Comme
Alexandre, qu'il accompagne jusqu'en Inde, Pyrrhon représente la fin d'une
époque et le commencement d'un âge nouveau. Le fondateur de l'école sceptique
renonce aux certitudes, pour s'endormir sur le mol oreiller du doute.
Philippe-Jean
Quillien
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Pyrrhon
(v.365-v.270) naît à Elis, cité du Péloponnèse chargée de l'organisation des
Jeux olympiques. Tous les quatre ans, les Eléens accueillent, non seulement des
participants de toute la Grèce, mais aussi des spectateurs barbares venus
d'Egypte, de Lybie, de Sicile... Dès son enfance, Pyrrhon est donc mis en
présence du genre humain dans la diversité des peuples qui le composent.
Son
maître en philosophie, Anaxarque (surnommé le Bienheureux), lui fait découvrir
les contradictions infinies des idées et des doctrines. Dans Homère et
Démocrite, Pyrrhon admire tout ce qui concerne la faiblesse, les vaines
agitations et les occupations puériles des hommes.
Comme
Anaxarque, Pyrrhon accompagne jusqu'en Inde Alexandre le Grand, dans
l'entourage duquel il vit, aux côtés duquel il combat. La rencontre avec les
gymnosophistes indiens, nus, impassibles, détachés de tout, lui confirme que
l'homme n'est rien, une ombre, un néant.
Comment
Pyrrhon n'aurait-il pas pensé que la véritable nature des choses est
inaccessible à l'homme ? A leur endroit, il décide de suspendre son jugement
(epoch) et de s'efforcer à l'indifférence. Quant aux autres philosophes, qui
osent déterminer l'indéterminable, il les qualifie de “dogmatiques” (“qui se
fondent sur des principes”).
De
retour à Elis, sans doute vers 322, Pyrrhon fonde l'école sceptique. Cet ascète
grec, qui méprise la dialectique, tâche surtout de conformer sa vie à ses
“théories”. Réellement indifférent, sans passions, il jouit de la plus parfaite
tranquillité de l'âme (ataraxie).
Non
seulement ce philosophe bienheureux s'attache durablement des disciples, tels
Nausiphane de Téos et Timon de Phlionte, auteur des Silles (silloi, “poèmes qui
louchent”, “pamphlets”). Mais les Eléens estiment tellement ce citoyen
respectueux des lois et des mœurs, qu'il le nomme chef des prêtres et, à sa
mort, lui élèvent une statue.