Limbes prolifères ?
Allons, je sais que vous avez
L'égoïsme solide au poste,
Et même prêt aux holocaustes
De l'ordre le plus élevé.
Je te vas dire : moi, quand j'aime,
C'est d'un cœur, au fond sans apprêts,
Mais dignement élaboré
Dans nos plus singuliers problèmes.
Ainsi, pour mes mœurs et mon art,
C'est la période védique
Qui seule a bon droit revendique
Ce que j'en " attelle à ton char " .
Comme c'est notre Bible hindoue
Qui, tiens, m'amène à caresser,
Avec ces yeux de cétacé,
Ainsi, et bien sans but, ta joue.
Cœur de profil, petite âme douillette,
Tu veux te tremper un matin en moi,
Comme on trempe, en levant le petit doigt,
Dans son café au lait une mouillette !
Et mon amour, si blanc, si vert, si grand,
Si tournoyant ! Ainsi ne te suggère
Que pas-de-deux, silhouettes légères
À enlever sur ce solide écran !
Adieu. - qu'est-ce encor ? Allons bon, tu pleures !
Aussi pourquoi ces grands airs de vouloir,
Quand mon Étoile t'ouvre son peignoir,
D'Hélas, chercher midi flambant à d'autres heures !
Ah ! Tout le long du cœur
Un vieil ennui m'effleure...
M'est avis qu'il est l'heure
De renaître moqueur.
Eh bien ? Je t'ai blessée ?
Ai-je eu le sanglot faux,
Que tu prends cet air sot
De La Cruche Cassée ?
Tout divague d'amour ;
Tout, du cèdre à l'hysope,
Sirote sa syncope ;
J'ai fait un joli four.
Ton geste,
Houri,
M'a l'air d'un memento mori
Qui signifie
au fond : va, reste...
Mais, je te dirai ce que c'est,
Et pourquoi je pars, foi d'honnête
Poète
Français.
Ton cœur a la conscience nette,
Le mien n'est qu'un individu
Perdu
De dettes.
Que loin l'âme type
Qui m'a dit adieu
Parce que mes yeux
Manquaient de principes !
Elle, en ce moment,
Elle, si pain tendre,
Oh ! Peut-être engendre
Quelque garnement.
Car on l'a unie,
Avec un monsieur,
Ce qu'il y a de mieux,
Mais pauvre en génie.
Et je me console avec la
Bonne fortune
De l'alme Lune.
Ô lune, Ave Paris Stella !
Tu sais si la femme est cramponne ;
Eh bien, déteins,
Glace sans tain,
Sur mon œil ! Qu'il soit tout atone,
Qu'il déclare : ô folles d'essais,
Je vous invite
À prendre vite,
Car c'est à prendre et à laisser.
Encore un livre ; ô nostalgies
Loin de ces très goujates gens,
Loin des saluts et des argents,
Loin de nos phraséologies !
Encore un de mes pierrots mort ;
Mort d'un chronique orphelinisme ;
C'était un cœur plein de dandysme
Lunaire, en un drôle de corps.
Les dieux s'en vont ; plus que des hures ;
Ah ! Ça devient tous les jours pis ;
J'ai fait mon temps, je déguerpis
Vers l'Inclusive Sinécure !
Eh bien, oui, je l'ai chagrinée,
Tout le long, le long de l'année ;
Mais quoi ! S'en est-elle étonnée ?
Absolus, drapés de layettes,
Aux lunes de miel de l'Hymette,
Nous avions par trop l'air vignette !
Ma vitre pleure, adieu ! L'on bâille
Vers les ciels couleur de limaille
Où la Lune a ses funérailles.
Je ne veux accuser nul être,
Bien qu'au fond tout m'ait pris en traître.
Ah ! Paître, sans but là-bas ! Paître...
Les mains dans les poches,
Le long de la route,
J'écoute
Mille cloches
Chantant : " les temps sont proches,
" Sans que tu t'en doutes ! "
Ah ! Dieu m'est égal !
Et je suis chez moi !
Mon toit
Très-natal
C'est Tout. Je marche droit,
Je fais pas de mal.
Je connais l'Histoire,
Et puis la Nature,
Ces foires
Aux ratures ;
Aussi je vous assure
Que l'on peut me croire !
J'entends battre mon sacré-cœur …
J'entends battre mon Sacré-Cœur
Dans le crépuscule de l'heure,
Comme il est méconnu, sans sœur,
Et sans destin, et sans demeure !
J'entends battre ma jeune chair
Équivoquant par mes artères,
Entre les Édens de mes vers
Et la province de mes pères.
Et j'entends la flûte de Pan
Qui chante : " bats, bats la campagne !
" Meurs, quand tout vit à tes dépens ;
" Mais entre nous, va, qui perd gagne ! "
Je ne suis qu'un viveur lunaire …
Je ne suis qu'un viveur lunaire
Qui fait des ronds dans les bassins,
Et cela, sans autre dessein
Que devenir un légendaire.
Retroussant d'un air de défi
Mes manches de mandarin pâle,
J'arrondis ma bouche et - j'exhale
Des conseils doux de Crucifix.
Ah ! Oui, devenir légendaire,
Au seuil des siècles charlatans !
Mais où sont les Lunes d'antan ?
Et que Dieu n'est-il à refaire ?
Dialogue avant lever de la lune
- Je veux bien vivre ; mais vraiment,
L'Idéal est trop élastique !
- C'est l'Idéal, son nom l'implique,
Hors son non-sens, le verbe ment.
- Mais, tout est conteste ; les livres
S'accouchent, s'entretuent sans lois !
- Certes ! L'Absolu perd ses droits,
Là, où le Vrai consiste à vivre.
- Et, si j'amène pavillon
Et repasse au Néant ma charge ?
- L'infini, qui souffle du large,
Dit : " pas de bêtises, voyons ! "
- Ces chantiers du Possible ululent
À l'Inconcevable, pourtant !
- Un degré, comme il en est tant
Entre l'aube et le crépuscule.
- Être actuel, est-ce, du moins,
Être adéquat à Quelque Chose ?
- Conséquemment, comme la rose
Est Nécessaire à ses besoins.
- Façon de dire peu commune
Que Tout est cercles vicieux ?
- Vicieux, mais Tout !
- J'aime mieux
Donc m'en aller selon la Lune.
Vous voyez, la Lune chevauche
Les nuages noirs à tous crins,
Cependant que le vent embouche
Ses trente-six mille buccins !
Adieu, petits cœurs benjamins
Choyés comme Jésus en crèche,
Qui vous vantiez d'être orphelins
Pour avoir toute la brioche !
Partez dans le vent qui se fâche,
Sous la Lune sans lendemains,
Cherchez la pâtée et la niche
Et les douceurs d'un traversin.
Et vous, nuages à tous crins,
Rentrez ces profils de reproche,
C'est les trente-six mille buccins
Du vent qui m'ont rendu tout lâche.
D'autant que je ne suis pas riche,
Et que Ses yeux dans leurs écrins
Ont déjà fait de fortes brèches
Dans mon patrimoine enfantin.
Partez, partez, jusqu'au matin !
Ou, si ma misère vous touche,
Eh bien, cachez aux traversins
Vos têtes, naïves autruches,
Éternelles, chères embûches
Où la Chimère encor trébuche !
Chut ! Oh ! Ce soir, comme elle est près !
Vrai, je ne sais ce qu'elle pense,
Me ferait-elle des avances ?
Est-ce là le rayon qui fiance
Nos cœurs humains à son cœur frais ?
Par quels ennuis kilométriques
Mener ma silhouette encor,
Avant de prendre mon essor
Pour arrimer, veuf de tout corps,
À ses dortoirs madréporiques.
Mets de la Lune dans ton vin,
M'a dit sa moue cadenassée ;
Je ne bois que de l'eau glacée,
Et de sa seule panacée
Mes tissus qui stagnent ont faim.
Lune, consomme mon baptême,
Lave mes yeux de ton linceul ;
Qu'aux hommes, je sois ton filleul ;
Et pour nos compagnes, le seul
Qui les délivre d'elles-mêmes.
Lune, mise au ban du Progrès
Des populaces des Étoiles.
Volatilise-moi les moelles,
Que je t'arrive à pleines voiles,
Dolmen, Cyprès, Amen, au frais !
Ô Lune, coule dans mes veines
Et que je me soutienne à peine,
Et croie t'aplatir sur mon cœur !
Mais, elle est pâle à faire peur !
Et montre par son teint, sa mise,
Combien elle en a vu de grises !
Et ramène, se sentant mal,
Son cachemire sidéral,
Errante Delos, nécropole,
Je veux que tu fasses école ;
Je te promets en ex-voto
Les Putiphars de mes manteaux !
Et tiens, adieu ; je rentre en ville
Mettre en train deux ou trois idylles,
En m'annonçant par un Péan
D'épithalame à ton Néant.
Ah ! Ce soir, j'ai le cœur mal, le cœur à la Lune.
Ô Nappes du silence, étalez vos lagunes ;
Ô toits, terrasses, bassins, colliers dénoués
De perles, tombes, lys, chats en peine, louez
La Lune, notre Maîtresse à tous, dans sa gloire :
Elle est l'Hostie ! Et le silence est son ciboire !
Ah ! Qu'il fait bon, oh ! Bel et bon, dans le halo
De deuil de ce diamant de la plus belle eau !
Ô Lune, vous allez me trouver romanesque,
Mais voyons, oh ! Seulement de temps en temps est-c'que
Ce serait fol à moi de me dire, entre nous,
Ton Christophe Colomb, ô Colombe, à genoux ?
Allons, n'en parlons plus ; et déroulons l'office
Des minuits, confits dans l'alcool de tes délices.
Ralentendo vers nous, ô dolente Cité,
Cellule en fibroïne aux organes ratés !
Rappelle-toi les centaures, les villes mortes,
Palmyre, et les sphinx camards des Thèbe aux cent portes
;
Et quelle Gomorrhe a sous ton lac de Léthé
Ses catacombes vers la stérile Astarté !
Et combien l'homme, avec ses relatifs " Je t'aime
" ,
Est trop anthropomorphe au delà de lui-même,
Et ne sait que vivoter comm'ça des bonjours
Aux bonsoirs tout en s'arrangeant avec l'Amour.
- Ah ! Je vous disais donc, et cent fois plutôt qu'une
Que j'avais le cœur mal, le cœur bien à la Lune.
Lune, Pape abortif à l'amiable, Pape
Des Mormons pour l'art, dans la jalouse Paphos
Où l'État tient gratis les fils de la soupape
D'échappement des apoplectiques Cosmos !
C'est toi, léger manuel d'instincts, toi qui circules,
Glaçant, après les grandes averses, les œufs
Obtus de ces myriades d'animalcules
Dont les simouns mettraient nos muqueuses en feu !
Tu ne sais que la fleur des sanglantes chimies ;
Et perces nos rideaux, nous offrant le lotus
Qui constipe les plus larges polygamies,
Tout net, de l'excrément logique des fœtus.
Carguez-lui vos rideaux, citoyens de mœurs lâches ;
C'est l'Extase qui paie comptant, donne son Ut
Des deux sexes et veut pas même que l'on sache
S'il se peut qu'elle ait, hors de l'art pour l'art, un
but.
On allèche de vie humaine, à pleines voiles,
Les Tantales virtuels, peu intéressants
D'ailleurs, sauf leurs cordiaux, qui rêvent dans nos
moelles.
Et c'est un produit net qu'encaissent nos bons sens.
Et puis, l'atteindrons-nous, l'Oasis aux citernes,
Où nos cœurs toucheraient les payes qu'On leur doit ?
Non, c'est la rosse aveugle aux cercles sempiternes
Qui tourne pour autrui les bons chevaux de bois.
Ne vous distrayez pas, avec vos grosses douanes ;
Clefs de fa, clefs de sol, huit stades de claviers,
Laissez faire, laissez passer la caravane
Qui porte à l'Idéal ses plus riches dossiers !
L'Art est tout, du droit divin de l'Inconscience ;
Après lui, le déluge ! Et son moindre regard
Est le cercle infini dont la circonférence
Est partout, et le centre immoral nulle part.
Pour moi, déboulonné du pôle de stylite
Qui me sied, dès qu'un corps a trop de son secret,
J'affiche : celles qui voient tout, je les invite
À venir, à mon bras, des soirs, prendre le frais.
Or voici : nos deux Cris, abaissant leurs visières,
Passent mutuellement, après quiproquos,
Aux chers peignes du cru leurs moelles épinières
D'où lèvent débusqués tous les archets locaux.
Et les ciels familiers liserés de folie
Neigeant en charpie éblouissante, faut voir
Comme le moindre appel : c'est pour nous seuls ! Rallie
Les louables efforts menés à l'abattoir !
Et la santé en deuil ronronne ses vertiges,
Et chante, pour la forme : " Hélas ! Ce n'est pas
bien,
" Par ces pays, pays si tournoyants, vous dis-je,
" Où la faim d'Infini justifie les moyens. "
Lors, qu'ils sont beaux les flancs tirant leurs
révérences
Au sanglant capitaliste berné des nuits,
En s'affalant cuver ces jeux sans conséquence !
Oh ! N'avoir à songer qu'à ses propres ennuis !
- Bons aïeux qui geigniez semaine sur semaine,
Vers mon Cœur, baobab des védiques terroirs,
Je m'agite aussi ! Mais l'Inconscient me mène ;
Or, il sait ce qu'il fait, je n'ai rien à y voir.
Cautérise et coagule
En virgules
Ses lagunes des cerises
Des félines Ophélies
Orphelines en folie.
Tarentule de feintises
La remise
Sans rancune des ovules
Aux félines Ophélies
Orphelines en folie.
Sourd aux brises des scrupules,
Vers la bulle
De la lune, adieu, nolise
Ces félines Ophélies
Orphelines en folie !
Ce sont les linges, les linges,
Hôpitaux consacrés aux cruors et aux fanges ;
Ce sont les langes, les langes,
Où l'on voudrait, ah ! Redorloter ses méninges !
Vos linges pollués, Noëls de Bethléem !
De la lessive des linceuls des requiems
De nos touchantes personnalités, aux langes
Des berceaux, vite à bas, sans doubles de rechange,
Qui nous suivent, transfigurés (fatals vauriens
Que nous sommes) ainsi que des Langes gardiens.
C'est la guimpe qui dit, même aux trois quarts meurtrie :
" Ah ! Pas de ces familiarités, je vous prie...
"
C'est la peine avalée aux édredons d'eider ;
C'est le mouchoir laissé, parlant d'âme et de chair
Et de scènes ! (Je vous pris la main sous la table,
J'eus même des accents vraiment inimitables),
Mais ces malentendus ! L'adieu noir ! - Je m'en vais !
- Il fait nuit ! - Que m'importe ! À moi, chemins mauvais
!
Puis, comme Phèdre en ses illicites malaises :
" Ah ! Que ces draps d'un lit d'occasion me pèsent !
"
Linges adolescents, nuptiaux, maternels ;
Nappe qui drape la Sainte-Table ou l'autel,
Purificatoire au calice, manuterges,
Refuges des baisers convolant vers les cierges.
Ô langes invalides, linges aveuglants !
Oreillers du bon cœur toujours convalescent
Qui dit, même à la sœur, dont le toucher l'écœure :
" Rien qu'une cuillerée, ah ! Toutes les deux
heures... "
Voie Lactée à charpie en surplis : lourds jupons
À plis d'ordre dorique à lesquels nous rampons
Rien que pour y râler, doux comme la tortue
Qui grignote au soleil une vieille laitue.
Linges des grandes maladies ; champs-clos des draps
Fleurant : soulagez-vous, va, tant que ça ira !
Et les cols rabattus des jeunes filles fières,
Les bas blancs bien tirés, les chants des lavandières,
Le peignoir sur la chair de poule après le bain,
Les cornettes des sœurs, les voiles, les béguins,
La province et ses armoires, les lingeries
Du lycée et du cloître ; et les bonnes prairies
Blanches des traversins rafraîchissant leurs creux
De parfums de famille aux tempes sans aveux,
Et la Mort ! Pavoisez les balcons de draps pâles,
Les cloches ! Car voici que des rideaux s'exhale
La procession du beau Cygne ambassadeur
Qui mène Lohengrin au pays des candeurs !
Ce sont les linges, les linges,
Hôpitaux consacrés aux cruors et aux fanges !
Ce sont les langes, les langes,
Où l'on voudrait, ah ! Redorloter ses méninges.
Nobles et touchantes divagations sous la
lune
Un chien perdu grelotte en abois à la Lune...
Oh ! Pourquoi ce sanglot quand nul ne l'a battu ?
Et, nuits ! Que partout la même Âme ! En est-il une
Qui n'aboie à l'Exil ainsi qu'un chien perdu ?
Non, non ; pas un caillou qui ne rêve un ménage,
Pas un soir qui ne pleure : encore un aujourd'hui !
Pas un Moi qui n'écume aux barreaux de sa cage
Et n'épluche ses jours en filaments d'ennui.
Et les bons végétaux ! Des fossiles qui gisent
En pliocènes tufs de squelettes parias,
Aux printemps aspergés par les steppes kirghyses,
Aux roses des contreforts de l'Himalaya !
Et le vent qui beugle, apocalyptique Bête
S'abattant sur des toits aux habitants pourris,
Qui secoue en vain leur huis-clos, et puis s'arrête,
Pleurant sur son cœur à Sept-Glaives d'incompris.
Tout vient d'un seul impératif catégorique,
Mais qu'il a le bras long, et la matrice loin !
L'Amour, l'amour qui rêve, ascétise et fornique ;
Que n'aimons-nous pour nous dans notre petit coin ?
Infini, d'où sors-tu ? Pourquoi nos sens superbes
Sont-ils fous d'au delà les claviers octroyés,
Croient-ils à des miroirs plus heureux que le Verbe,
Et se tuent ? Infini, montre un peu tes papiers !
Motifs décoratifs, et non but de l'Histoire,
Non le bonheur pour tous, mais de coquets moyens
S'objectivant en nous, substratums sans pourboires,
Trinité de Molochs, le Vrai, le Beau, le Bien.
Nuages à profils de kaïns ? Vents d'automne
Qui, dans l'antiquité des Pans soi-disant gais,
Vous lamentiez aux toits des temples heptagones,
Voyez, nous rebrodons les mêmes Anankès.
Jadis les gants violets des Révérendissimes
De la Théologie en conciles cités,
Et l'évêque d'Hippone attelant ses victimes
Au char du Jaggernaut Œcuménicité ;
Aujourd'hui, microscope de télescope ! Encore,
Nous voilà relançant l'Ogive au toujours Lui,
Qu'il y tourne casaque, à neuf qu'il s'y redore
Pour venir nous bercer un printemps notre ennui.
Une place plus fraîche à l'oreiller des fièvres,
Un mirage inédit au détour du chemin,
Des rampements plus fous vers le bonheur des lèvres,
Et des opiums plus longs à rêver. Mais demain ?
Recommencer encore ? Ah ! Lâchons les écluses,
À la fin ! Oublions tout ! Nous faut convoyer
Vers ces ciels où, s'aimer et paître étant les Muses,
Cuver sera le dieu pénate des foyers !
Oh ! L'Éden immédiat des braves empirismes !
Peigner ses fiers cheveux avec l'arête des
Poissons qu'on lui offrit crus dans un paroxysme
De dévouement ! S'aimer sans serments, ni rabais.
Oui, vivre pur d'habitudes et de programmes,
Pacageant mes milieux, à travers et à tort,
Choyant comme un beau chat ma chère petite âme,
N'arriver qu'ivre-mort de Moi-même à la mort !
Oui, par delà nos arts, par delà nos époques
Et nos hérédités, tes îles de candeur,
Inconscience ! Et elle, au seuil, là, qui se moque
De mes regards en arrière, et fait : n'aie pas peur.
Que non, je n'ai plus peur ; je rechois en enfance ;
Mon bateau de fleurs est prêt, j'y veux rêver à
L'ombre de tes maternelles protubérances,
En t'offrant le miroir de mes et caetera...
Ah ! La Lune, la Lune m'obsède...
Croyez-vous qu'il y ait un remède ?
Morte ? Se peut-il pas qu'elle dorme
Grise de cosmiques chloroformes ?
Rosace en tombale efflorescence
De la Basilique du Silence.
Tu persistes dans ton attitude,
Quand je suffoque de solitude !
Oui, oui, tu as la gorge bien faite ;
Mais, si jamais je m'y allaite ? ...
Encore un soir, et mes berquinades
S'en iront rire à la débandade,
Traitant mon platonisme si digne
D'extase de pêcheur à la ligne !
Salve, Regina des Lys ! Reine,
Je te veux percer de mes phalènes !
Je veux baiser ta patène triste,
Plat veuf du chef de Saint Jean-Baptiste !
Je veux trouver un lied ! Qui te touche
À te faire émigrer vers ma bouche !
- Mais, même plus de rimes à Lune...
Ah ! Quelle regrettable lacune !
Litanies derniers quartiers de la lune
Eucharistie
De l'Arcadie,
Qui fais de œil
Aux cœurs en deuil,
Ciel des idylles
Qu'on veut stériles,
Fonts baptismaux
Des blancs pierrots.
Dernier ciboire
De notre histoire,
Vortex-nombril
Du Tout-Nihil,
Miroir et Bible
Des Impassibles,
Hôtel garni
De l'infini,
Sphinx et Joconde
Des défunts mondes,
Ô Chanaan
Du bon Néant,
Néant, la Mecque
Des bibliothèques,
Léthé, Lotos,
Exaudi nos !
Hélas ! Des Lunes, des Lunes,
Sur un petit air en bonne fortune...
Hélas ! De choses en choses
Sur la criarde corde des virtuoses ! ...
Hélas ! Agacer d'un lys
La violette d'Isis ! ...
Hélas ! M'esquinter, sans trêve, encore,
Mon encéphale anomaliflore
En floraison de chair par guirlandes d'ennuis !
Ô Mort, et puis ?
Mais ! J'ai peur de la vie
Comme d'un mariage !
Oh ! Vrai, je n'ai pas l'âge
Pour ce beau mariage ! ...
Oh ! J'ai été frappé de CETTE VIE À MOI,
L'autre dimanche, m'en allant par une plaine !
Oh ! Laissez-moi seulement reprendre haleine,
Et vous aurez un livre enfin de bonne foi.
En attendant, ayez pitié de ma misère !
Que je vous sois à tous un être bienvenu !
Et que je sois absous pour mon âme sincère,
Comme le fut Phryné pour son sincère nu.
Dramatis
personnæ
Le
Monsieur
Le chœur
La Dame
Un écho
(Nuit d'étoiles.)
La dame
Oh ! quelle nuit d'étoiles ! quelles
saturnales !
Oh ! mais des galas inconnus
Dans les annales
Sidérales !
Le chœur
Bref, un ciel absolument nu.
Le monsieur
Ô Loi du rythme sans appel,
Le moindre astre te certifie,
Par son humble chorégraphie !
Mais, nul Spectateur éternel.....
Ah ! la terre humanitaire
N'en est pas moins terre-à-terre !
Au contraire.
Le chœur
La terre, elle est ronde
Comme un pot-au-feu ;
C'est un bien pauv'monde
Dans l'infini bleu.
Le monsieur
Cinq sens seulement, cinq ressorts
pour nos essors
Ah ! ce n'est pas un sort !
Quand donc nos cœurs s'en iront-ils
en huit ressorts ?
Oh, le jour ! quelle turne...
J'en suis tout taciturne.
La dame
Oh, ces nuits sur les toits !
Je finirai bien par y prendre
froid....
Le monsieur
Tiens la Terre,
Va te faire
Très lan laire.
Le chœur
Hé ! pas choisi
D'y naître, et hommes ;
Mais nous y sommes,
Tenons-nous y !
Écoutez mes enfants ! - " Ah !
mourir ! mais me tordre,
Dans l'orbe d'un exécutant de
premier ordre ! "
Rêve la Terre, sous la vessie de
saindoux
De la lune laissant fuir un air par
trop doux
Vers les zéniths de brasiers de la
voie lactée
(Autrement beaux, ce soir, que des
lois constatées !)
Juillet a dégainé ! Touristes des
beaux yeux,
Quels jubés de bonheur échafaudent
ces cieux,
Semis de pollens d'étoiles, manne
divine,
Qu'éparpille le Bon Pasteur à ses
gallines...
Le monsieur
Et puis le vent s'est tant surmené
l'autre nuit...
La dame
Et demain est si loin.....
Le monsieur
Et ça souffre aujourd'hui.
Ah ! pourrir !
Le chœur
Et la lune même (cette amie)
Salive et larmoie en purulente
ophtalmie.
Et voici que des bleus sous-bois ont
miaulé
Les mille nymphes ; et (qu'est-ce
que vous voulez)
Aussitôt mille touristes des yeux
las rôdent,
Tremblants mais le cœur harnaché
d'âpres méthodes !
Et l'on va. Et les uns connaissent
des sentiers,
Qu'embaument de trois mois des
fleurs d'abricotiers
Et les autres, des parcs où la
petite flûte
De l'oiseau bleu promet de si frêles
rechutes ;
L'écho
Oh ! ces lunaires oiseaux bleus dont
la chanson
Lunaire saura bien vous donner le
frisson....
Le chœur
Et d'autres, les terrasses pâles où
le triste
Cor des paons réveillés fait que
plus rien n'existe !
Et d'autres, les joncs des mares où
le sanglot
Des rainettes vous tire maint sens
mal éclos ;
Et d'autres, les prés brûlés où l'on
rampe ; et d'autres
La Boue ! où, semble-t-il, tout,
avec nous se vautre !
Les capitales échauffantes, même au
frais
Des grands hôtels tendus de pâles
cuirs gaufrés,
Faussent ; ah ! mais ailleurs, aux
grandes routes,
Au coin d'un bois mal famé,
L'écho
Rien n'est aux écoutes...
Le chœur
Et celles dont le cœur gante six et
demi,
L'écho
Et celles dort l'âme est gris perle,
Le chœur
En bons amis,
Et d'un port panaché d'édénique
opulence,
Vous brûlent leurs vaisseaux
mondains vers des Enfances !...
Le monsieur
Oh ! t'enchanter un peu la muqueuse
du cœur !
La dame
Ah ! vas-y ; je n'ai plus rien à
perdre à cet'heur' ;
La Terre est en plein air, et ma vie
est gâchée ;
Ne songe qu'à la Nuit, je ne suis
point fâchée.
L'écho
Et la Vie et la Nuit font patte de
velours.
Le chœur
Se dépècent d'abord de grands
quartiers d'amour
Et lors, les chars de foin plein de
bluets dévalent
Par les vallons des moissons
équinoxiales...
Ô lointains balafrés de bleuâtres
éclairs
De chaleur ! puis ils regrimperont,
tous leurs nerfs
Tressés, vers l'hostie de la lune
syrupeuse...
L'écho
Hélas ! tout ça, c'est des histoires
de muqueuses.
Le chœur
Détraqué dites-vous ? Ah ! par
rapport à quoi ?
L'écho
D'accord ; mais le spleen vient, qui
dit que l'on déchoit
Hors des fidélités noblement
circonscrites.
Le chœur
Mais le divin, chez nous, confond si
bien les rites !
L'écho
Soit, mais mon spleen dit vrai. Ô
langes des pudeurs
C'est bien dans vos blancs plis tels
quels qu'est le bonheur !
Le chœur
Mais, au nom de Tout ! on ne peut
pas ! la Nature
Nous rue à dénouer, dès janvier,
leurs ceintures
L'écho
Bon ; si le spleen t'en dit, saccage
universel !
Le chœur
Vos êtres ont un sexe, et sont trop
usuels,
Saccagez !
L'écho
Ah ! saignons, tandis qu'elles
déballent
Leurs serres de beauté, pétale par
pétale !..
Le chœur
Les vignes de vos nerfs bourdonnent
d'alcools noirs
Enfants ! ensanglantez la terre, ce
pressoir
Sans planteur de justice !
Le monsieur et la dame
Ah ! tu m'aimes, je t'aime !
Que la mort ne nous ait
qu'ivres-morts de nous-mêmes !
Silence, nuit d'étoiles. -
L'aube.
Le monsieur, déclamant.
La femme, mûre ou jeune fille,
J'en ai frôlé toutes les sortes,
Des faciles, des difficiles,
C'est leur mot d'ordre que j'apporte
!
Des fleurs de chair, bien ou mal
mises,
Des airs fiers ou seuls, selon
l'heure ;
Nul cri sur elle n'a de prise ;
Nous les aimons, elle demeure.
Rien ne les tient, rien ne les fâche
Elles veulent qu'on les trouve
belles.
Qu'on le leur râle et leur rabâche
Et qu'on les use comme telles.
Sans souci de serments, de bagues,
Suçons le peu qu'elles nous donnent
;
Notre respect peut être vague :
Leurs yeux sont haut et monotones.
Cueillons sans espoir et sans drames
:
La chair vieillit après les roses ;
Ah ! parcourons le plus de gammes !
Vrai, il n'y a pas autre chose.
La dame, déclamant à son tour.
Si mon air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner ;
Je ne la fais pas à la pose,
Je suis la Femme, on me connaît.
Bandeaux plats ou crinière folle ?
Dites ? quel front vous rendrait
fous ?
J'ai l'art de toutes les écoles
J'ai des âmes pour tous les goûts.
Cueillez a fleur de mes visages,
Sucez ma bouche et non ma voix,
Et n'en cherchez pas davantage,
Nul n'y vit clair. pas même moi.
Nos armes ne sont pas égales,
Pour que je vous tende la main :
Vous n'êtes que de braves mâles,
Je suis l'Éternel Féminin !...
Mon but se perd dans les étoiles
!....
C'est moi qui suis la grande Isis
!....
Nul ne m'a retroussé mon voile !....
Ne songez qu'à mes oasis.
Si mon air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner ;
Je ne la fais pas à la pose
Je suis la Femme ! on me connaît.
Le chœur
Touchant accord !
Joli motif
Décoratif,
Avant la mort !
Lui, nerveux,
Qui se penche
Vers sa compagne aux larges hanches,
Aux longs caressables cheveux.
Car, l'on a beau baver les plus
fières salives,
Leurs yeux sont tout ! Ils rêvent
d'aumônes furtives !
Ô chairs d'humains, ciboire de
bonheur ! on peut
Blaguer, la paire est là, comme un
et un font deux.
- Mais, ces yeux, plus on va, se
fardent de mystère !
- Eh bien, travaillez à les ramener
sur terre !
- Ah ! la chasteté n'est en fleur
qu'en souvenir !
- Mais ceux qui l'on cueillie en
renaissent martyrs !
Martyres mutuels ! de frère à sœur
sans père !
Comment ne voit-on pas que c'est là
notre Terre ?
Et qu'il n'y a que çà ! que le reste
est impôts
Dont vous n'avez pas même à chercher
l'à-propos !
Il faut répéter ces choses ! Il faut
qu'on tette
Ces choses ! Jusqu'à ce que la Terre
se mette,
Voyant enfin que tout vivote sans
témoin,
À vivre aussi pour elle, et dans son
petit coin !
La dame
La pauvre Terre elle est si bonne
!...
Le monsieur
Oh ! désormais, je m'y cramponne.
La dame
De tous nos bonheurs d'autochtonés !
Le monsieur
Tu te pâmes, moi je m'y vautre !
Le chœur
Consolez-vous les uns les autres.