Un
mot peut cacher une idée.
Etonnante
démocratie grecque, où le peuple, souverain dans les affaires publiques, est
esclave dans tous les rapports privés. Démocratie fondamentalement
esclavagiste, impérialiste et phallocratique, qui pourtant continue de nous
faire rêver.
Philippe-Jean
Quillien
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Si des
Grecs, si Périclès, Platon, Démosthène ou Aristote faisaient un voyage d'étude
dans l'Occident du XXe siècle, ils considéreraient sans doute les régimes
“démocratiques” dont nous sommes si fiers comme des monarchies ou comme des
aristocraties électives, ou encore comme des ploutocraties.
A
l'inverse, un Occidental qu'une machine à remonter le temps conduirait dans
l'Athènes du Ve siècle jugerait insupportable la vie dans cette cité
“totalitaire”, qui assujettit complètement les hommes au pouvoir politique, qui
ne garantit pas aux individus le droit de dire leur opinion, de choisir leur
religion, de disposer de leur propriété...
Avant
d'être une idée, la démocratie grecque a été un fait. Ce n'est pas à Athènes,
mais sur l'île de Chios qu'est née la démocratie. Là, pour la première fois,
l'autorité souveraine est assumée par le peuple citoyen réuni en assemblée, et
non plus par la vieille aristocratie des “clans” ou gén. Mais les
circonstances de cette naissance comme les caractéristiques de la démocratie
chiote demeurent inconnues.
En
revanche, dans sa Constitution d'Athènes, Aristote retrace l'évolution de la
plus puissante et sans doute la plus achevée des démocraties grecques, dont les
historiens antiques se plaisent à raconter la grandeur et la décadence. Le
rayonnement et le prestige des institutions athéniennes après les guerres
médiques favorisent la propagation de la démocratie dans tout le monde grec. Il
n'est pas rare qu'Athènes, puissance impérialiste, impose manu militari, aux
cités alliées en droit mais vassales en fait, des institutions démocratiques
copiées sur les siennes.
Même au
IVe siècle, après la dissolution de l'empire athénien et l'essor de la
monarchie macédonienne, la démocratie semble constituer le régime politique le
plus répandu dans les centaines de cités grecques. Après avoir libéré les cités
ioniennes du joug perse, Alexandre le Grand leur donne des institutions
démocratiques. Dans les grandes monarchies hellénistiques, la démocratie se
généralise au niveau des cités. Mais il s'agit désormais de gestion municipale
plutôt que d'administration étatique.
Dans
une démocratie, le principe fondamental est l'égalité, comme le proclame avec
éloquence Périclès (ou du moins Thucydide faisant parler Périclès). Dans la
cité archaïque et aristocratique, le pouvoir politique était un privilège de
caste ou de clan. Dans la cité démocratique qui se développe à l'époque
classique, il devient un droit et un devoir de tous les citoyens, fussent-ils
de modestes artisans ou de petits paysans. L'autorité souveraine appartient au
dêmos. Aussi ambigu en grec qu'en français, le terme dêmos désigne à la fois le
petit peuple par rapport aux riches et aux notables, et la totalité du corps
civique.
Les
Athéniens, toujours à la recherche de Pères fondateurs, avaient tendance à
attribuer une grand partie de leur constitution démocratique au législateur
Solon. En vérité, même si leurs institutions sont le fruit d'une longue
évolution, ponctuée de crises sociales (notamment agraires) et politiques,
accompagnant le progrès des techniques militaires (importance croissante des
hoplites, c'est-à-dire des fantassins, et des marins), l'instauration de la
démocratie athénienne paraît plus tardive.
Le
modèle athénien
C'est
Clisthène qui établit l'organisation territoriale sur laquelle s'élabore toute
la structure démocratique d'Athènes. En 508, après la chute de la tyrannie des
Pisistratides, il réussit à remodeler l'espace de la cité. Après avoir élargi
le corps des citoyens, il crée une nouvelle subdivision administrative, le dème
(dêmos), qu'on peut traduire par “canton” : désormais, un Athénien ne sera plus
désigné par le nom de son père, mais par celui du dème où il vit. Les dèmes
sont regroupés dans des sortes d'“arrondissement” ou trittyes.
Enfin,
Clisthène répartit tous les Athéniens, sans distinction d'origine, dans dix
tribus territoriales. Pour mieux mélanger les différentes parties de la
population et dissoudre ces liens de clientèle qui font la puissance des
familles aristocratiques, il affecte à chaque tribu une trittye faisant partie
de la ville (“arrondissement” urbain), une autre de l'intérieur de l'Attique
(“arrondissement” rural) et la dernière de la région côtière (“arrondissement”
maritime). Cette organisation géométrique, qui fait songer aux découpages
administratifs de la France révolutionnaire et bonapartiste, vise à affaiblir
les liens du passé et le poids de la tradition. Certains historiens distinguent
également dans cette structure rationnelle l'influence philosophique des penseurs
milésiens.
Selon
Hérodote, Clisthène, membre de la vieille aristocratie (son père est un
Alcméonide), est un ambitieux qui, comme Pisistrate avant lui, prend le parti
du peuple pour arracher le pouvoir à Isagoras, chef du parti aristocratique. Loin
d'être inspiré par des convictions doctrinales, il aurait détruit les cadres de
la société traditionnelle et réorganisé le corps civique de façon à obtenir le
soutien du dêmos. Comme l'écrit le père de l'histoire, il “fit entrer le peuple
dans sa clientèle”.
Le même
reproche sera fait à Périclès lorsqu'il instituera la rémunération des
fonctions publiques (misthos). On l'accusera de se constituer une clientèle aux
frais de la cité, pour faire pièce à son richissime adversaire Cimon, dont la
clientèle se compose de tous ceux qu'il laisse gratuitement profiter des fruits
de ses vastes domaines.
Quelles
institutions caractérisent une cité démocratique ?
Composée
de tous les citoyens mâles âgés de plus de dix-huit ans, l'ekkêsia athénienne
se réunit, sur la colline de la Pnyx, au moins quarante fois par an. Elle a
pour ainsi dire tous les pouvoirs, sauf celui de changer un homme en femme :
désignation et contrôle des principaux magistrats ; vote des lois et des
décrets ; décision de faire la guerre et la paix ; choix des alliances ;
préparation de la guerre ; organisation des finances ; jugement des affaires
les plus graves, notamment des atteintes à la sûreté de l'Etat...
Chaque
citoyen peut proposer une motion à l'assemblée ou prendre la parole dans un
débat. Sans doute, la terrible menace de l'accusation pour illégalité (la
graphê paranomôn a pour objet de punir celui qui propose une loi contraire aux
lois existantes), plus simplement le sentiment d'incompétence et la peur du
ridicule, limitent-ils les initiatives individuelles.
Mais
les écrivains du Ve et du IVe siècle ne donnent pas une image très flatteuse
des délibérations populaires. Dans L'Assemblée des femmes, Aristophane compare
les décrets de l'assemblée à des actes commis en état d'ivresse. Cinquante ans
plus tard, Isocrate reproche à ses concitoyens de changer plusieurs fois d'avis
dans une même journée et d'adopter des mesures qu'ils ne tardent pas à blâmer.
Pour
assurer la continuité de la souveraineté populaire, l'assemblée délègue une
partie de ses pouvoirs à un conseil permanent, la boul. Au nombre de cinq
cents, les bouleutes sont chaque année tirés au sort, à raison de cinquante par
tribu, parmi les citoyens volontaires. Au sein de ce conseil populaire, il
existe une sorte de présidence collégiale et tournante. Pendant 1/10 de
l'année, les cinquante bouleutes de chaque tribu exercent la prytanie. Les
prytanes sont chargés de convoquer le conseil et de garder la cité, de jour
comme de nuit. C'est pourquoi, pendant le temps de leur prytanie, ils logent
dans un édifice qui leur est spécialement affecté, la Tholos.
En
dehors de ses importantes compétences judiciaires, les fonctions essentielles
de la boul consistent à préparer et à exécuter les décrets de l'ekklêsia, mais
aussi, en cas d'urgence, à prendre des décisions autonomes. Au Ve siècle, elle
paraît le véritable centre de toute l'administration de la cité, dont elle
surveille les magistrats, la politique étrangère, l'organisation militaire et
les finances.
Chargés
de l'exécution des lois, les magistrats sont des délégués du peuple souverain.
En principe, les magistratures sont ouvertes à tous, annuelles et collégiales.
La mistophorie, c'est-à-dire la rémunération des fonctions publiques, a
précisement pour objet de permettre à chacun de servir la cité pendant un an.
Conséquence de ce droit reconnu à tous, de nombreuses responsabilités sont
attribuées par un tirage au sort, selon une procédure compliquée qui assure une
égalité de représentation entre les différentes tribus.
Même si
les dieux de la cité président à ce mode de recrutement, tous les philosophes,
à commencer par Socrate et ses disciples (Antisthène aussi bien que Platon),
ont critiqué et rejeté un système aussi hasardeux, susceptible de promouvoir le
plus demeuré ou le plus malhonnête des citoyens. On peut penser que les
démocrates athéniens, sensibles aux inconvénients du procédé, profitaient de la
procédure de la docimasie (examen de l'“éligibilité” du magistrat, préalable à
son entrée en fonction), pour effectuer une certaine sélection. D'autre part,
la rémunération des magistrats est trop modeste pour assurer à elle seule leur
subsistance. Les citoyens les plus aisés, financièrement capables de négliger
leurs affaires privées pendant toute une année, devaient donc constituer la
majorité des candidats.
En
fait, Athènes n'a jamais connu la démocratie absolue qu'Aristote définit dans
La Politique : régime où toutes les charges sont ouvertes à tous. Pour les
fonctions les plus importantes, notamment les stratèges et les trésoriers, des
conditions de cens sont imposées. Les détenteurs sont en effet appelés à
répondre sur leur fortune personnelle des fonds confiés par la cité. Le
mécanisme de sélection consiste à réserver certaines magistratures aux membres d'une
ou de plusieurs des quatre classes censitaires instituées par Solon :
pentacosiomédimnes, dont le revenu annuel, en mesures de blé, n'est pas
inférieur à 500 médimnes ; hippeis, “cavaliers”, c'està-dire assez riches pour
entretenir un cheval ; zeugites, capables d'entretenir un attelage, zugon, de
bœufs ; thètes, dépourvus de terres.
D'autre
part, les magistratures essentielles, militaires et financières surtout, sont
soumises à l'élection. C'est pourquoi elles continuent en fait d'être assumées
par les membres des familles aristocratiques, tel Périclès, ou en tout cas
aisées, par exemple Démosthène, qui ont pu se former et se préparer au métier
politique en étudiant notamment la rhétorique.
Au Ve
siècle, les stratèges, au nombre de dix, sont les principaux magistrats de la
cité. Chargés de la conduite de la guerre, ils doivent sans cesse défendre leur
politique devant l'assemblée. Orateurs habiles, ils influencent, voire
contrôlent, toute la politique extérieure et intérieure (notamment financière).
C'est comme stratège que Thémistocle gouverne Athènes pendant la deuxième
guerre médique. C'est bien sûr Périclès qui, en exerçant la stratégie sans
discontinuer pendant quinze ans, achève d'en faire la magistrature suprême.
Jusqu'au début du IVe siècle, tous les grands noms de l'histoire politique
athénienne sont ceux de stratèges. Ensuite, ces magistrats tendent à retrouver
leur spécialisation militaire.
Si le
plus ancien tribunal d'Athènes est l'Aréopage (composé d'anciens magistrats),
compétent au Ve siècle en matière religieuse et criminelle, le plus important
est sans conteste l'Héliée. Plus qu'une simple cour de justice, ce tribunal
populaire constitue un véritable organe de la vie politique.
Chaque
année, on tire au sort 6 000 juges (600 par tribu) parmi les citoyens de plus
de trente ans qui se portent volontaires. Les séances plénières sont
exceptionnelles. Généralement, les héliastes jugent en sections de taille
variable : un jury ordinaire, comme celui qui condamne Socrate, comprend 501 citoyens.
Ce sont souvent des hommes âgés et peu fortunés, pour qui le misthos constitue
un complément de ressources non négligeable.
Si l'on
en croit Aristophane dans Les Guêpes, les critiques des philosophes, les
plaidoiries des orateurs, ce tribunal populaire ne brillait pas par l'équité ni
par la rationalité de ses jugements. Quand les juges n'étaient pas achetés, ils
persécutaient les citoyens les plus riches : au IVe siècle, leur salaire est
financé par la vente des biens confisqués !
On le
voit, la démocratie athénienne, même au siècle de Périclès, n'est pas le régime
idyllique chanté par certains auteurs de manuel. Elle connaît bien des limites,
d'allure paradoxale.
D'une
part, l'assemblée et le tribunal populaires ne sont pas représentatifs de
l'ensemble du peuple athénien. Sur les 30 000 à 40 000 citoyens que compte la
cité, seuls quelques milliers se pressent régulièrement aux séances de
l'ekklêsia. Le quorum de 6 000 votants exigé pour les décisions les plus
importantes indique assez que ce nombre n'était pas ordinairement atteint.
La plus
grande partie des citoyens, peut-être les 4/5 au début du IVe siècle, sont des
paysans tirant péniblement leur subsistance d'un petit lot de terre, qu'ils
cultivent eux-mêmes avec l'aide d'un ou deux esclaves. D'après Aristophane
aussi bien qu'Aristote, ils hésitent à se rendre en ville pour participer aux
assemblées, sauf si la décision débattue les concerne directement.
Le
dêmos urbain, composé d'hommes habitant dans les faubourgs d'Athènes et du Pirée,
fournit le gros bataillon de ceux qui fréquentent l'assemblée avec assiduité.
Dans le Protagoras de Platon, Socrate mentionne surtout des forgerons, des
charpentiers, des cordonniers, des petits marchands, souvent âgés, qui viennent
chercher dans les salaires publics un complément à leurs maigres revenus. C'est
pourquoi les théoriciens politiques de l'Antiquité présentent souvent Athènes
comme un régime où les pauvres, détenteurs du pouvoir, font la guerre aux
riches, sur qui pèsent de lourdes charges fiscales et militaires.
Au
sommet de l'Etat, pourtant, les classes supérieures dominent d'une façon
écrasante. Les plus grands noms de l'histoire athénienne, de Clisthène
(Alcméonide) à Alcibiade (apparenté aux Alcméonides, pupille de Périclès) en
passant par Périclès (Alcméonide), appartiennent à des familles nobles ou
riches, influentes en tout cas. A l'école de Protagoras, d'Isocrate ou de
Platon, ils se sont donné les moyens de réussir dans la carrière politique. Ils
ont appris à argumenter, à convaincre, à séduire leurs concitoyens. Vivant de
leurs rentes, ils peuvent consacrer la plus grande partie de leur temps à la
gestion des affaires de la cité.
Thucydide,
qui il est vrai appartient au parti aristocratique, décrit le régime institué
par Périclès comme une monarchie élective, qui n'a de démocratie que le nom,
tant le stratège exerce une forte domination. A la fin du Ve siècle, le terme
démagogue, “meneur de peuple”, fait son apparition, pour désigner l'orateur
habile qui, magistrat ou non, détermine par ses discours le vote populaire. Le
plus tristement célèbre est sans doute Cléon, à jamais cloué au pilori par
Thucydide et Aristophane.
Démocratie
antique Démocratie moderne
Un bon
Européen de la fin du XXe siècle découvre, pour s'en étonner ou s'en
scandaliser, d'autres limites à la démocratie athénienne, qui dans l'Antiquité
semblaient conformes à l'ordre des choses. Ainsi les femmes sont totalement
exclues de l'espace civique. Surtout, cette démocratie masculine est fondée sur
l'esclavage.
A
Athènes, les esclaves sont nombreux. La seule indication chiffrée provient d'un
recensement qui aurait été fait à la fin du IVe siècle et aurait compté 400 000
esclaves en Attique (chiffre souvent contesté par les historiens contemporains,
pour des raisons plus idéologiques que scientifiques). Même un philosophe aussi
pauvre que le jeune Epicure possède un esclave. Le père de l'orateur Démosthène
en compte plus de cinquante à son service.
Or la
démocratie directe et l'esclavage sont indissolublement liés. C'est l'esclavage
qui permet aux citoyens de consacrer une partie de leur temps à la gestion des
affaires de la cité. C'est parce que même les modestes artisans et les petits
paysans possèdent des esclaves, qu'ils peuvent participer aux séances de
l'assemblée ou exercer des magistratures. Comme l'écrit bellement l'historien
Moses I. Finley, “un aspect de l'histoire grecque est le progrès, main dans la
main, de l'esclavage et de la liberté”.
Enfin,
dernière injustice selon les critères actuels, les “alliés” d'Athènes en fait
ses sujets sont contraints de financer la démocratie athénienne. En effet,
celle-ci exige beaucoup d'argent, pour indemniser les citoyens qui se
consacrent au service de la cité au détriment de leur travail. Les membres de la
ligue de Délos doivent acquitter des contributions de plus en plus lourdes au
fur et à mesure que se perfectionne la démocratie et que se généralise la
pratique du misthos. D'où leurs fréquentes révoltes. Autrement dit, un aspect
de l'histoire athénienne est le progrès, main dans la main, de l'impérialisme
et de la liberté.
Il ne
faut pas confondre démocratie antique et démocratie moderne. La première est
directe, et donc esclavagiste, impérialiste. La seconde ne peut être que
représentative. Dans la première, tous les pouvoirs appartiennent au peuple.
Dans la seconde, les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires sont
séparés.
Surtout,
la démocratie antique ne reconnaît aux citoyens aucun droit individuel, naturel
et imprescriptible. Elle ne leur garantit aucune des libertés modernes
(d'expression, de culte, de réunion, d'association, etc.). Toutes les actions
privées sont soumises au contrôle de la cité. Sans doute, les Athéniens
jouissent en fait d'une certaine indépendance. Mais ils sont bien plus asservis
au corps social qu'on ne l'est aujourd'hui dans n'importe quel Etat occidental.
Comme
l'écrit Benjamin Constant au début du siècle dernier, le citoyen athénien,
“souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans
tous ses rapports privés”. Tandis que chez les Modernes, “l'individu,
indépendant dans sa vie privée, n'est, même dans les Etats les plus libres,
souverain qu'en apparence”. Il n'exerce sa souveraineté qu'une fois tous les
cinq ou sept ans, pour aussitôt l'abdiquer. C'est pourquoi tout Athénien du Ve
siècle, de sentiment démocratique ou aristocratique, nous exclurait du camp des
hommes libres, pour nous renvoyer aux côtés des sujets de l'empereur perse.
Mais,
pour notre plus grand bonheur, l'instauration de la démocratie s'est combinée
avec la manie spécifiquement grecque de discuter, d'argumenter, de justifier,
de dégager des principes de forme universelle. Les concepts que les philosophes
définissent dans ce grand débat sur la nature des régimes politiques et sur le
choix du meilleur gouvernement comptent davantage que les réalisations
controversées de la démocratie athénienne. Qu'importent même les décisions de
Solon, de Clisthène et de Périclès, pourvu qu'on ait les réflexions de Socrate,
de Platon et d'Aristote qui sont, elles, toujours actuelles !