ACADEMIE

 

A défaut de pouvoir conquérir le pouvoir politique dans la cité, Platon décide de conquérir les esprits des jeunes Athéniens qui appartiennent à l'élite. Il fonde l'Académie, école de la Grèce, avant de devenir celle de Rome, puis de l'Occident tout entier.

 

Philippe-Jean Quillien

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Contraint de refouler sa vocation politique à cause de son appartenance aux milieux aristocratiques, Platon (427-347) fonde en 387 sa propre «université», l'Académie. Elle prend la forme d'une association religieuse consacrée au culte des Muses. Son siège est un sanctuaire situé à l'ombre du bois consacré au héros Académos, dans un lieu écarté de la banlieue nord d'Athènes.

 

Les leçons et les entretiens commencent tôt le matin. Pour que les horaires soient respectés, Platon lui-même construit un réveil qui, en émettant un sifflement, appelle les étudiants dans les salles de cours. Les disciples vivent en effet dans de petites maisons dispersées autour du jardin de l'Académie.

 

Les membres de la confrérie académique se sentent étroitement unis par des liens d'amitié ou d'amour. Le soir, ils se retrouvent parfois pour des “beuveries en commun”, des banquets (sumposia), qui constituent un élément important de l'éducation grecque.

 

Les deux principales disciplines sont les mathématiques et la philosophie. Nul ne doit en effet entrer à l'Académie s'il n'est pas géomètre. De l'étude des mathématiques, qui constitue une innovation d'une immense portée pédagogique, Platon attend maints effets éducatifs.

 

Les mathématiques constituent d'abord une excellente gymnastique de l'esprit, à qui elles font acquérir facilité, mémoire, vivacité. Elles apprennent surtout à libérer l'esprit des apparences sensibles, elles l'exercent à la conquête et à la compréhension des vérités intelligibles.

 

Mais le programme très complet de mathématiques (arithmétique, géométrie, astronomie, acoustique) joue un rôle avant tout propédeutique. Il doit rendre les esprits capables d'aborder la science des sciences, la philosophie, grâce à la dialectique. Pour Platon, en effet, l'objectif suprême de l'éducation est d'amener les étudiants à connaître le monde transcendant des Formes ou des Idées (eid), éclairé par le soleil du Bien, dont les réalités terrestres ne sont que de pâles reflets.

 

Mais Platon ne permet pas à ses étudiants de se perdre dans une contemplation mystique. Après avoir admiré le Bien, ils doivent redescendre dans la caverne pour mettre leur science absolue au service de leurs concitoyens. L'Académie constitue une véritable pépinière, non seulement de philosophes et de mathématiciens, mais aussi d'hommes d'Etat, athéniens ou non.

 

Dans son traité Contre Colotès, Plutarque établit une liste, non exhaustive, des hommes d'Etat que Platon a essaimé à travers tout le monde hellénique : Dion de Syracuse, Python et Héraclide, libérateurs de la Thrace ; Chabrias et Phocion, les grands stratèges athéniens ; Aristonymos, législateur de Mégalopolis d'Arcadie, Phormion d'Elée, Ménèdème de Pyrrha, Eudoxe de Cnide, Aristote de Stagire ; Xénocrate, enfin, le conseiller d'Alexandre...

 

Pour réformer l'esprit et l'âme des Athéniens, Platon fonde l'Académie, qui finit par devenir l'école de toute la Grèce puis celle de Rome. Il ne faut rien moins qu'un décret de l'empereur Justinien, en 529, pour fermer la plus grande université de la Grèce païenne. Mais les chrétiens continueront pourtant d'apprendre sur les bancs du “divin Platon”. Puis l'esprit académique influencera des générations de penseurs européens.