INITIATION À LA LANGUE GRECQUE

Par Didier Fontaine

LEÇON 3

ÉLÉMENTS DE MORPHOLOGIE

[Cette leçon aborde les notions élémentaires de flexion des mots en grec, notamment de l'article et du nom]

1. Structure du mot grec

Le mot grec se compose, selon les cas :

- d'une racine : c'est l'élément fondamental, celui qui est porteur du sens intrinsèque, et auquel les autres parties du mot ne font qu'apporter des nuances de sens ou de portée ( dans le verbe lu/w, la racine est lu-, le sens est délier.)

- d'un préfixe ou d'un préverbe : cet élément, qui se place devant la racine, en modifie le sens (e)pilu/w, résoudre ; ba/llw, jeter > a)poba/llw, perdre ; gnw=sij, connaissance > e)pi/gnwsij, reconnaissance )

- d'un suffixe : il se place après la racine, et ramifie son sens (a)/nqrwpoj, homme > a)nqrw/pion, humain; lu/w, délier > lu/tron, rançon)

- d'une désinence : placée en fin de mot, elle permet de préciser la fonction grammaticale d'un mot dans une phrase (cf. infra)

Le mot se structure donc ainsi : préfixe/préverbe | racine | suffixe | désinence

2. L'alternance vocalique

On ne rencontre pas toujours la même voyelle dans une racine: c'est l'alternance vocalique. Ex. log/leg dans lo/goj, la parole et le/gw, dire ; lei/pw, je laisse > e)lipon, j'ai laissé

On parle souvent du thème d'un mot: il s'agit en fait de la partie d'un mot à laquelle on ajoute la désinence (mot : po/lij, thème: po/li-; en l'occurrence il s'agit d'un thème en i).

De la même manière, les verbes présentant une voyelle caractéristique seront appelés verbes thématiques, cependant que les autres seront les athématiques.

3. Le nom

3.1 Nombre

En grec, en plus du singulier et du pluriel, il y a également le duel. Ce dernier est employé en parlant de choses qui vont naturellement par paires (yeux, pieds, mains), mais pas systématiquement. Il est assez rare, plus attesté en attique que dans les autres dialectes, plus présent également dans les noms que dans les verbes. Il est parfois employé stylistiquement, pour montrer que deux personnes forment un couple parfait, "font la paire", que l'un est l'exacte réplique de l'autre (chez Platon en particulier).

Le duel a disparu avant l'ère chrétienne, il n'existe donc pas dans la koinê.

Il existait même un quatrième nombre en indo-européen, le collectif ; ce dernier a presque totalement disparu, laissant toutefois quelques traces.

Par exemple, et c'est une subsistance du collectif, le verbe d'un sujet neutre pluriel se met au singulier:

Ta_ zw=|a tre/xei, Les animaux courent ; Ta_ fu/lla fu/etai,Les feuilles poussent

Il existe enfin un pluriel de majesté, comme en hébreu, encore appelé pluriel emphatique; il est rare, mais le contexte permet de le déceler.

3.2 Genre

Comme le latin, le grec connaît le masculin, le féminin et le neutre. Le neutre désigne les choses inanimées, mais pas exclusivement (to_ paidi/on, le petit enfant).

3.3 Cas

Il y a cinq cas : nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif. Par rapport à l'indo-européen, le grec a perdu l'ablatif (que le latin a gardé par ailleurs), le locatif et l'instrumental. Ces deux derniers se sont reportés sur le datif, cependant qu'au génétif ont échu les fonctions de l'ablatif.

3.3.1 Nominatif

Cas du sujet et de l'attribut. Question : qui ?

H( de_ kwmw|dia e)sti/n...mi/mhsij faulote/rwn, La comédie est l'imitation d'hommes inférieurs (Aristote, Poétique).

H( kwmw|dia = sujet | mi/mhsij = attribut > tous deux au nominatif

Gunaiki_ ko/smoj o( tro/poj, ou) ta_ xrusi/a, La parure d'une femme, ce sont ses manières, non ses bijoux (Ménandre, Maximes)

o( tro/poj = sujet | ko/smoj = attribut

A)/nqrwpoj fu/sei politiko_n zw=|on, L'homme est par nature un animal politique (Aristote, Politique)

a)/nqrwpoj = sa désinence -oj, caractéristique du nominatif (2e déclinaison) indique qu'il est sujet.

3.3.2 Vocatif

C'est le cas de l'interpellation, fréquent dans les discours.

o(/ti me_n, w)= a)/ndrej A)qhnai=oi, pepo/nqate u(po_ tw=n e)mw=n kathgo/rwn, ou)k oi)=da, Je ne sais, Athéniens, quelle impression mes accusateurs ont faite sur vous (Platon, Apologie de Socrate)

)=W fi/le Fai=dre, poi= dh_ kai_ po/qen ; Où vas-tu donc, mon cher Phèdre, et d'où viens-tu ? (¨Platon, Phèdre)

3.3.3 Accusatif

C'est essentiellement le cas du complément d'objet direct. Question : quoi ?

Il indique :

- le COD ou l'attribut du COD (Terpno_n kako_n pe/fuken a)nqrwpoij gunh/, La femme est, par nature, un agréable mal pour les hommes - Ménandre, Maximes) : kako/n, COD, terpno/n, attribut du COD

- le mouvement : dans l'espace (ei)j th_n qa/lattan, vers la mer) , dans le temps (ei)j h(li/ou du/sin, jusqu'au coucher du soleil), dans la pensée (a(marta/nw ei)j se/, j'ai des torts envers toi)

- l'extension : dans l'espace (ti/ gi/gnetai kata_ th_n po/lin; que se passe-t-il dans la ville ?), dans le temps (la durée) : o(/lhn h(me/ran, pendant toute la journée

- la relation : kalo\j ei)= tou\j o)fqalmou/j, tu as de beaux yeux ; Qauma/sioj th_n a)reth_n, admirable de vertu

Il est aussi employé de manière adverbiale, ou encore comme sujet d'une proposition infinitive ou participiale.

L'usage permet de saisir l'ensemble de ses affectations.

3.3.4 Génitif

C'est le cas du complément du nom. Question : de qui ? de quoi ?

Sa syntaxe est subtile, car il a hérité de l'ablatif indo-européen, et sert par exemple à des constructions comme le génitif absolu (comparable à l'ablatif absolu latin). Ceci sera aborté ultérieurement.

Le génitif indique :

- le CDN : h)/ggike h( basilei/a tw=n ou)ranw=n, Le royaume des cieux s'est approché (Mat. 3:2); e(spe/ran bi/ou, le soir de la vie ; tw=n kalw=n ka)gaqw=n a)ndrw=n e)/rga, les oeuvres des gentilshommes (Xénophon, Banquet)

- la possession : Ku/rie, o( qe/oj mou, (Psaumes 7:2, LXX) Seigneur, mon Dieu (litt. Dieu de moi) Notez l'accentuation de qe/oj devant l'enclitique

- le partitif : tw=n gunaikw=n ou)demi/a a)/fwnoj e)sti, aucune femme n'est muette [des femmes, aucune... | parmi les femmes,...] ; oi( xrhstoi_ tw=n a)nqrw/pwn, ceux des hommes qui sont honnêtes ; Ti/j h(mw=n, qui d'entre nous ?

- le complément du comparatif ou du superlatif : Sofw/teroj e)stin e)mou=, il est plus sage que moi ; Ou)deni_ ma=llon pisteu/w tou= patro/j, je ne me fie à personne plus qu'à mon père ; h( i)sxurote/ra tw=n xeirw=n, la plus forte des deux mains.

- le complément d'agent : paideu/etai u(po_ tou= didaska/lou, il est éduqué par le maître.

- le temps : h(me/raj kai_ nukto/j, jour et nuit (Marc 5:5); xeimw=noj, en hiver (Matthieu 24:20)

Dans le Nouveau Testament, le génitif est le cas le plus employé. Outre les affectations qu'elle tire de la langue grecque classique, la koinê compte également un génitif de qualité (influence de l'hébreu : sémitisme). (cf. Grammaire grecque du Nouveau Testament, M. Carrez, pp.124-127)

Vous découvrirez au fur et à mesure les autres emplois du génitif (vous pouvez vous reporter par ex. Nouvelle Grammaire Grecque, Bertrand, p.42-43, §38)

3.3.5 Datif

C'est le cas du complément d'attribution et d'intérêt principalement. Question : à quoi ? à quoi ?

Il a hérité du locatif et de l'instrumental de l'indo-européen. Dans le N.T., il est de plus en plus employé avec des particules.

Il indique :

- l'attribution : Di/dwmi e)sqh=ta ptwxw|, je donne un vêtement à un pauvre

- l'intérêt : h(de/a moi le/geij, tu me dis des choses agréables (cf. Grammaire, Ragon, p.154 § 219) ; mh_ merimna=te th=| yuxh=| u(mw=n, ne vous inquiétez pas pour votre âme (Matthieu 6:25)

- le complément d'agent d'un adjectif en -te/oj :tou=to/ moi prakte/on e)sti/, je dois faire cela

- l'instrumental (moyen, instrument, point de vue, cause, motif d'une action) : Qana/tw| zhmiou=n, punir de mort ; panti_ tro/pw|, de toute manière ; o)rgh=| ba/llei me li/qoij, sous le coup de la colère, il me jette des pierres.

- le locatif, avec préposition : (1) locatif spatial : [fwnh/] khru/sswn e)n th=| e)rh/mw| (vox clamans in deserto) - une voix criant dans le désert (Matthieu 3:2 ) (2) locatif temporel : e)n th=| e)sxa/th| h(me/ra|, au dernier jour (Jean 7:37) ; th=| u(sterai/a|, le lendemain

 

[ LEÇON 4 ]

 

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