Jules Laforgue
Les
Complaintes
Imitation de
Notre Dame la Lune
Préludes autobiographiques
Complainte propitiatoire de
l'Inconscient
Complainte-placet de Faust fils
Complainte à Notre-Dame des Soirs
Complainte des voix sous le figuier
bouddhique
Complainte de cette bonne lune
Complainte des pianos qu'on entend dans
les quartiers aisés
Complainte de la bonne défunte
Complainte de l'orgue de barbarie
Complainte d'un certain dimanche
Complainte d'un autre dimanche
Complainte du fœtus de poète
Complainte des pubertés difficiles
Complainte de la fin des journées
Complainte de la vigie aux minuits
polaires
Complainte de la lune en province
Complainte des printemps
Complainte de l'automne monotone
Complainte de l'ange incurable
Complainte de nostalgies préhistoriques
Autre complainte de l'orgue de barbarie
Complainte du pauvre Chevalier-Errant
Complainte des formalités nuptiales
Complainte des blackboulés
Complainte des consolations
Complainte des bons ménages
Complainte de Lord Pierrot
Autre complainte de Lord Pierrot
Complainte sur certains ennuis
Complainte des noces de Pierrot
Complainte du vent qui s'ennuie la nuit
Complainte du pauvre corps humain
Complainte du roi de Thulé
Complainte du soir des comices agricoles
Complainte des cloches
Complainte des grands pins
Complainte sur certains temps déplacés
Complainte des condoléances au soleil
Complainte de l'oubli des morts
Complainte du pauvre jeune homme
Complainte de l'époux outragé
Complainte variations sur le mot "
falot, falotte "
Complainte du temps et de sa commère
l'espace
Grande complainte de Paris
Complainte des Mounis du Mont-Martre
Complainte-litanies de mon Sacré-Cœur
Complainte des débats mélancoliques et
littéraires
Complainte d'une convalescence en mai
Complainte du sage de Paris
Complainte des complaintes
Complainte-Épitaphe
|
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Complaintes. |
Au
petit bonheur de la fatalité Much ado about Nothing Shakespeare. à Paul Bourget En deuil d'un Moi-le-Magnifique Lançant de front les
cent pur-sang De ses vingt ans tout
hennissants, Je vague, à jamais
Innocent, Par les blancs parcs
ésotériques De l'Armide
Métaphysique. Un brave bouddhiste
en sa châsse, Albe, oxydé, sans
but, pervers, Qui, du chalumeau de
ses nerfs, Se souffle gravement
des vers, En astres riches,
dont la trace Ne trouble le Temps
ni l'Espace. C'est tout. À mon
temple d'ascète Votre Nom de Lac est
piqué : Puissent mes
feuilleteurs du quai, En rentrant, se
r'intoxiquer De vos AVEUX, ô pur poète ! C'est la grâce que
j'me souhaite. |
Préludes autobiographiques
Soif d'infini martyre ? Extase en
théorèmes ?
Que la création est
belle, tout de même !
En voulant mettre un peu d'ordre
dans ce tiroir,
Je me suis perdu par mes grands
vingt ans, ce soir
De Noël gras.
Ah ! Dérisoire créature !
Fleuve à reflets, où les deuils
d'Unique ne durent
Pas plus que d'autres ! L'ai-je
rêvé, ce Noël
Où je brûlais de pleurs noirs un
mouchoir réel,
Parce que, débordant des chagrins de
la Terre
Et des frères Soleils, et ne pouvant
me faire
Aux monstruosités sans but et sans
témoin
Du cher Tout, et bien las de me
meurtrir les poings
Aux steppes du cobalt sourd,
ivre-mort de doute,
Je vivotais, altéré de Nihil
de toutes
Les citernes de mon Amour ?
Seul, pur, songeur,
Me croyant hypertrophique ! Comme un
plongeur
Aux mouvants bosquets des savanes
sous-marines,
J'avais roulé par les livres, bon
misogyne.
Cathédrale anonyme ! En ce Paris,
jardin
Obtus et chic, avec son bourgeois de
Jourdain
À rêveurs, ses vitraux fardés, ses
vieux dimanches
Dans les quartiers tannés où
regardent des branches
Par-dessus les murs des pensionnats,
et ses
Ciels trop poignants à qui l'Angélus
fait : assez !
Paris qui, du plus bon bébé de la
Nature,
Instaure un lexicon mal cousu de
ratures.
Bon Breton né sous les tropiques,
chaque soir
J'allais le long d'un quai bien
nommé mon rêvoir,
Et buvant les étoiles à même :
" ô Mystère !
Quel calme chez les astres ! Ce
train-train sur terre !
Est-il Quelqu'un, vers quand, à
travers l'infini,
Clamer l'universel lamasabaktani
?
Voyons ; les cercles du Cercle, en
effets et causes,
Dans leurs incessants vortex de
métamorphoses,
Sentent pourtant, abstrait, ou, ma
foi, quelque part,
Battre un cœur ! Un cœur simple, ou
veiller un Regard !
Oh ! Qu'il n'y ait personne et que
Tout continue !
Alors géhenne à fous, sans raison,
sans issue !
Et depuis les Toujours, et vers
l'Éternité !
Comment donc quelque chose a-t-il
jamais été ?
Que Tout se sache seul au moins,
pour qu'il se tue !
Draguant les chantiers d'étoiles,
qu'un Cri se rue,
Mort ! Emballant en ses linceuls aux
clapotis
Irrévocables ces sols d'impôts
abrutis !
Que l'Espace ait un bon haut-le-cœur
et vomisse
Le Temps nul, et ce Vin aux geysers
de justice !
Lyres des nerfs, filles des Harpes
d'Idéal
Qui vibriez, aux soirs d'exil, sans
songer à mal,
Redevenez plasma ! Ni Témoin, ni
spectacle !
Chut, ultime vibration de la
Débâcle,
Et que Jamais soit Tout, bien
intrinsèquement,
Très hermétiquement, primordialement
! "
Ah ! - le long des calvaires de la
Conscience,
La Passion des mondes studieux
t'encense,
Aux Orgues des Résignations, Idéal,
Ô Galathée aux pommiers de
l'Éden-Natal !
Martyres, croix de l'Art, formules,
fugues douces,
Babels d'or où le vent soigne de
bonnes mousses ;
Mondes vivotant, vaguement étiquetés
De livres, sous la céleste
Éternullité :
Vanité, vanité, vous dis-je ! - oh !
Moi, j'existe,
Mais où sont, maintenant, les nerfs
de ce Psalmiste ?
Minuit un quart ; quels bords te
voient passer, aux nuits
Anonymes, ô Nébuleuse-Mère ? Et
puis,
Qu'il doit agoniser d'étoiles
éprouvées,
À cette heure où Christ naît, sans
feu pour leurs couvées,
Mais clamant : ô mon Dieu ! Tant
que, vers leur ciel mort,
Une flèche de cathédrale pointe
encor
Des polaires surplis ! - ces Terres
se sont tues,
Et la création fonctionne têtue !
Sans issue, elle est Tout ; et nulle
autre, elle est Tout.
X en soi ? Soif à trucs ! Songe
d'une nuit d'août ?
Sans le mot, nous serons revannés, ô
ma Terre !
Puis tes sœurs. Et nunc et
semper, amen. Se taire.
Je veux parler au Temps ! Criais-je.
Oh ! Quelque engrais
Anonyme ! Moi ! Mon Sacré-Cœur ! -
j'espérais
Qu'à ma mort, tout frémirait, du
cèdre à l'hysope ;
Que ce Temps, déraillant, tomberait
en syncope,
Que, pour venir jeter sur mes lèvres
des fleurs,
Les Soleils très navrés
détraqueraient leurs chœurs ;
Qu'un soir, du moins, mon Cri me
jaillissant des moelles,
On verrait, mon Dieu, des signaux
dans les étoiles ?
Puis, fou devant ce ciel qui
toujours nous bouda,
Je rêvais de prêcher la fin, nom
d'un Bouddha !
Oh ! Pâle mutilé, d'un : qui m'aime
me suive !
Faisant de leurs cités une unique
Ninive,
Mener ces chers bourgeois, fouettés
d'alléluias,
Au Saint-Sépulcre maternel du
Nirvâna !
Maintenant, je m'en lave les mains
(concurrence
Vitale, l'argent, l'art, puis les
lois de la France...)
Vermis sum, pulvis es ! Où
sont mes nerfs d'hier ?
Mes muscles de demain ? Et le
terreau si fier
De Mon âme, où donc était-il, il y a
mille
Siècles ! Et comme, incessamment, il
file, file ! ...
Anonyme ! Et pour Quoi ? - Pardon,
Quelconque Loi !
L'être est forme, Brahma seul est
Tout-Un en soi.
Ô Robe aux cannelures à jamais
doriques
Où grimpent les Passions des grappes
cosmiques ;
Ô robe de Maïa, ô Jupe de Maman,
Je baise vos ourlets tombals
éperdument !
Je sais ! La vie outrecuidante est
une trêve
D'un jour au Bon Repos qui pas plus
ne s'achève
Qu'il n'a commencé. Moi, ma trêve,
confiant,
Je la veux cuver au sein de
l'Inconscient.
Dernière crise. Deux semaines
errabundes,
En tout, sans que mon Ange Gardien
me réponde.
Dilemme à deux sentiers vers l'Éden
des Élus :
Me laisser éponger mon Moi par
l'Absolu ?
Ou bien, élixirer l'Absolu en
moi-même ?
C'est passé. J'aime tout, aimant mieux
que Tout m'aime.
Donc Je m'en vais flottant aux
orgues sous-marins,
Par les coraux, les œufs, les bras
verts, les écrins,
Dans la tourbillonnante éternelle
agonie
D'un Nirvâna des Danaïdes du génie !
Lacs de syncopes esthétiques !
Tunnels d'or !
Pastel défunt ! Fondant sur une
langue ! Mort
Mourante ivre-morte ! Et la
conscience unique
Que c'est dans la Sainte Piscine
ésotérique
D'un lucus à huis-clos, sans
pape et sans laquais,
Que j'ouvre ainsi mes riches veines
à Jamais.
En attendant la mort mortelle, sans
mystère,
Lors quoi l'usage veut qu'on nous
cache sous terre.
Maintenant, tu n'as pas cru devoir
rester coi ;
Eh bien, un cri humain ! S'il en
reste un pour toi.
Complainte propitiatoire de l'Inconscient
Ô Loi, qui êtes parce que Vous Êtes,
Que Votre nom soit la Retraite !
- elles ! Ramper vers elles d'adoration ?
Ou que sur leur misère humaine je me
vautre ?
Elle m'aime, infiniment Non,
d'occasion !
Si non moi, ce serait infiniment
un autre !
Que votre inconsciente Volonté
Soit faite dans l'Éternité !
- dans l'orgue qui par déchirements se châtie.
Croupir, des étés, sous les vitraux,
en langueur ;
Mourir d'un attouchement de
l'Eucharistie,
S'entrer un crucifix maigre et nu
dans le cœur ?
Que de votre communion nous vienne
Notre sagesse quotidienne !
- ô croisés de mon sang ! Transporter les cités !
Bénir la Pâque universelle, sans
salaires !
Mourir sur la Montagne, et que
l'Humanité,
Aux âges d'or sans fin, me porte en
scapulaires !
Pardonnez-nous nos offenses, nos
cris,
Comme étant d'à jamais écrits !
- crucifier l'infini dans des toiles comme
Un mouchoir, et qu'on dise : "
Oh ! L'Idéal s'est tu ! "
Formuler Tout ! En fugues sans fin
dire l'Homme !
Être l'âme des arts à zones que
veux-tu !
Non, rien ; délivrez-nous de la
Pensée,
Lèpre originelle, ivresse insensée,
Radeau du Mal et de l'Exil ;
Ainsi soit-il.
Complainte-placet de Faust fils
Si tu savais, maman Nature,
Comme Je m'aime en tes ennuis,
Tu m'enverrais une enfant pure,
Chaste aux " et puis ?
"
Si tu savais quelles boulettes,
Tes soleils de Panurge ! Dis,
Tu mettrais le nôtre en miettes,
En plein midi.
Si tu savais, comme la Table
De Tes Matières est mon fort
!
Tu me prendrais comme comptable,
Comptable à mort !
Si tu savais ! Les fantaisies !
Dont Je puis être le ferment !
Tu ferais de moi ton Sosie,
Tout simplement.
Complainte à Notre-Dame des Soirs
L'Extase du soleil, peuh ! La
Nature, fade
Usine de sève aux lymphatiques
parfums.
Mais les lacs éperdus des longs
couchants défunts
Dorlotent mon voilier dans leurs
plus riches rades,
Comme un ange malade...
Ô Notre-Dame des Soirs,
Que Je vous aime sans espoir !
Lampes des mers ! Blancs bizarrants
! Mots à vertiges !
Axiomes in articulo mortis
déduits !
Ciels vrais ! Lune aux échos dont
communient les puits !
Yeux des portraits ! Soleil qui,
saignant son quadrige,
Cabré, s'y crucifige !
Ô Notre-Dame des Soirs,
Certes, ils vont haut vos encensoirs
!
Eux sucent des plis dont le
frou-frou les suffoque ;
Pour un regard, ils battraient du
front les pavés ;
Puis s'affligent sur maint sein
creux, mal abreuvés ;
Puis retournent à ces vendanges
sexciproques.
Et moi, moi, Je m'en moque !
Oui, Notre-Dame des Soirs,
J'en fais, paraît-il, peine à voir.
En voyage, sur les fugitives
prairies,
Vous me fuyez ; ou du ciel des eaux
m'invitez ;
Ou m'agacez au tournant d'une vérité
;
Or vous ai-je encor dit votre fait,
je vous prie ?
Ah ! Coquette Marie,
Ah ! Notre-Dame des Soirs,
C'est trop pour vos seuls Reposoirs
!
Vos Rites, jalonnés de sales
bibliothèques,
Ont voûté mes vingt ans, m'ont tari
de chers goûts.
Verrai-je l'oasis fondant au
rendez-vous,
Où... Vos lèvres (dit-on ! ) à
jamais nous dissèquent ?
Ô Lune sur la Mecque !
Notre-Dame, Notre-Dame des Soirs,
De vrais yeux m'ont dit : au
revoir !
Complainte des voix sous le figuier
bouddhique
Les communiantes
Ah ! Ah !
Il neige des hosties
De soie, anéanties !
Ah ! Ah !
Alléluia !
Les voluptantes
La lune en son halo ravagé n'est
qu'un œil
Mangé de mouches, tout rayonnant des
grands deuils,
Vitraux mûrs, déshérités, flagellés
d'aurore,
Les Yeux Promis sont plus dans les
grands deuils encore.
Les paranymphes
Les concetti du crépuscule
Frisaient les bouquets de nos seins
;
Son haleine encore y circule,
Et, leur félinant le satin,
Fait s'y pâmer deux renoncules.
Devant ce Maître Hypnotiseur ;
Expirent leurs frou-frou poseurs ;
Elles crispent leurs étamines,
Et se rinfiltrent leurs parfums
Avec des mines
D'œillets défunts.
Les jeunes gens
Des rêves engrappés se roulaient aux collines,
Feuilles mortes portant du sang des mousselines,
Cumulus, indolents roulis, qu'un vent tremblé
Vint carder un beau soir de soifs de s'en aller !
Les communiantes
Ah ! Ah !
Il neige des cœurs
Noués de faveurs,
Ah ! Ah !
Alléluia !
Les voluptantes
Reviens, vagir parmi mes cheveux, mes cheveux
Tièdes, je t'y ferai des bracelets d'aveux !
Entends partout les Encensoirs les plus célestes,
L'Univers te garde une note unique ! Reste...
les paranymphes
C'est le nid meublé
Par l'homme idolâtre ;
Les vents déclassés
Des mois près de l'âtre ;
Rien de passager,
Presque pas de scènes ;
La vie est si saine,
Quand on sait s'arranger.
Ô fiancé probe,
Commandons ma robe !
Hélas ! Le bonheur est là, mais lui se dérobe...
les jeunes gens
Bestiole à chignon, Nécessaire divin,
Os de chatte, corps de lierre, chef-d'œuvre vain !
Ô femme, mammifère à chignon, ô fétiche,
On t'absout ; c'est un Dieu qui par tes yeux nous triche,
Beau commis voyageur, d'une Maison là-haut,
Tes yeux mentent ! Ils ne nous diront pas le Mot !
Et tes pudeurs ne sont que des passes réflexes
Dont joue un Dieu très fort (Ministère des sexes).
Tu peux donc nous mener au Mirage béant,
Feu-follet connu, vertugadin du Néant ;
Mais, fausse sœur, fausse humaine, fausse mortelle,
Nous t'écartèlerons de honte sensuelles !
Et si ta dignité se cabre ? À deux genoux,
Nous te fermerons la bouche avec des bijoux.
- vie ou Néant ! Choisir. Ah ! Quelle discipline !
Que n'est-il un Éden entre ces deux usines ?
Bon ; que tes doigts sentimentals
Aient pour nos fronts au teint d'épave
Des condoléances qui lavent
Et des trouvailles d'animal.
Et qu'à jamais ainsi tu ailles,
Le long des étouffants dortoirs,
Égrenant les bonnes semailles,
En inclinant ta chaste taille
Sur les sujets de tes devoirs.
Ah ! Pour une âme trop tanguée,
Tes baisers sont des potions
Qui la laissent là, bien droguée,
Et s'oubliant à te voir gaie,
Accomplissant tes fonctions
En point narquoise Déléguée.
Les communiantes
Des ramiers
Familiers
Sous nos jupes palpitent !
Doux Çakya, venez vite
Les faire prisonniers !
Le figuier
Défaillantes, les Étoiles, que la lumière
Épuise, battent plus faiblement des paupières.
Le ver-luisant s'éteint à bout, l'Être pâmé
Agonise à tâtons et se meurt à jamais.
Et l'Idéal égrène en ses mains fugitives
L'éternel chapelet des planètes plaintives.
Pauvres fous, vraiment pauvres fous !
Puis, quand on a fait la crapule,
On revient geindre au crépuscule,
Roulant son front dans les genoux
Des Saintes Bouddhiques Nounous.
Complainte de cette bonne lune
On entend les étoiles :
Dans l'giron
Du Patron,
On y danse, on y danse,
Dans l'giron
Du Patron,
On y danse tous en rond.
- Là, voyons, mam'zelle la Lune,
Ne gardons pas ainsi rancune ;
Entrez en danse, et vous aurez
Un collier de soleils dorés.
- Mon Dieu, c'est à vous bien
honnête,
Pour une pauvre Cendrillon ;
Mais, me suffit le médaillon
Que m'a donné ma sœur planète.
- Fi ! Votre Terre est un suppôt
De la Pensée ! Entrez en fête ;
Pour sûr vous tournerez la tête
Aux astres les plus comme il faut.
- Merci, merci, je n'ai que ma mie,
Juste que je l'entends gémir !
- Vous vous trompez, c'est le soupir
Des universelles chimies !
- Mauvaises langues, taisez-vous !
Je dois veiller. Tas de traînées,
Allez courir vos guilledous !
- Va donc, rosière enfarinée !
Hé ! Notre-Dame des gens saouls,
Des filous et des loups-garous !
Metteuse en rut des vieux matous !
Coucou !
Exeunt les étoiles. Silence et lune. On entend :
Sous l'plafond
Sans fond,
On y danse, on y danse,
Sous l'plafond
Sans fond,
On y danse tous en rond.
Complainte des pianos qu'on entend dans les
quartiers aisés
Menez l'âme que les Lettres ont bien
nourrie,
Les pianos, les pianos, dans les
quartiers aisés !
Premiers soirs, sans pardessus,
chaste flânerie,
Aux complaintes des nerfs incompris
ou brisés.
Ces enfants, à quoi rêvent-elles,
Dans les ennuis des ritournelles ?
- " Préaux des soirs,
Christs des dortoirs !
" Tu t'en vas et tu nous
laisses,
Tu nous laiss's et tu t'en vas,
Défaire et refaire ses tresses,
Broder d'éternels canevas. "
Jolie ou vague ? Triste ou sage ?
Encore pure ?
Ô jours, tout m'est égal ? Ou, monde,
moi je veux ?
Et si vierge, du moins, de la bonne
blessure,
Sachant quels gras couchants ont les
plus blancs aveux ?
Mon dieu, à quoi donc rêvent-elles ?
À des Roland, à des dentelles ?
- " Cœurs en prison,
Lentes saisons !
" Tu t'en vas et tu nous
quittes,
Tu nous quitt's et tu t'en vas !
Couvents gris, chœurs de Sulamites,
Sur nos seins nuls croisons nos
bras. "
Fatales clés de l'être un beau jour
apparues ;
Psitt ! Aux hérédités en ponctuels
ferments,
Dans le bal incessant de nos étranges
rues ;
Ah ! Pensionnats, théâtres,
journaux, romans !
Allez, stériles ritournelles,
La vie est vraie et criminelle.
- " Rideaux tirés,
Peut-on entrer ?
" Tu t'en vas et tu nous
laisses,
Tu nous laiss's et tu t'en vas,
La source des frais rosiers baisse,
Vraiment ! Et lui qui ne vient
pas... "
Il viendra ! Vous serez les pauvres
cœurs en faute,
Fiancés au remords comme aux essais
sans fond,
Et les suffisants cœurs cossus,
n'ayant d'autre hôte
Qu'un train-train pavoisé d'estime
et de chiffons.
Mourir ? Peut-être brodent-elles,
Pour un oncle à dot, des bretelles ?
- " Jamais ! Jamais !
Si tu savais !
" Tu t'en vas et tu nous
quittes,
Tu nous quitt's et tu t'en vas,
Mais tu nous reviendras bien vite
Guérir mon beau mal, n'est-ce pas ?
"
Et c'est vrai ! L'Idéal les faits
divaguer toutes,
Vigne bohême, même en ces quartiers
aisés.
La vie est là ; le pur flacon des
vives gouttes
Sera, comme il convient,
d'eau propre baptisé.
Aussi, bientôt, se joueront-elles
De plus exactes ritournelles.
" - Seul oreiller !
Mur familier !
" Tu t'en vas et tu nous
laisses,
Tu nous laiss's et tu t'en vas.
Que ne suis-je morte à la messe !
Ô mois, ô linges, ô repas ! "
Complainte de la bonne défunte
Elle fuyait par l'avenue ;
Je la suivais illuminé,
Ses yeux disaient : " j'ai
deviné
Hélas ! Que tu m'as reconnue !
"
Je la suivis illuminé !
Jeux désolés, bouche ingénue,
Pourquoi l'avais-je reconnue,
Elle, loyal rêve mort-né ?
Jeux trop mûrs, mais bouche ingénue
;
Œillet blanc, d'azur trop veiné ;
Oh ! Oui, rien qu'un rêve mort-né,
Car, défunte elle est devenue.
Gis, œillet, d'azur trop veiné,
La vie humaine continue
Sans toi, défunte devenue.
- Oh ! Je rentrerai sans dîner !
Vrai, je ne l'ai jamais connue.
Complainte de l'orgue de barbarie
Orgue, Orgue de Barbarie,
Don Quichotte, Souffre-Douleur,
Vidasse, vidasse ton cœur,
Ma pauvre rosse endolorie.
Hein, étés idiots,
Octobres malades,
Printemps, purges fades,
Hivers tout vieillots ?
- " Quel silence, dans la forêt
d'automne,
Quand le soleil en son sang
s'abandonne ! "
Gaz, haillons d'affiches,
Feu les casinos,
Cercueils des pianos,
Ah ! Mortels postiches.
- " Déjà la nuit, qu'on
surveille à peine
Le frou-frou de sa titubante traîne.
"
Romans pour les quais,
Photos élégiaques,
Escarpins, vieux claques,
D'un coup de balai !
- " Oh ! J'ai peur, nous avons
perdu la route ;
Paul, ce bois est mal famé ! Chut,
écoute... "
Végétal fidèle,
Ève aime toujours
LUI ! Jamais pour
Nous, jamais pour elle.
- " Ô ballets corrosifs ! Réel,
le crime ?
La lune me pardonnait dans les
cimes. "
Vêpres, Ostensoirs,
Couchants ! Sulamites
De province aux rites
Exilants des soirs !
- " Ils m'ont brûlée ; et
depuis, vagabonde
Au fond des bois frais, j'implore le
monde. "
Et les vents s'engueulent,
Tout le long des nuits !
Qu'est-c'que moi j'y puis,
Qu'est-ce donc qu'ils veulent ?
- " Je vais guérir, voyez la
cicatrice,
Oh ! Je ne veux pas aller à
l'hospice ! "
Des berceaux fienteux
Aux bières de même,
Bons couples sans gêne,
Tournez deux à deux.
Orgue, Orgue de Barbarie !
Scie autant que Souffre-Douleur,
Vidasse, vidasse ton cœur,
Ma pauvre rosse endolorie.
Complainte d'un certain dimanche
Elle ne concevait pas qu'aimer
fut l'ennemi d'aimer.
Sainte-Beuve, Volupté.
L'homme n'est pas méchant, ni la
femme éphémère.
Ah ! Fous dont au casino battent les
talons,
Tout homme pleure un jour et toute
femme est mère,
Nous sommes tous filials, allons !
Mais quoi ! Les Destins ont des
partis pris si tristes,
Qui font que, les uns loin des
autres, l'on s'exile,
Qu'on se traite à tort et à travers
d'égoïstes,
Et qu'on s'use à trouver quelque
unique Évangile.
Ah ! Jusqu'à ce que la nature soit
bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.
Dans ce village en falaises, loin,
vers les cloches.
Je redescends dévisagé par les
enfants
Qui s'en vont faire bénir de tièdes
brioches ;
Et rentré, mon sacré-cœur se fend !
Les moineaux des vieux toits pépient
à ma fenêtre.
Ils me regardent dîner, sans faim, à
la carte ;
Des âmes d'amis morts les habitent
peut-être ?
Je leur jette du pain : comme
blessés, ils partent !
Ah ! Jusqu'à ce que la nature soit
bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.
Elle est partie hier. Suis-je pas
triste d'elle ?
Mais c'est vrai ! Voilà donc le fond
de mon chagrin !
Oh ! Ma vie est aux plis de ta jupe
fidèle !
Son mouchoir me flottait sur le
Rhin...
Seul. - Le Couchant retient un
moment son Quadrige
En rayons où le ballet des
moucherons danse,
Puis, vers les toits fumants de la
soupe, il s'afflige...
Et c'est le Soir, l'insaisissable
confidence...
Ah ! Jusqu'à ce que la nature soit
bien bonne,
Faudra-t-il vivre monotone ?
Que d'yeux, en éventail, en ogive,
ou d'inceste,
Depuis que l'Être espère, ont
réclamé leurs droits !
Ô ciels, les yeux pourrissent-ils
comme le reste ?
Oh ! Qu'il fait seul ! Oh ! Fait-il
froid !
Oh ! Que d'après-midi d'automne à
vivre encore !
Le Spleen, eunuque à froid, sur nos
rêves se vautre.
Or, ne pouvant redevenir des
madrépores,
Ô mes humains, consolons-nous les
uns les autres.
Et jusqu'à ce que la nature soit
bien bonne,
Tâchons de vivre monotone.
Complainte d'un autre dimanche
C'était un très-au vent d'octobre
paysage,
Que découpe, aujourd'hui dimanche,
la fenêtre,
Avec sa jalousie en travers, hors
d'usage,
Où sèche, depuis quand ! Une paire
de guêtres
Tachant de deux mals blancs ce
glabre paysage.
Un couchant mal bâti suppurant du
livide ;
Le coin d'une buanderie aux tuiles
sales ;
En plein, le Val-de-Grâce, comme un
qui préside ;
Cinq arbres en proie à de mesquines
rafales
Qui marbrent ce ciel crû de bandages
livides.
Puis les squelettes de glycines aux
ficelles,
En proie à des rafales encor plus
mesquines !
Ô lendemains de noce ! Ô brides de
dentelles !
Montrent-elles assez la corde, ces
glycines
Recroquevillant leur agonie aux
ficelles !
Ah ! Qu'est-ce que je fais, ici,
dans cette chambre !
Des vers. Et puis, après ! Ô sordide
limace !
Quoi ! La vie est unique, et toi,
sous ce scaphandre,
Tu te racontes sans fin, et tu te
ressasses !
Seras-tu donc toujours un qui garde
la chambre ?
Ce fut un bien au vent d'octobre
paysage...
Blasé, dis-je ! En avant,
Déchirer la nuit gluante des
racines,
À travers maman, amour tout
d'albumine,
Vers le plus clair ! Vers l'alme et
riche étamine
D'un soleil levant !
- Chacun son tour, il est temps que
je m'émancipe,
Irradiant des Limbes mon inédit type
!
En avant !
Sauvé des steppes du mucus, à la
nage
Têter soleil ! Et soûl de lait d'or,
bavant,
Dodo à les seins dorloteurs des
nuages,
Voyageurs savants !
- À rêve que veux-tu, là-bas, je
vivrai dupe
D'une âme en coup de vent dans la
fraîcheur des jupes !
En avant !
Dodo sur le lait caillé des bons
nuages
Dans la main de Dieu, bleue, aux
mille yeux vivants
Au pays du vin viril faire naufrage
!
Courage,
Là, là, je me dégage...
- Et je communierai, le front vers
l'Orient,
Sous les espèces des baisers
inconscients !
En avant !
Cogne, glas des nuits ! Filtre,
soleil solide !
Adieu, forêts d'aquarium qui, me
couvant,
Avez mis ce levain dans ma
chrysalide !
Mais j'ai froid ! An avant !
Ah ! Maman...
Vous, Madame, allaitez le plus
longtemps possible
Et du plus Seul de vous ce pauvre
enfant-terrible.
Complainte des pubertés difficiles
Un éléphant de Jade, œil mi-clos
souriant,
Méditait sous la riche éternelle
pendule,
Bon bouddha d'exilé qui trouve
ridicule
Qu'on pleure vers les Nils des
couchants d'Orient,
Quand bave notre crépuscule.
Mais, sot Éden de Florian,
En un vase de Sèvres où de fins
bergers fades
S'offrent des bouquets bleus et des
moutons frisés,
Un œillet expirait ses pubères
baisers
Sous la trompe sans flair de
l'éléphant de Jade.
À ces bergers peints de pommade
Dans le lait, à ce couple impuissant
d'opéra
Transi jusqu'au trépas en la pâte de
Sèvres,
Un gros petit dieu Pan venu de
Tanagra
Tendait ses bras tout inconscients
et ses lèvres.
Sourds aux vanités de Paris,
Les lauriers fanés des tentures,
Les mascarons d'or des lambris,
Les bouquins aux pâles reliures
Tournoyaient par la pièce obscure,
Chantant, sans orgueil, sans mépris
:
" Tout est frais dès qu'on veut
comprendre la Nature. "
Mais lui, cabré devant ces soirs
accoutumés,
Où montait la gaîté des enfants de
son âge,
Seul au balcon, disait, les yeux
brûlés de rages :
" J'ai du génie, enfin : nulle
ne veut m'aimer ! "
Complainte de la fin des journées
Vous qui passez, oyez donc un pauvre
être,
Chassé des simples qu'on peut
reconnaître
Soignant, las, quelque œillet à leur
fenêtre !
Passants, hâtifs passants,
Oh ! Qui veut visiter les palais de
mes sens ?
Maints ciboires
De déboires
Un encor !
Ah ! L'enfant qui vit de ce nom,
poète !
Il se rêvait, seul, pansant
Philoctète
Aux nuits de Lemmos ; ou, loin,
grêle ascète.
Et des vers aux moineaux,
Par le lycée en vacances, sous les
préaux !
Offertoire,
En mémoire
D'un consort.
Mon dieu, que tout fait signe de se
taire !
Mon dieu, qu'on est follement
solitaire !
Où sont tes yeux, premier dieu de la
Terre
Qui ravala ce cri :
" Têtue Éternité ! Je m'en vais
incompris... ? "
Pauvre histoire !
Transitoire
Passeport ?
J'ai dit : mon Dieu. La terre est
orpheline
Aux ciels, parmi les séminaires des
Routines.
Va, suis quelque robe de
mousseline...
- Inconsciente Loi,
Faites que ce crachoir s'éloigne un
peu de moi !
Vomitoire
De la foire,
C'est la mort.
Complainte de la vigie aux minuits polaires
Le Globe, vers l'aimant,
Chemine exactement,
Teinté de mers si bleues
De cités tout en toits,
De réseaux de convois
Qui grignotent des lieues.
Ô ma côte en sanglots !
Pas loin de Saint-Malo,
Un bourg fumeux vivote,
Qui tient sous son clocher,
Où grince un coq perché,
L'Ex-Voto d'un pilote !
Aux cierges, au vitrail,
D'un autel en corail,
Une jeune Madone
Tend d'un air ébaubi
Un beau cœur de rubis
Qui se meurt et rayonne !
Un gros cœur tout en sang,
Un bon cœur ruisselant,
Qui, du soir à l'aurore,
Et de l'aurore au soir,
Se meurt, de ne pouvoir
Saigner, ah ! Saigner encore !
Complainte de la lune en province
Ah ! La belle pleine Lune,
Grosse comme une fortune !
La retraite sonne au loin,
Un passant, monsieur l'adjoint ;
Un clavecin joue en face,
Un chat traverse la place :
La province qui s'endort !
Plaquant un dernier accord,
Le piano clôt sa fenêtre.
Quelle heure peut-il bien être ?
Calme lune, quel exil !
Faut-il dire : ainsi soit-il ?
Lune, ô dilettante Lune,
À tous les climats commune,
Tu vis hier le Missouri,
Et les remparts de Paris,
Les fiords bleus de la Norvège,
Les pôles, les mers, que sais-je ?
Lune heureuse ! Ainsi tu vois,
À cette heure, le convoi
De son voyage de noce !
Ils sont partis pour l'Écosse.
Quel panneau, si, cet hiver,
Elle eût pris au mot mes vers !
Lune, vagabonde Lune,
Faisons cause et mœurs communes ?
Ô riches nuits ! Je me meurs,
La province dans le cœur !
Et la lune a, bonne vieille,
Du coton dans les oreilles.
Permettez, ô sirène,
Voici que votre haleine
Embaume la verveine ;
C'est l'printemps qui s'amène !
- Ce système, en effet, ramène le
printemps,
Avec son impudent cortège
d'excitants.
Ôtez donc ces mitaines ;
Et n'ayez, inhumaine,
Que mes soupirs pour traîne :
Ous'qu'il y a de la gêne...
- Ah ! Yeux bleus méditant sur
l'ennui de leur art !
Et vous, jeunes divins, aux soirs
crus de hasard !
Du géant à la naine,
Vois, tout bon sire entraîne
Quelque contemporaine,
Prendre l'air, par hygiène...
- Mais vous saignez ainsi pour
l'amour de l'exil !
Pour l'amour de l'Amour !
D'ailleurs, ainsi soit-il...
T'ai-je fait de la peine ?
Oh ! Viens vers les fontaines
Où tournent les phalènes
Des Nuits Élyséennes !
- Pimbèche aux yeux vaincus,
bellâtre aux beaux jarrets,
Donnez votre fumier à la fleur du
Regret.
Voilà que son haleine
N'embaum'plus la verveine !
Drôle de phénomène...
Hein, à l'année prochaine ?
- Vierges d'hier, ce soir traîneuses
de fœtus,
À genoux ! Voici l'heure où se
plaint l'Angélus.
Nous n'irons plus au bois,
Les pins sont éternels,
Les cors ont des appels ! ...
Neiges des pâles mois,
Vous serez mon missel !
- Jusqu'au jour de dégel.
Complainte de l'automne monotone
Automne, automne, adieux de l'Adieu
!
La tisane bout, noyant mon feu ;
Le vent s'époumonne
À reverdir la bûche où mon grand
cœur tisonne.
Est-il de vrais yeux ?
Nulle ne songe à m'aimer un peu.
Milieux aptères,
Ou sans divans ;
Regards levants,
Deuils solitaires,
Vers des Sectaires !
Le vent, la pluie, oh ! Le vent, la
pluie !
Antigone, écartez mon rideau ;
Cet ex-ciel tout suie,
Fond-il decrescendo, statu quo,
crescendo ?
Le vent qui s'ennuie,
Retourne-t-il bien les parapluies ?
Amours, gibiers !
Aux jours de givre,
Rêver sans livre,
Dans les terriers
Chauds de fumiers !
Plages, chemins de fer, ciels, bois
morts,
Bateaux croupis dans les feuilles
d'or,
Le quart aux étoiles,
Paris grasseyant par chic aux prises
de voiles :
De trop poignants cors
M'ont hallalisé ces chers décors.
Meurtres, alertes,
Rêves ingrats !
En croix, les bras ;
Roses ouvertes,
Divines pertes !
Le soleil mort, tout nous abandonne.
Il se crut incompris. Qu'il est loin
!
Vent pauvre, aiguillonne
Ces convois de martyrs se prenant à
témoins !
La terre, si bonne,
S'en va, pour sûr, passer cet
automne.
Nuits sous-marines !
Pourpres forêts,
Torrents de frais,
Bancs en gésines,
Tout s'illumine !
- Allons, fumons une pipette de
tabac,
En feuilletant un de ces si vieux
almanachs,
En rêvant de la petite qui unirait
Aux charmes de œillet ceux du
chardonneret.
Complainte de l'ange incurable
Je t'expire mes Cœurs bien
barbouillés de cendres ;
Vent esquinté de toux des paysages
tendres !
Où vont les gants d'avril, et les
rames d'antan ?
L'âme des hérons fous sanglote sur
l'étang.
Et vous, tendres
D'antan ?
Le hoche-queue pépie aux écluses
gelées ;
L'amante va, fouettée aux plaintes
des allées.
Sais-tu bien, folle pure, où sans
châle tu vas ?
- Passant oublié des yeux gais,
j'aime là-bas...
- En allées
Là-bas !
Le long des marbriers (Encore un
beau commerce ! )
Patauge aux défoncés un convoi, sous
l'averse.
Un trou, qu'asperge un prêtre âgé
qui se morfond,
Bâille à ce libéré de l'être ; et
voici qu'on
Le déverse
Au fond.
Les moulins décharnés, ailes hier
allègres,
Vois, s'en font les grands bras du
haut des coteaux maigres !
Ci-gît n'importe qui. Seras-tu
différent,
Diaphane d'amour, ô Chevalier-Errant
?
Claque, ô maigre
Errant !
Hurler avec les loups, aimer nos
demoiselles,
Serrer ces mains sauçant dans de
vagues vaisselles !
Mon pauvre vieux, il le faut
pourtant ! Et puis, va,
Vivre est encor le meilleur parti
ici-bas.
Non ! Vaisselles
D'ici-bas !
Au-delà plus sûr que la Vérité ! Des
ailes
D'Hostie ivre et ravie aux cités
sensuelles !
Quoi ! Ni Dieu, ni l'art, ni ma Sœur
Fidèle ; mais
Des ailes ! Par le blanc suffoquant
! À jamais,
Ah ! Des ailes
À jamais !
- Tant il est vrai que la saison
dite d'automne
N'est aux cœurs mal fichus rien
moins que folichonne.
Complainte de nostalgies préhistoriques
La nuit bruine sur les villes.
Mal repu des gains machinals,
On dîne ; et, gonflé d'idéal,
Chacun sirote son idylle,
Ou furtive, ou facile.
Échos des grands soirs primitifs !
Couchants aux flambantes usines,
Rude paix des sols en gésine,
Cri jailli là-bas d'un massif,
Violuptés à vif !
Dégringolant une vallée,
Heurter, dans des coquelicots,
Une enfant bestiale et brûlée
Qui suce, en blaguant les échos,
De jûteux abricots
Livrer aux langueurs des soirées
Sa toison où du cristal luit,
Pourlécher ses lèvres sucrées,
Nous barbouiller le corps de fruits
Et lutter comme essui !
Un moment, béer, sans rien dire,
Inquiets d'une étoile là-haut ;
Puis, sans but, bien gentils
satyres,
Nous prendre aux premiers sanglots
Fraternels des crapauds.
Et, nous délèvrant de l'extase,
Oh ! Devant la lune en son plein,
Là-bas, comme un bloc de topaze,
Fous, nous renverser sur les reins,
Riant, battant des mains !
La nuit bruine sur les villes :
Se raser le masque, s'orner
D'un frac deuil, avec art dîner,
Puis, parmi des vierges débiles,
Prendre un air imbécile.
Autre complainte de l'orgue de barbarie
Prolixe et monocorde,
Le vent dolent des nuits
Rabâche ses ennuis,
Veut se pendre à la corde
Des puits ! Et puis ?
Miséricorde !
- Voyons, qu'est-ce que je veux ?
Rien. Je suis-t-il malhûreux !
Oui, les phares aspergent
Les côtes en sanglots,
Mais les volets sont clos
Aux veilleuses des vierges,
Orgue au galop,
Larmes des cierges !
- Après ? Qu'est-ce qu'on y peut ?
- Rien. Je suis-t-il malhûreux !
Vous, fidèle madone,
Laissez ! Ai-je assisté,
Moi, votre puberté ?
Ô jours où Dieu tâtonne,
Passants d'été,
Pistes d'automne !
- Eh bien ! Aimerais-tu mieux...
- Rien. Je suis-t-il malhûreux !
Cultes, Littératures,
Yeux chauds, lointains ou gais,
Infinis au rabais,
Tout train-train, rien qui dure,
Oh ! À jamais
Des créatures !
- Ah ! Ça qu'est-ce que je veux ?
- Rien. Je suis-t-il malhûreux !
Bagnes des pauvres bêtes,
Tarifs d'alléluias,
Mortes aux camélias,
Oh ! Lendemain de fête
Et paria,
Vrai, des planètes !
- Enfin ! Quels sont donc tes vœux ?
- Nuls. Je suis-t-il malhûreux !
La nuit monte, armistice
Des cités, des labours.
Mais il n'est pas, bon sourd,
En ton digne exercice,
De raison pour
Que tu finisses ?
- Bien sûr. C'est ce que je veux.
Ah ! Je suis-t-il malhûreux !
Complainte du pauvre Chevalier-Errant
Jupes des quinze ans, aurores de
femmes,
Qui veut, enfin, des palais de mon
âme ?
Perrons d'œillets blancs, escaliers
de flamme,
Labyrinthes alanguis,
Édens qui
Sonneront sous vos pas reconnus, des
airs reconquis.
Instincts-levants souriant par les
fentes,
Méditations un doigt à la tempe,
Souvenirs clignotant comme des
lampes,
Et, battant les corridors,
Vains essors,
Les Dilettantismes chargés de
colliers de remords.
Oui, sans bruit, vous écarterez mes
branches,
Et verrez comme, à votre mine
franche,
Viendront à vous mes biches les plus
blanches,
Mes ibis sacrés, mes chats,
Et, rachats !
Ma Vipère de Lettres aux bien effaçables
crachats.
Puis, frêle mise au monde ! Ô Toute
Fine,
Ô ma Tout-universelle orpheline,
Au fond de chapelles de mousseline
Pâle, ou jonquille à poids noirs,
Dans les soirs,
Feu d'artificeront envers vous mes
sens encensoirs !
Nous organiserons de ces parties !
Mes caresses, naïvement serties,
Mourront, de ta gorge aux vierges
hosties,
Aux amandes de tes seins !
Ô tocsins,
Des cœurs dans le roulis des
empilements de coussins.
Tu t'abandonnes au Bon, moi
j'abdique ;
Nous nous comblons de nos deux
Esthétiques ;
Tu condimentes mes piments
mystiques,
J'assaisonne tes saisons ;
Nous blasons,
À force d'étapes sur nos collines,
l'Horizon !
Puis j'ai des tas d'éternelles
histoires,
Ô mers, ô volières de ma Mémoire !
Sans compter les passes évocatoires
!
Et quand tu t'endormiras,
Dans les draps
D'un somme, je t'éventerai de
lointains opéras.
Orage en deux cœurs, ou jets d'eau
des siestes,
Tout sera Bien, contre ou selon ton
geste,
Afin qu'à peine un prétexte te reste
De froncer tes chers sourcils,
Ce souci :
" Ah ! Suis-je née, infiniment,
pour vivre par ici ? "
- Mais j'ai beau parader, toutes
s'en fichent !
Et je repars avec ma folle affiche,
Boniment incompris, piteux sandwiche
:
Au Bon Chevalier-Errant,
Restaurant,
Hôtel meublé, Cabinets de lecture,
prix courants.
Complainte des formalités nuptiales
Lui
Allons, vous prendrez froid.
Elle
Non ; je suis un peu lasse.
Je voudrais écouter toujours ce cor
de chasse !
Lui
Dis, veux-tu te vêtir de mon Être
éperdu ?
Elle
Tu le sais ; mais il fait si pur à
la fenêtre...
Lui
Ah ! Tes yeux m'ont trahi l'Idéal à
connaître ;
Et je le veux, de tout l'univers de
mon être !
Dis, veux-tu ?
Elle
Devant cet univers, aussi, je me
veux femme ;
C'est pourquoi tu le sais. Mais quoi
! Ne m'as-tu pas
Prise toute déjà ? Par tes yeux,
sans combats !
À la messe, au moment du grand
Alléluia,
N'as-tu pas eu mon âme ?
Lui
Oui ; mais l'Unique Loi veut que
notre serment
Soit baptisé des roses de ta croix
nouvelle ;
Tes yeux se font mortels, mais ton
destin m'appelle,
Car il sait que, pour naître aux
moissons mutuelles,
Je dois te caresser bien
singulièrement :
Vous verrez mon palais ! Vous verrez
quelle vie !
J'ai de gros lexicons et des
photographies,
De l'eau, des fruits, maints tabacs,
Moi, plus naïf qu'hypocondre,
Vibrant de tact à me fondre,
Trempé dans les célibats.
Bon et grand comme les bêtes,
Pointilleux, mais emballé,
Inconscient, mais esthète,
Oh ! Veux-tu nous en aller
Vers les pôles dont vous êtes ?
Vous verrez mes voiliers ! Vous
verrez mes jongleurs !
Vous soignerez les fleurs de mon bateau
de fleurs.
Vous verrez qu'il y en a plus que je
n'en étale.
Et quels violets gros deuil sont ma
couleur locale,
Et que mes yeux sont ces vases
d'Élection
Des Danaïdes où sans fin nous
puiserions !
Des prairies adorables,
Loin des mufles des gens ;
Et, sous les ciels changeants,
Maints hamacs incassables !
Dans les jardins
De nos instincts
Allons cueillir
De quoi guérir...
Cuirassés des calus de mainte
expérience,
Ne mettant qu'en mes yeux leurs
lettres de créance,
Les orgues de mes sens se feront vos
martyrs
Vers des cieux sans échos étoilés à
mourir !
Elle
Tu le sais ; mais tout est si
décevant ! Ces choses
Me poignent, après tout, d'un
infaillible émoi !
Raconte-moi ta vie, ou bien
étourdis-moi.
Car je me sens obscure, et, je ne
sais pourquoi,
Je me compare aux fleurs injustement
écloses...
Lui
Tu verras, c'est un rêve. Et tu
t'éveilleras
Guérie enfin du mal de pousser
solitaire.
Puis, ma fine convalescente du
Mystère,
On vous soignera bien, nuit et jour,
seuls sur terre.
Tu verras ?
Elle
Tu le sais. Ah ! - si tu savais !
Car tu m'as prise !
Bien au delà ! Avec tes yeux, qui me
suffisent.
Oui, tes yeux francs seront
désormais mon église.
Avec nos regards seulement,
Alors, scellons notre serment ?
Lui
Allons, endormez-vous, mortelle
fiancée.
Là, dans mes bras loyaux, sur mon
grand cœur bercée,
Suffoquez aux parfums de l'unique
pensée
Que la vie est sincère et m'a fait
le plus fort.
Elle
Tiens, on n'entend plus ce cor ;
vous savez, ce cor...
Lui
L'Ange des Loyautés l'a baisée aux
deux tempes ;
Elle dort maintenant dans l'angle de
ma lampe.
Ô nuit,
Fais-toi lointaine
Avec ta traîne
Qui bruit !
Ô défaillance universelle !
Mon unique va naître aux moissons
mutuelles !
Pour les fortes roses de l'amour
Elle va perdre, lys pubère,
Ses nuances si solitaires,
Pour être, à son tour,
Dame d'atour
De Maïa !
Alléluia !
" Ni vous, ni votre art,
monsieur. " C'était un dimanche,
Vous savez où.
À vos genoux,
Je suffoquai, suintant de longues
larmes blanches.
L'orchestre du jardin jouait ce
" si tu m'aimes "
Que vous savez ;
Et je m'en vais
Depuis, et pour toujours, m'exilant
sur ce thème.
Et toujours, ce refus si monstrueux
m'effraie
Et me confond
Pour vous au fond,
Si Regard-Incarné ! Si moi-même ! Si
vraie !
Bien. - Maintenant, voici ce que je
vous souhaite,
Puisque, après tout,
En ce soir d'août,
Vous avez craché vers l'Art,
par-dessus ma tête.
Vieille et chauve à vingt ans, sois
prise pour une autre
Et sans raison,
Mise en prison,
Très loin, et qu'un geôlier, sur
toi, des ans, se vautre.
Puis, passe à Charenton, parmi de
vagues folles,
Avec Paris
Là-bas, fleuri,
Ah ! Rêve trop beau ! Paris où je me
console.
Et demande à manger, et qu'alors on
confonde !
Qu'on croie à ton
Refus ! Et qu'on
Te nourrisse, horreur ! Horreur !
Horreur ! À la sonde.
La sonde t'entre par le nez, Dieu
vous bénisse !
À bas, les mains !
Et le bon vin,
Le lait, les œufs te gavent par cet
orifice.
Et qu'après bien des ans de cette
facétie,
Un interne (aux
Regards loyaux ! )
Se trompe de conduit ! Et verse, et
t'asphyxie.
Et voilà ce que moi, guéri, je vous
souhaite,
Cœur rose, pour
Avoir un jour
Craché sur l'Art ! L'Art pur ! Sans
compter le poète.
Quia voluit consolari.
Ses yeux ne me voient pas, son corps
serait jaloux ;
Elle m'a dit : " monsieur...
" en m'enterrant d'un geste ;
Elle est Tout, l'univers moderne et
le céleste.
Soit ! Draguons donc Paris, et
ravitaillons-nous,
Tant bien que mal, du reste.
Les Landes sans espoir de ses
regards brûlés
Semblaient parfois des paons prêts à
mettre à la voile...
Sans chercher à me consoler vers les
étoiles,
Ah ! Je trouverai bien deux yeux
aussi sans clés,
Au Louvre, en quelque toile !
Oh ! Qu'incultes, ses airs, rêvant
dans la prison
D'un cant sur le qui-vive au
travers de nos hontes !
Mais, en m'appliquant bien, moi dont
la foi démonte
Les jours, les ciels, les nuits,
dans les quatre saisons
Je trouverai mon compte.
Sa bouche ! À moi, ce pli
pudiquement martyr
Où s'aigrissent des nostalgies de
nostalgies !
Eh bien, j'irai parfois, très
sincère vigie,
Du haut de Notre-Dame aider l'aube
au sortir
De passables orgies.
Mais, Tout va la reprendre ! - Alors
Tout m'en absout.
Mais, Elle est ton bonheur ! - Non !
Je suis trop immense,
Trop chose. Comment donc ! Mais ma
seule présence
Ici-bas, vraie à s'y mirer, est
l'air de Tout :
De la Femme au Silence !
L'Art sans poitrine m'a trop
longtemps bercé dupe.
Si ses labours sont fiers, que ses
blés décevants !
Tiens, laisse-moi bêler tout aux
plis de ta jupe
Qui fleure le couvent.
Le Génie avec moi, serf, a fait des
manières ;
Toi, jupe, fais frou-frou, sans
t'inquiéter pourquoi,
Sous œillet bleu de ciel de l'unique
théière,
Sois toi-même, à part moi.
Je veux être pendu, si tu n'es pas
discrète
Et comme il faut, vraiment !
Et d'ailleurs tu m'es tout.
Tiens, j'aimerai les plissés de ta
collerette
Sans en venir à bout.
Mais l'Art, c'est l'Inconnu ! Qu'on
y dorme et s'y vautre,
On peut ne pas l'avoir constamment
sur les bras !
Eh bien, ménage au vent ! Soyons
Lui, Elle et l'Autre.
Et puis, n'insistons pas.
Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot,
Filons, en costume,
Présider là-haut !
Ma cervelle est morte.
Que le Christ l'emporte !
Béons à la Lune,
La bouche en zéro.
Inconscient, descendez en nous par
réflexes :
Brouillez les cartes, les
dictionnaires, les sexes.
Tournons d'abord sur nous-même,
comme un fakir !
(Agiter le pauvre être, avant de
s'en servir.)
J'ai le cœur chaste et vrai comme
une bonne lampe ;
Oui, je suis en taille-douce, comme
une estampe.
Vénus, énorme comme le Régent,
Déjà se pâme à l'horizon des grèves
;
Et c'est l'heure, ô gens nés casés,
bonnes gens,
De s'étourdir en longs trilles de
rêves !
Corybanthe, aux quatre vents tous
les draps !
Disloque tes pudeurs, à bas les
lignes !
En costume blanc, je ferai le cygne,
Après nous le Déluge, ô ma Léda !
Jusqu'à ce que tournent tes yeux
vitreux,
Que tu grelottes en rires affreux,
Hop ! Enlevons sur les horizons
fades
Les menuets de nos pantalonnades !
Tiens ! L'Univers
Est à l'envers...
- Tout cela vous honore,
Lord Pierrot, mais encore ?
- Ah ! Qu'une, d'elle-même, un beau
soir sût venir,
Ne voyant que boire à mes lèvres, ou
mourir !
Je serais, savez-vous, la plus noble
conquête
Que femme, au plus ravi du Rêve, eût
jamais faite !
D'ici-là, qu'il me soit permis
De vivre de vieux compromis.
Où commence, où finit l'humaine
Ou la divine dignité ?
Jonglons avec les entités,
Pierrot s'agite et Tout le mène !
Laissez faire, laissez passer ;
Laissez passer, et laisser faire ;
Le semblable, c'est le contraire,
Et l'univers, c'est pas assez !
Et je me sens, ayant pour cible
Adopté la vie impossible,
De moins en moins localisé !
- Tout cela vous honore,
Lord Pierrot, mais encore ?
- Il faisait, ah ! Si chaud, si sec.
Voici qu'il pleut, qu'il pleut,
bergères !
Les pauvres Vénus bocagères
Ont la roupie à leur nez grec !
- Oh ! De moins en moins drôle ;
Pierrot sait mal son rôle ?
- J'ai le cœur triste comme un
lampion forain...
Bah ! J'irai passer la nuit dans le
premier train ;
Sûr d'aller, ma vie entière,
Malheureux comme les pierres. (bis.)
Autre complainte de Lord Pierrot
Celle qui doit me mettre au courant
de la Femme !
Nous lui dirons d'abord, de mon air
le moins froid :
" La somme des angles d'un
triangle, chère âme,
" Est égale à deux droits.
"
Et si ce cri lui part : " Dieu
de Dieu ! Que je t'aime ! "
- " Dieu reconnaîtra les siens.
" Ou piquée au vif :
- " Mes claviers ont du cœur,
tu seras mon seul thème. "
Moi : " Tout est relatif.
"
De tous ses yeux, alors ! Se sentant
trop banale :
" Ah ! Tu ne m'aimes pas ; tant
d'autres sont jaloux ! "
Et moi, d'un œil qui vers
l'Inconscient s'emballe :
" Merci, pas mal ; et vous ?
"
- " Jouons au plus fidèle !
" - " À quoi bon, ô Nature ! "
" Autant à qui perd gagne !
" Alors, autre couplet :
- " Ah ! Tu te lasseras le
premier, j'en suis sûre... "
- " Après vous, s'il vous
plaît. "
Enfin, si, par un soir, elle meurt
dans mes livres,
Douce ; feignant de n'en pas croire
encor mes yeux,
J'aurai un : " Ah çà, mais,
nous avions De Quoi vivre !
" C'était donc sérieux ? "
Complainte sur certains ennuis
Un couchant des Cosmogonies !
Ah ! Que la Vie est quotidienne...
Et, du plus vrai qu'on se souvienne,
Comme on fut piètre et sans génie...
On voudrait s'avouer des choses,
Dont on s'étonnerait en route,
Qui feraient, une fois pour toutes !
Qu'on s'entendrait à travers poses.
On voudrait saigner le Silence,
Secouer l'exil des causeries ;
Et non ! Ces dames sont aigries
Par des questions de préséance.
Elles boudent là, l'air capable.
Et, sous le ciel, plus d'un
s'explique,
Par quels gâchis suresthétiques
Ces êtres-là sont adorables.
Justement, une nous appelle,
Pour l'aider à chercher sa bague,
Perdue (où dans ce terrain vague ? )
Un souvenir d'amour, dit-elle !
Ces êtres-là sont adorables !
Complainte des noces de Pierrot
Où te flatter pour boire dieu,
Ma provisoire corybante ?
Je sauce mon âme en tes yeux,
Je ceins ta beauté pénitente,
Où donc vis-tu ? Moi si pieux,
Que tu m'es lente, lente !
Tes cils m'insinuent : c'en est trop
;
Et leurs calices vont se clore,
Sans me jeter leur dernier mot,
Et refouler mes métaphores,
De leur petit air comme il faut ?
Isis, levez le store !
Car cette fois, c'est pour de bon ;
Trop d'avrils, quittant la partie
Devant des charmes moribonds,
J'ai bâclé notre eucharistie
Sous les trépieds où ne répond
Qu'une aveugle Pythie !
Ton tabernacle est dévasté ?
Sois sage, distraite égoïste !
D'ailleurs, suppôt d'éternité,
Le spleen de tout ce qui n'existe
Veut qu'en ce blanc matin d'été,
Je sois ton exorciste !
Ainsi, fustigeons ces airs plats
Et ces dolentes pantomimes
Couvrant d'avance du vieux glas
Mes toscins à l'hostie ultime !
Ah ! Tu me comprends, n'est-ce pas,
Toi, ma moins pauvre rime ?
Introïbo, voici l'Époux !
Hallali ! Songe au pôle, aspire ;
Je t'achèterai des bijoux,
Garde-moi ton ut de
martyre...
Quoi ! Bébé bercé, c'est donc tout ?
Tu n'as plus rien à dire ?
- Mon dieu, mon dieu ! Je n'ai rien
eu,
J'en suis encore aux poncifs thèmes
!
Son teint me redevient connu,
Et, sur son front tout au baptême,
Aube déjà l'air ingénu !
L'air vrai ! L'air non mortel quand
même !
Ce qui fait que je l'aime,
Et qu'elle est même, vraiment,
La chapelle rose
Où parfois j'expose
Le Saint-Sacrement
De mon humeur du moment.
Complainte du vent qui s'ennuie la nuit
Ta fleur se fane, ô fiancée ?
Oh ! Gardes-en encore un peu
La corolle qu'a compulsée
Un soir d'ennui trop studieux !
Le vent des toits qui pleure et
rage,
Dans ses assauts et ses remords,
Sied au nostalgique naufrage
Où m'a jeté ta Toison-d'Or.
Le vent assiège,
Dans sa tour,
Le sortilège
De l'Amour ;
Et, pris au piège,
Le sacrilège
Geint sans retour.
Ainsi, mon Idéal sans bride
T'ubiquitait de ses sanglots,
Ô calice loyal mais vide
Qui jouais à me rester clos ?
Ainsi dans la nuit investie,
Sur tes pétales décevants,
L'Ange fileur d'eucharisties
S'afflige tout le long du vent.
Le vent assiège,
Dans sa tour,
Le sortilège
De l'Amour,
Et, pris au piège,
Le sacrilège
Geint sans retour.
Ô toi qu'un remords fait si morte,
Qu'il m'est incurable, en tes yeux,
D'écouter se morfondre aux portes
Le vent aux étendards de cieux !
Rideaux verts de notre hypogée,
Marbre banal du lavabo,
Votre hébétude ravagée
Est le miroir de mon tombeau.
Ô vent, allège
Ton discours
Des vains cortèges
De l'humour ;
Je rentre au piège,
Peut-être y vais-je
Tuer l'Amour !
Complainte du pauvre corps humain
L'homme et sa compagne sont serfs
De corps, tourbillonnants cloaques
Aux mailles de harpes de nerfs
Serves de tout et que détraque
Un fier répertoire d'attaques.
Voyez l'homme, voyez !
Si ça n'fait pas pitié !
Propre et correct en ses ressorts,
S'assaisonnant de modes vaines,
Il s'admire, ce brave corps,
Et s'endimanche pour sa peine,
Quand il a bien sué la semaine.
Et sa compagne ! Allons,
Ma bell', nous nous valons.
Faudrait le voir, touchant et nu
Dans un décor d'oiseaux, de roses ;
Ses tics réflexes d'ingénu,
Ses plis pris de mondaines poses ;
Bref, sur beau fond vert, sa
chlorose.
Voyez l'Homme, voyez !
Si ça n'fait pas pitié !
Les Vertus et les Voluptés
Détraquant d'un rien sa machine,
Il ne vit que pour disputer
Ce domaine à rentes divines
Aux lois de mort qui le taquinent.
Et sa compagne ! Allons,
Ma bell', nous nous valons.
Il se soutient de mets pleins d'art,
Se drogue, se tond, se parfume,
Se truffe tant, qu'il meurt trop
tard ;
Et la cuisine se résume
En mille infections posthumes.
Oh ! Ce couple, voyez !
Non, ça fait trop pitié.
Mais ce microbe subversif
Ne compte pas pour la Substance,
Dont les déluges corrosifs
Renoient vite pour l'Innocence
Ces fols germes de conscience.
Nature est sans pitié
Pour son petit dernier.
Il était un roi de Thulé,
Immaculé,
Qui loin des jupes et des choses,
Pleurait sur la métempsychose
Des lys en roses,
Et quel palais !
Ses fleurs dormant, il s'en allait,
Traînant des clés,
Broder aux seuls yeux des étoiles,
Sur une tour, un certain Voile.
De vive toile,
Aux nuits de lait !
Quand le voile fut bien ourlé,
Loin de Thulé,
Il rama fort sur les mers grises,
Vers le soleil qui s'agonise,
Féerique Église !
Il ululait :
" Soleil-crevant, encore un
jour,
Vous avez tendu votre phare
Aux holocaustes vivipares,
Du culte qu'ils nomment l'Amour.
" et comme, devant la nuit
fauve,
Vous vous sentez défaillir,
D'un dernier flot d'un sang martyr
Vous lavez le seuil de l'Alcôve !
" Soleil ! Soleil ! Moi je
descends
Vers vos navrants palais polaires,
Dorloter dans ce Saint-Suaire
Votre cœur bien en sang,
En le berçant ! "
Il dit, et, le Voile étendu,
Tout éperdu,
Vers les coraux et les naufrages,
Le roi raillé des doux corsages,
Beau comme un Mage
Est descendu !
Braves amants ! Aux nuits de lait,
Tournez vos clés !
Une ombre, d'amour pur transie,
Viendrait vous gémir cette scie :
" Il était un roi de Thulé
Immaculé... "
Complainte du soir des comices agricoles
Deux royaux cors de chasse ont
encore un duo
Aux échos,
Quelques fusées reniflent s'étouffer
là-haut !
Allez, allez, gens de la noce,
Qu'on s'en donne une fière bosse !
Et comme le jour naît, que bientôt
il faudra,
À deux bras,
Peiner, se recrotter dans les
labours ingrats,
Allez, allez, gens que vous êtes,
C'est pas tous les jours jour de
fête !
Ce violon incompris pleure au pays
natal,
Loin du bal,
Et le piston risque un appel vers
l'Idéal...
Mais le flageolet les rappelle
Et allez donc, mâl's et femelles !
Un couple erre parmi les rêves des
grillons,
Aux sillons ;
La fille écoute en tourmentant son
médaillon.
Laissez, laissez, ô cors de chasse,
Puisque c'est le sort de la race.
Les beaux cors se sont morts ; mais
cependant qu'au loin,
Dans les foins,
Crèvent deux rêves niais, sans maire
et sans adjoint.
Pintez, dansez, gens de la Terre,
Tout est un triste et vieux Mystère.
- Ah ! Le Premier que prit ce besoin
insensé
De danser
Sur ce monde enfantin dans l'Inconnu
lancé !
Ô Terre, ô terre, ô race humaine,
Vous me faites bien de la peine.
Dimanche, à Liège.
Bin bam, bin bam,
Les cloches, les cloches,
Chansons en l'air, pauvres reproches
!
Bin bam, bin bam,
Les cloches en Brabant !
Petits et gros, clochers en fête,
De l'hôpital à l'Évêché,
Dans ce bon ciel endimanché,
Se carillonnent, et s'entêtent,
À tue-tête ! À tue-tête !
Bons vitraux, saignez impuissants
Aux allégresses hosannahlles
Des orgues lâchant leurs pédales,
Les tuyaux bouchés par l'encens !
Car il descend ! Il descend !
Voici les lentes oriflammes
Où flottent la Vierge et les Saints
!
Les cloches, leur battant des mains,
S'étourdissent en jeunes gammes
Hymniclames ! Hymniclames !
Va, Globe aux studieux pourchas,
Où Dieu à peine encor s'épelle !
Bondis, Jérusalem nouvelle,
Vers les nuits grosses de rachats,
Où les lys ne filent pas !
Édens mûrs, Unique Bohême !
Nous, les beaux anges effrénés ;
Elles, les Regards incarnés,
Pouvant nous chanter, sans blasphème
:
Que je t'aime ! Pour moi-même !
Oui, les cloches viennent de loin !
Oui, oui, l'Idéal les fit fondre
Pour rendre les gens hypocondres,
Vêtus de noir, tendant le poing
Vers un Témoin ! Un Témoin !
Ah ! Cœur-battant, cogne à tue-tête
Vers ce ciel niais endimanché !
Calme, à jaillir de ton clocher,
Et nous retombe à jamais BÊTE.
Quelle fête ! Quelle fête !
Bin bam, bin bam,
Les cloches ! Les cloches !
Chansons en l'air, pauvres reproches
!
Bin bam, bin bam,
Les cloches en Brabant ! 1
1. Et ailleurs.
à Bade.
Tout hier, le soleil a boudé dans
ses brumes,
Le vent jusqu'au matin n'a pas
décoléré,
Mais, nous point des coteaux là-bas,
un œil sacré
Qui va vous bousculer ces paquets de
bitume !
- Ah ! Vous m'avez trop, trop vanné,
Bals de diamants, hanches roses ;
Et, bien sûr, je n'étais pas né
Pour ces choses.
- Le vent jusqu'au matin n'a pas
décoléré.
Oh ! Ces quintes de toux d'un chaos
bien posthume,
- Prés et bois vendus ! Que de gens,
Qui me tenaient mes gants, serviles,
À cette heure, de mes argents,
Font des piles !
- Délayant en ciels bas ces paquets
de bitume
Qui grimpaient talonnés de noirs
Misérérés !
- Elles, coudes nus dans les fruits,
Riant, changeant de doigts leurs bagues
;
Comme nos plages et nos nuits
Leur sont vagues !
- Oh ! Ces quintes de toux d'un
chaos bien posthume,
Chantons comme Memnon, le soleil a
filtré,
- Et moi, je suis dans ce lit cru
De chambre d'hôtel, fade chambre,
Seul, battu dans les vents bourrus
De novembre.
- Qui, consolant des vents les noirs
Misérérés,
Des nuages en fuite éponge au loin
l'écume.
- Berthe aux sages yeux de lilas,
Qui priais Dieu que je revinsse,
Que fais-tu, mariée là-bas,
En province ?
- Memnons, ventriloquons ! Le cher
astre a filtré
Et le voilà qui tout authentique
s'exhume !
- Oh ! Quel vent ! Adieu tout
sommeil ;
Mon Dieu, que je suis bien malade !
Oh ! Notre croisée au soleil
Bon, à Bade.
- Il rompt ses digues ! Vers les
grands labours qui fument !
Saint Sacrement ! Et labarum des
nox irae !
- Et bientôt, seul, je m'en irai,
À Montmartre, en cinquième classe,
Loin de père et mère, enterrés
En Alsace.
Complainte sur certains temps déplacés
Le couchant de sang est taché
Comme un tablier de boucher ;
Oh ! Qui veut aussi m'écorcher !
- Maintenant c'est comme une rade !
Ça vous fait le cœur tout nomade,
À cingler vers mille Lusiades !
Passez, ô nuptials appels,
Vers les comptoirs, les Archipels
Où l'on mastique le bétel !
Je n'aurai jamais d'aventures ;
Qu'il est petit, dans la Nature,
Le chemin d'fer Paris-Ceinture !
V'la l'fontainier ! Il siffle l'air
(connu) du bon roi Dagobert ;
Oh ! Ces matins d'avril en mer !
- Le vent galope ventre à terre,
En vain voudrait-on le fair'taire !
Ah ! Nom de Dieu ! Quelle misère !
- Le Soleil est mirobolant
Comme un poitrail de chambellan,
J'en demeure les bras ballants ;
Mais jugez si ça m'importune,
Je rêvais en plein de lagunes
De Venise au clair de la lune !
- Vrai ! La vie est pour les
badauds.
Quand on a du dieu sous la peau,
On cuve ça sans dire mot.
L'obélisque quadrangulaire,
De mon spleen monte ; j'y digère,
En stylite, ce gros Mystère.
Complainte des condoléances au soleil
Décidément, bien Don Quichotte et
pas peu sale,
Ta Police, ô Soleil ! Malgré tes
grands Levers,
Et tes couchants des beaux
Sept-Glaives abreuvés,
Rosaces en sang d'une aveugle
Cathédrale !
Sans trêve, aux spleens d'amour
sonner des hallalis !
Car, depuis que, majeur, ton fils
calcule et pose,
Labarum des glaciers ! Fais-tu donc
autre chose
Que chasser devant toi des dupes de
leurs lits ?
Certes, dès qu'aux rideaux aubadent
tes fanfares,
Ces piteux d'infini, clignant de
gluants deuils,
Rhabillent leurs tombeaux, en se
cachant de œil
Qui cautérise les citernes les plus
rares !
Mais tu ne te dis pas que, là-bas,
bon Soleil,
L'autre moitié n'attendait que ta
défaillance,
Et déjà se remet à ses expériences,
Alléguant quoi ! La nuit, l'usage,
le sommeil...
Or, à notre guichet, tu n'es pas
mort encore,
Pour aller fustiger de rayons ces
mortels,
Que nos bateaux sans fleurs rerâlent
vers leurs ciels
D'où pleurent des remparts brodés
contre l'aurore !
Alcôve des Danaïdes, triste astre !
- et puis,
Ces jours où, tes fureurs ayant fait
les nuages,
Tu vas sans pouvoir les percer,
blême de rage
De savoir seul et tout à ses aises
l'Ennui !
Entre nous donc, bien don Quichotte,
et pas moins sale,
Ta Police, ô Soleil, malgré tes
grands Levers,
Et tes couchants des beaux
Sept-Glaives abreuvés,
Rosaces en sang d'une aveugle
Cathédrale !
Complainte de l'oubli des morts
Mesdames et Messieurs,
Vous dont la mère est morte.
C'est le bon fossoyeux
Qui gratte à votre porte.
Les morts
C'est sous terre ;
Ça n'en sort
Guère.
Vous fumez dans vos bocks,
Vous soldez quelque idylle,
Là-bas chante le coq,
Pauvres morts hors des villes !
Grand-papa se penchait,
Là, le doigt sur la tempe,
Sœur faisait du crochet,
Mère montait la lampe.
Les morts
C'est discret,
Ça dort
Trop au frais.
Vous avez bien dîné,
Comment va cette affaire ?
Ah ! Les petits mort-nés
Ne se dorlotent guère !
Notez, d'un trait égal,
Au livre de la caisse,
Entre deux frais de bal :
Entretien tombe et messe.
C'est gai,
Cette vie ;
Hein, ma mie,
Ô gué ?
Mesdames et Messieurs,
Vous dont la sœur est morte,
Ouvrez au fossoyeux
Qui claque à votre porte ;
Si vous n'avez pitié,
Il viendra (sans rancune)
Vous tirer par les pieds,
Une nuit de grand'lune !
Importun
Vent qui rage !
Les défunts ?
Ça voyage...
Complainte du pauvre jeune homme
Sur l'air populaire :
" Quand le
bonhomm' revint du bois. "
Quand ce jeune homm' rentra chez
lui,
Quand ce jeune homm' rentra chez lui
;
Il prit à deux mains son vieux
crâne,
Qui de science était un puits !
Crâne,
Riche crâne,
Entends-tu la Folie qui plane ?
Et qui demande le cordon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Et qui demande le cordon,
Digue dondaine, digue dondon ?
Quand ce jeune homm' rentra chez
lui,
Quand ce jeune homm' rentra chez lui
;
Il entendit de tristes gammes,
Qu'un piano pleurait dans la nuit !
Gammes,
Vieilles gammes,
Ensemble, enfants, nous vous
cherchâmes ;
Son mari m'a fermé sa maison,
Digue dondaine, digue dondaine,
Son mari m'a fermé sa maison,
Digue dondaine, digue dondon !
Quand ce jeune homm' rentra chez
lui,
Quand ce jeune homm' rentra chez lui
;
Il mit le nez dans sa belle âme,
Où fermentaient des tas d'ennuis !
Âme,
Ma belle âme,
Leur huile est trop sal' pour ta
flamme !
Puis, nuit partout ! Lors, à quoi
bon ?
Digue dondaine, digue dondaine,
Puis, nuit partout ! Lors, à quoi
bon ?
Digue dondaine, digue dondon !
Quand ce jeune homm' rentra chez
lui,
Quand ce jeune homm' rentra chez lui
;
Il vit que sa charmante femme,
Avait déménagé sans lui !
Dame,
Notre-Dame,
Je n'aurai pas un mot de blâme !
Mais t'aurais pu m'laisser
l'charbon,
Digue dondaine, digue dondaine,
Mais t'aurais pu m'laisser
l'charbon,
Digue dondaine, digue dondon.
Lors, ce jeune homme aux tels
ennuis,
Lors, ce jeune homme aux tels ennuis
;
Alla décrocher une lame,
Qu'on lui avait fait cadeau avec
l'étui !
Lame,
Fine lame,
Soyez plus droite que la femme !
Et vous, mon Dieu, pardon ! Pardon !