Dans
toute la Grèce, on raille ceux qui ne savent “ni nager, ni lire”. Publique et
militariste à Sparte, privée et humaniste à Athènes, l'école est obligatoire
pour les fils et parfois les filles de citoyens. Quelques-uns ont même le
privilège d'aller à l'université”, qui est une invention des Grecs.
Philippe-Jean
Quillien
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A
l'origine, il n'existe pas de différences sensibles entre la culture et
l'éducation des différentes régions de la Grèce. Dans toutes les cités,
traditionnelles et aristocratiques, la vraie valeur ou la vertu (aret) passe
pour innée. On la possède par hérédité, on la cultive en suivant les traditions
et en imitant les ancêtres. L'objet de l'éducation archaïque est parfaitement
résumé dans un vers du Philoctète de Sophocle : “Tu as montré, enfant, la
nature d'où tu es né” (1310).
Très
tôt Homère s'impose comme l'éducateur de la Grèce. Inépuisables albums de
prouesses à égaler et de héros à imiter, l'Iliade et l'Odyssée constituent une
sorte de traité de l'éthique chevaleresque. Achille incarne idéalement cette
morale héroïque de l'honneur. En parant de gloire les exploits des Anciens,
l'aède, écrira Platon, a fait “l'éducation de la postérité”. Pendant des
siècles, l'Iliade et l'Odyssée composeront la Bible des Grecs. Alexandre s'est
pensé et s'est rêvé comme un nouvel Achille.
Dans la
Grèce archaïque, il n'existe pas d'organisation collective de l'éducation des
enfants et des adolescents. Laissé à la responsabilité de la famille,
l'enseignement est assuré par un parent, par un gouverneur ou, notamment en
pays dorien (Sparte, Thèbes, Crète) par un amant plus âgé (éraste).
L'école
n'est pas une invention des Grecs. Dans les palais minoens et mycéniens, on
croit reconnaître, çà et là, la place d'écoles. En Egypte ou en Mésopotamie,
des enfants ont également souffert dans des salles de classe. Mais,
principalement vouées à l'apprentissage de l'écriture, ces écoles proposent un
enseignement de caste. Elles forment l'élite sociale et administrative, les
fonctionnaires et les scribes, à tenir les comptes, classer les archives, rédiger
les ordres...
Qu'elle
soit oligarchique ou démocratique, la cité grecque classique démocratise
l'éducation. Ouvertes à tous les fils de citoyens, les écoles se développent à
partir du VIe siècle, malgré l'hostilité de la vieille noblesse. Au témoignage
d'Eschine, Dracon et Solon édictent déjà des règlements pédagogiques sur les
heures de classe. Mais les poètes aristocrates n'ont que mépris pour les
parvenus de la culture, les mathontes, “ceux qui ne savent que pour avoir
appris”. Dans les poèmes adressés à Kyrnos, éphèbe dont il est amoureux,
Théognis de Mégare (première ou deuxième moitié du VIe siècle) exprime avec
passion son attachement aux valeurs de l'éducation aristocratique et
pédérastique.
Dans
les écoles grecques, on apprend une profession, on se donne les moyens de faire
son métier d'homme, de citoyen et de soldat. Dans toute la Grèce, on raille
ceux qui ne savent “ni nager, ni lire”. En raison de cette formidable pression
sociale, éventuellement confortée par une loi imposant aux familles la
scolarisation de leurs enfants, il ne semble pas avoir existé beaucoup
d'illettrés parmi les citoyens. Au demeurant, la participation à la vie de la
cité exige de savoir lire et même écrire. A Athènes, dans la procédure
d'ostracisme (banissement temporaire), les citoyens (6000 au minimum) doivent
inscrire sur un tesson (ostrakon) le nom de la personne qu'ils souhaitent voir
condamner. A Syracuse, l'institution s'appelle “pétalisme”, car on écrit les
noms sur des feuilles d'olivier (petala).
Dès le
VIe siècle, en éducation comme en politique, Athènes et Sparte proposent deux
modèles absolument opposés : organisation libérale, enseignement privé et
éducation “humaniste” en Attique ; organisation totalitaire, enseignement
étatique et éducation militariste en Laconie.
Le
modèle spartiate
La
toute-puissance de l'Etat lacédémonien s'exerce sur l'enfant comme sur
l'adulte. A l'âge de sept ans, le garçon est enlevé à ses parents et confié à
l'Etat, qui règle et assure souverainement son éducation. Un magistrat, le
pædonome (paidonomos), dirige ce service public. Les enfants sont groupés en
classes (agelai) et instruits en commun par des maîtres désignés par l'Etat,
selon un programme uniforme fixé par l'Etat.
Le but
de l'éducation spartiate est de former des soldats valeureux et des citoyens
obéissants. Les études littéraires sont limitées. En apprenant par cœur les
poèmes d'Homère et quelques chants guerriers, on apprend à lire et à écrire. La
musique n'est pas absente de l'éducation des garçons. Mais elle est asservie à
des fins militaires. Si l'on rythme les parades de guerre, si l'on cadence
fortement les pyrrhiques (danses de guerre), c'est pour mieux entraîner les
corps à la bataille.
En
revanche, les exercices physiques et les épreuves morales tiennent la plus
grande place. Le garçon doit exceller dans la course, dans le lancement du
disque et du javelot, dans le maniement de toutes les armes. Des compétitions
sportives et des combats fictifs entre les membres d'une même classe permettent
de sélectionner les plus aptes au commandement et de former des corps d'élite.
Les garçons font très tôt l'expérience de combats véritables, en conduisant des
expéditions guerrières contre les serfs de Sparte, les hilotes, qu'ils sont
chargés de surveiller et autorisés à massacrer.
Du
point de vue psychologique, on cherche à fortifier l'instinct communautaire et
l'esprit de discipline. Une vertu fondamentale est l'obéissance, qu'on inculque
par un système minutieux de récompenses et de punitions. A chaque étape de sa
formation, le garçon est soumis aux ordres d'un citoyen plus âgé. D'après
Plutarque, le grand législateur spartiate Licurgue “accoutuma les citoyens à ne
pas vouloir, à ne pas même savoir vivre seuls, à être toujours, comme les
abeilles, unis pour le bien public autour de leurs chefs.”
Par-dessus
tout, on cultive et on honore le courage militaire l'aptitude à tenir bon dans
la bataille. Comme le chante le poète spartiate Tyrtée, “c'est là la vraie
valeur, aret, c'est là le plus haut prix qu'un homme puisse obtenir parmi les
hommes ; c'est un bien communautaire, utile à la cité et au peuple tout entier,
que chacun, bien campé sur ses deux jambes, tienne bon en première ligne,
chassant de son cœur toute idée de fuite.”
Ce
dressage civique et militaire, fait de dévouement à la patrie et d'obéissance
aux lois, se développe dans un climat d'austérité et d'ascétisme. L'éducation
spartiate cherche à développer chez l'enfant la résistance à la douleur. Mal
vêtu, la tête rasée et sans coiffure, pieds nus, il couche sur une paillasse en
roseaux de l'Eurotas, garnie en hiver de bourre de chardon. On lui donne peu de
nourriture, afin de l'habituer à en voler sans se faire prendre (dans le cas
contraire, il est battu). Chaque année, les jeunes Lacédémoniens sont fouettés
devant l'autel d'Artémis Orthia : cette cérémonie religieuse constitue une
sorte de concours d'endurance.
A
Sparte, les filles ne sont pas exclues de l'éducation publique. L'Etat leur
dispense aussi un enseignement strictement réglementé, où la musique, la danse
et le chant sont supplantés par la gymnastique et le sport. Car le premier
devoir de la femme spartiate est de devenir une mère féconde en enfants
vigoureux. Dans cette perspective eugéniste, on cherche à lui enlever toute
délicatesse et toute grâce féminines, en endurcissant son corps et en lui
imposant de s'exhiber nue dans les fêtes et les cérémonies.
Les
institutions pédagogiques fondées par Licurgue ont atteint leur but. Pendant
plusieurs siècles, elles ont formé de grands généraux et de nombreux vainqueurs
aux Jeux Olympiques (mais aucun grand homme d'esprit ou de science). Illustrée
par l'inutile vaillance de Léonidas, la valeur du fantassin spartiate est, à
l'époque classique, admirée de tous les Grecs, qui l'attribuent à la
supériorité du système éducatif. Elle assure la victoire de Sparte sur Athènes
dans la guerre du Péloponnèse. Il faut attendre la bataille de Leuctres, en
371, pour que prenne fin la suprématie lacédémonienne dans les combats
terrestres.
Le
modèle athénien
Comparée
à son éternelle rivale, Athènes apparaît comme le pays de la liberté et du
désordre, où même Platon, grand admirateur de Sparte, doit admettre qu'il fait
bon vivre. Les lois de la cité réglementent sans doute le fonctionnement des
écoles, qui ne peuvent ouvrir avant le lever du soleil ou après la tombée de la
nuit.
Mais
l'éducation est dispensée dans des locaux privés. Sorte d'école de quartier, le
didaskalion est la demeure particulière d'un maître. A l'aurore, les enfants
arrivent, accompagnés d'un esclave de leur père appelé pédagogue (paidagôgos),
chargé de les surveiller et de les punir. Indispensables à la pratique de la
gymnastique, les “salles de sport” ou palestres sont également dues à
l'entreprise individuelle. A Athènes, les grands gymnases publics ne sont
construits qu'au IVe siècle : l'Académie, le Lycée, le Cynosarge. En plus des
installations nécessaires aux exercices et à l'hygiène du corps, ils
comprennent des lieux réservés à la culture ou à la récréation de l'esprit, espaces
de réunion et de promenade, salles de conférences...
Les
maîtres sont librement choisis et fort mal payés par les parents. Aucune
exigence de compétence ou de diplôme n'est exigée par la cité. Ceux qui doivent
exercer ce métier pour subvenir à leurs besoins sont méprisés, citoyens
désargentés, “bourgeois déclassés”, comme le père d'Epicure et, se moquait-on,
Epicure lui-même. Il semble d'ailleurs paradoxal que l'Athénien, si fier de sa
paidea, en confie le soin à des hommes de peu voire à des hommes de rien, les
esclaves.
A
Athènes, “école de la Grèce”, l'éducation forme le corps, l'âme et l'esprit des
fils de citoyens. Elle reçoit pour finalité la kalokagathia, le fait d'être un
homme bel et bon, capable aussi de participer activement à la gestion des
affaires et à la défense des intérêts de la cité. Au cours de sa scolarité
élémentaire, le jeune Athénien fréquente trois maîtres, qui lui enseignent les
“lettres”, la musique et la gymnastique.
Sorte
d'instituteur, le grammatiste (grammatistês) “celui qui apprend les lettres”
enseigne la lecture, l'écriture, les éléments du calcul. Vers sept ans, l'élève
commence par apprendre à lire à haute voix, en passant des lettres aux syllabes
puis aux mots. Puis, assis sur un tabouret, tenant sur ses genoux des tablettes
enduites de cire, il s'exerce à écrire au moyen d'un stylet.
Tout au
long de sa scolarité, l'élève s'entraîne à apprendre par cœur des poésies
morales (comme les Chironeia), des récits d'actions héroïques, des vers
d'Hésiode, de Solon et surtout d'Homère. De la connaissance des poètes, on
attend une initiation à la sagesse, à l'expérience morale ou politique, à
l'apprentissage des êtres et du monde. Dans Le Banquet de Xénophon, un
personnage, Nikoratos, se souvient : “Mon père, désirant que je devienne un
homme accompli, me força à apprendre tout Homère ; aussi, même aujourd'hui,
suis-je capable de réciter par cœur l'Iliade et l'Odyssée.” Du grammatiste,
l'élève apprend enfin la pratique élémentaire du calcul et de la mesure.
Dans le
didaskalion également, le cithariste (kitharistês) assure l'enseignement
musical. L'élève apprend à jouer de la cithare (lyre munie d'une grande caisse
de résonance) et d'un instrument à vent appelé aulos (plus proche en vérité du
hautbois que de la flûte), à chanter, à déclamer en s'accompagnant de la lyre,
à danser.
A cet
apprentissage apparemment artistique, les Grecs prêtaient des vertus
essentiellement morales et civiques. La musique est indispensable à la
célébration du culte de la cité. Les grandes fêtes exigent la participation à
des danses et à des chants collectifs. En dansant et en chantant en chœur les
hymnes divins et patriotiques, les élèves apprennent la discipline nécessaire à
la vie commune et préparent leur intégration civique aussi bien que religieuse.
Dans la
République, Platon attribue aux libertés introduites en musique la décadence
d'une Athènes en proie à l'anarchie. Aujourd'hui, un disciple de l'Académie
imputerait au rock, au reggae et au rap les désordres de la société.
La musique
passe pour également posséder de puissantes vertus morales et individuelles. A
l'harmonie des chants accompagnés, on attribue le pouvoir d'adoucir les mœurs,
d'apaiser les souffrances, de conserver l'eurythmie des états. On pense que, en
réglant la voix, la musique va jusqu'à l'âme.
Contrairement
aux préjugés contemporains sur l'Antiquité, le Grec était beaucoup plus
musicien que plasticien (le dessin ne commencera à être enseigné qu'à l'époque
hellénistique). Pour un Théognis de Mégare, “la lyre, la danse légère, le
chant” résument toute la vie cultivée. Dans son idéale République, Platon
réglemente minutieusement les instruments et les musiques qui feront l'objet de
l'enseignement étatique, car elles détermineront les qualités morales des citoyens.
Dans Les Lois, il conclut fortement que “celui qui (danseur et chanteur à la
fois) ne sait pas tenir sa place dans un chœur, n'est pas vraiment éduqué”.
La
gymnastique constitue la dernière discipline de l'éducation élémentaire,
nécessaire pour faire un bel homme, un citoyen vigoureux, un soldat valeureux.
A la palestre, les enfants s'entraînent sous la direction d'un maître, le
pédotribe (“celui qui entraîne les enfants”), à toutes les formes de sport dont
les concours et les jeux ont consacré l'importance : course et saut, lancement
du javelot et du disque, lutte, pugilat, pancrace. Mais les peintures des vases
nous montrent également des éphèbes en train de jouer à la balle au camp ou à
une sorte de hockey. Certains exercices sont rythmés au son de la flûte, vivace
souvenir, sans doute, des anciens concours de boxe des Minoens.
Comme
les adultes, les élèves s'exercent nus. Etymologiquement, le gymnase est
d'ailleurs le lieu où l'on s'entraîne nu (gumnos, nu). Avant et après, ils se
baignent minutieusement, s'enduisent le corps d'huile, se font masser. Le
gymnase est aussi le lieu des premiers émois amoureux et des premiers
rendezvous galants.
Le rôle
du pédotribe illustre bien le prix attaché à l'éducation physique. La
perfection des corps, leur force, leur souplesse, leur grâce représentent une
part notable de l'idéal humain. A partir du VIe siècle, les gymnases et les
palestres se multiplient dans toute la Grèce. Avec le théâtre, le gymnase
devient un édifice typique des villes grecques. A l'époque hellénistique, on ne
peut être inscrit à Pelléné parmi les citoyens, si l'on n'a pas fréquenté le
gymnase.
Lorsque,
avec les conquêtes d'Alexandre, les Grecs s'établissent en Orient, le gymnase
apparaît comme un signe d'identité face aux populations locales et comme
l'empreinte même de l'hellénisme. A Jérusalem, le grand prêtre Jason, désireux
de s'intégrer à la culture des dominateurs, aurait fondé, avec la permission du
roi Antiochos IV Epiphane, un gymnase pour les adolescents juifs.
A
l'origine, l'athlétisme désigne les jeux qui préparent à la guerre. Pourtant,
après les défaites de la guerre du Péloponnèse et surtout après Chéronée (338),
les Athéniens reconnaissent l'insuffisance de l'entraînement sportif comme
forme exclusive de préparation militaire. En 335, ils décident d'instituer
l'éphébie, service civique et militaire obligatoire pour tous les hommes entre
dix-huit et vingt ans.
La
première année, après une tournée des sanctuaires de la ville, les conscrits
rejoignent les camps de Munichie et de l'Actê, situés au Pirée. Là ils
s'entraînent au combat hoplitique, au tir à l'arc, au lancement du javelot et
au service de la catapulte. A la fin de l'année, ils défilent devant
l'assemblée du peuple puis reçoivent le bouclier rond et la lance de l'hoplite.
Enfin ils prêtent le serment civique dans le temple d'Aglauros. La main tendue
au-dessus de l'autel, ils jurent de combattre vaillamment pour leurs dieux,
leurs foyers et leurs compagnons, de rendre la patrie plus forte et d'obéir aux
ordres que la sagesse des chefs saura leur donner. Pendant la seconde année,
ils tiennent garnison dans des forts de la frontière et s'exercent au service
de patrouille en campagne. Au terme de leur service, les éphèbes deviennent des
citoyens.
L'enseignement
supérieur
Vers
300, Athènes décide la suppression du service militaire obligatoire. L'éphébie,
ramenée à une année, se transforme en système d'enseignement supérieur. Au lieu
de patrouiller le long des frontières, les jeunes hommes, quand ils ne font pas
du sport, écoutent des leçons et des conférences. Ils disposent d'une
bibliothèque, qu'ils enrichissent eux-mêmes : chaque promotion est tenue de
procurer un lot de cent volumes.
Les
deux principales matières du programme sont la philosophie et la rhétorique. De
nombreuses inscriptions athéniennes, échelonnées de 123 à 38, contiennent des
décrets de l'assemblée (ekklêsia) en l'honneur des éphèbes d'une promotion
donnée : on félicite ces jeunes gens (ou leur cosmète) pour leur assiduité “aux
cours des grammairiens, des philosophes et des rhéteurs, ainsi qu'aux autres
conférences”, sur les diverses sciences notamment.
Comme
les Grecs ont l'esprit de compétition, ces études supérieures sont sanctionnées
par des concours officiels, de gymnastique bien sûr, mais aussi concours de
composition littéraire (éloge en prose ou poème à la gloire d'un dieu ou d'un
héros), de réflexion philosophique et même de calcul.
Dans
les nombreuses disciplines abordées, l'éphèbe ne pouvait sans doute acquérir
que des notions très générales : des clartés sur tout, mais sans rien pousser à
fond. Pour approfondir les matières auxquelles ils n'ont été qu'initiés, les
jeunes hommes, en fait les plus fortunés ou les plus talentueux, doivent
fréquenter les écoles de philosophie ou de rhétorique.
Dans la
vulgarisation de la philosophie, de la rhétorique et des sciences, les
sophistes ont, par leurs conférences et par leurs leçons rémunérées, joué un
rôle décisif. Mais, s'ils ont profondément influencé leurs contemporains, ces professeurs
itinérants, toujours entre deux cités, n'ont fondé aucune institution
pédagogique susceptible de leur survivre.
De même
Isocrate (436-338), élève des sophistes, exerce une immense influence en
réformant la rhétorique et en ouvrant à Athènes une “université”, qui disparaît
en même temps que lui. En revanche, l'Académie fondée par Platon en 387
s'affirme durablement comme la plus grande université de la Grèce païenne,
jusqu'à sa fermeture en 529. Comme Homère, passionnément admiré et férocement
critiqué, Platon a fait “l'éducation de la postérité” (Phèdre, 245 a).