INITIATION À LA LANGUE GRECQUE

Par Didier Fontaine

LEÇON 2

Notions de phonétique

[Cette leçon se propose d'étudier succinctement les voyelles et les consonnes.]

1. Notions préliminaires

La phonétique étudie les sons articulés (phonèmes) et leurs modifications.

Ces modifications proviennent de l'impossibilité, ou plus souvent l'incommodité, de nos organes vocaux à restituer certains assemblages de sons. Elles sont régies par des lois qui varient d'une langue à l'autre, bien qu'il y ait toujours des règles communes. Pour ce qui concerne les dialectes grecs, les lois ont suivi des cours différents. Nous nous bornerons ici à l'attique.

La phonétique considère :

- les voyelles, les consonnes, et leurs associations,

- la quantité des voyelles et des syllabes (longue ou brève),

- l'accent porté sur telle ou telle syllabe.

Il arrive que l'on ait recours à des formes reconstituées, c'est-à-dire dont l'existence n'est attestée par aucun document. On les précède alors d'un astérisque (*).

2. Les voyelles

2.1. Ouvertes ou fermées

Les voyelles a, h, w sont dites ouvertes, et les voyelles e, o, i, u sont dites fermées.

2.2 Longues ou brèves

Les voyelles o et e sont toujours brèves, cependant que les voyelles h et w toujours longues. Pour ce qui est des voyelles a, i, u, elles peuvent être longues ou brèves.

2.3 Semi-voyelles

Il arrive que l'on ait recours aux semi-voyelles yod et waw (digamma), notées *y et F. Elles ont en fait disparu de l'ionien-attique, mais en laissant des traces qui permettent souvent d'expliquer les formes rencontrées (ex.: entre voyelles : *bo/ - F - ej > bo/ej > bou=j, cf lat. boves, fr. bovins; à l'initiale : Fe/rgon > e)/rgon, cf. angl. work, all. Werk; devant liquide ou nasale, en attique : *ce/nFoj > ionien cei/noj > attique ce/noj)

2.4 Les contractions vocaliques

En grec, il se produit une contraction tant dans la déclinaison (cf. leçon suivante) que dans la conjugaison quand la voyelle du thème d'un mot entre en contact avec une désinence. En général, ce sont deux voyelles brèves qui se changent en longue, ou bien une voyelle brève et une diphtongue qui font de même. Dans chaque cas, si l'une des deux voyelles est ouvertes, la voyelle longue finale sera également ouverte.

Le tableau suivant résume les contractions possibles :

a + e > a | e + a > h | o + a > w

a + ei > a| | e + ai > h| | o + h > w

a + o > w | e + o > ou | o + e > ou

a + w > w | e + w > w | o + ei > oi

a + oi > w| | e + oi > oi | o + oi > oi

Ex. : poie/omai > poiou=mai ; plooj > plou=j ; o)steon > o)stou=n ; trihresa > trih/rh ; trihresej > trih/reij

Des rencontres vocaliques peuvent également avoir lieu dans le cadre de l'insertion d'un augment. Les règles seront alors sensiblement différentes (cf leçon concernée).

2.5 Quelques règles phonétiques

2.5.1 Passage de a à h en ionien-attique : *kefala > kefalh/

2.5.2 Abrègement d'une diphtongue dont la première voyelle est longue devant une autre longue : * basilhu/j > basileu/j

2.5.3 Abrègement d'une voyelle longue devant F ou nasale + consonne ( Loi d'Oshoff )

* naFsi/ > nausi/ | * gnw= - nt - oj > gno/ - nt - oj | * bouleuqh/ - nt - oj > bouleuqe/ - nt - oj

2.5.4 Abrègement d'une voyelle longue devant une autre voyelle longue : * nhw=n > new=n

2.5.5 Métathèse de quantité : *po/lh - oj > po/lewj ( la première voyelle s'abrège, cependant que la seconde s'allonge )

2.5.6 Allongement compensatoire après chute d'une consonne (règle très courante)

- a > a ou h : *pantj > pa=j | *e)/fansa > e)/fana > e)/fhna

- e > ei : *tiqe/ntj > tiqei/j

- i > i : *e)/krinsa > e)/krina

- o > ou : *lo/gonj > lo/gouj

- u > u : *a)mu/nyw > a)munw

3. Les consonnes

On distingue parmi les consonnes celles qui sont sourdes, sonores, ou sourdes aspirées. Et parmi celles-ci, les labiales, les dentales et les palatales. Elles sont également occlusives orales, occlusives nasales, spirantes liquides ou spirantes nasales.

Comme la phonologie dépasse amplement le cadre de cette leçon, reportez-vous si besoin est à :

e(/rmaion, Initiation au grec ancien, J.V. Vernhes, p.10-12 | Nouvelle Grammaire Grecque, J. Bertrand, p.26-30 | Grammaire Grecque, J. Allard, E. Feuillâtre, p.9-10 | Grammaire Grecque, E. Ragon, A. Dain, J. de Foucault et P. Poulain, p.10-15, Grammaire Grecque du Nouveau Testament, M. Carrez, p.13-16

On peut résumer leur nature de la sorte :

 

SONORES

SOURDES

SOURDES ASPIRÉES

PALATALES

g

k

x

DENTALES

d

t

q

LABIALES

b

p

f

Notez également les liquides : l et r (qui sont sonores), la sifflante sourde s, ainsi que la sifflante sourde z.

3.1 Assimilation

Ce phénomène rend semblables deux consonnes qui se ressemblent.Ex.: *sun-lamba/nw > sullamba/nw ; *e)nbai/nw > e)mbai/nw

 3.2 Dissimilation (Loi de Grassmann)

C'est le phénomène inverse, car il empêche deux consonnes qui se suivent de rester identiques.

Ceci est très courant, et a existé dans tous les dialectes. Deux consonnes aspirées dans un même mot ne pouvaient subsister: l'une perdait son aspiration (elle était dissimilée), et devenait sonore ( f, q, x > p, t, k), l'esprit rude disparaissant au profit de l'esprit doux. Ex.: *qi/qhmi > ti/qhmi.

3.3 Assibilation

Pour des raisons de prononciation, il arrive qu'une occlusive dentale devienne un s, sifflante dentale: *di/dwti > di/dwsi

3.4 Chute du s

Entre deux voyelles, le s disparaît : *ge/nesoj > *ge/neoj >ge/nouj

Exceptions :

- lorsque le s présent dans le mot résulte de la simplification de deux s : *ge/nessi > ge/nesi

- lorsqu'il y a eu simplification d'un groupe de consonnes, comme nts > n > allongement compensatoire + s : *pa/nt-si > pa=si

- lorsqu'il y a eu assibilation (cf. 3.3)

3.5 Épenthèse

Il arrive qu'une consonne s'intercale dans un mot (e)pe/nqesij, intercalation), entre la nasale et la liquide. On fait alors suivre le m d'un b et le n d'un d. *a)nroj (gén. sing de a)nh/r) > a)ndro/j ; *gamroj > gambro/j.

3.6 Métathèse de consonnes. Ex : *ti/tkw > ti/ktw

4. Pour aller plus loin

D'autres phénomènes phonétiques peuvent survenir dans la vie du mot, notamment l'élision, la crase, ou l'ajout de n euphonique. A chaque fois, la prononciation (rapide) en est facilitée. Pour plus de détails, reportez vous aux grammaires.

[ LEÇON 3 ]

MAJ 25/01/03 - Contact