Alexandre franchit l'Hellespont en 334. Dès l'automne 332, le satrape Mazakès lui remet l'Egypte sans combattre. Le pays n'en est pas à sa première domination étrangère. Depuis déjà le Ier millénaire, les Lybiens, les Ethiopiens et les Perses ont tour à tour foulé son sol.

 

François Querrec

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Histoire de l'Egypte

 

Les civilisations néolithiques et énéolithiques du Nord et du Sud de la vallée du Nil forment dès le Ve millénaire deux grands royaumes, composé chacun de petits Etats.

 

La culture et les institutions égyptiennes se développent à compter du IIIe millénaire, sous les deux premières dynasties. Imouthès, premier ministre du fondateur de la IIIe dynastie, permet l'essor de la civilisation pharaonique. Sous son impulsion, une politique architecturale ambitieuse entraîne l'édification de  nombreux monuments. Ils feront la gloire de cette civilisation, mais concourent à l'asservissement de la population.

 

Dès l'Ancien Empire, l'Egypte parvient à un degré de civilisation remarquable. Mais la IVe dynastie marque bientôt l'apparition de princes locaux qui contribuent à la chute de l'Empire. Il faut attendre l'avènement de la XIe mais surtout de la XIIe dynastie pour que l'Empire retrouve ensuite une certaine unité.

 

Après les périodes du Moyen Empire et du Nouvel Empire, l'Egypte se retrouve divisée entre deux souverains. Les ambitions de chacun sont propres à fragiliser l'Egypte pour longtemps.

 

C'est seulement avec Psammétique le Grand, fondateur de la XXVIe dynastie, que l'on voit  un roi parvenir à restaurer l'unité et l'éclat de la civilisation pharaonique et à redonner à la monarchie sa grandeur. Amasis, usurpateur du trône, poursuit la même voie. Sous son règne, l'Egypte connaît une période de prospérité. Mais il sent déjà gronder la menace perse aux frontières.

 

L'Egypte et la Perse

 

Si l'on accepte le propos de Xénophon, l'Egypte et Chypre constituent les limites occidentales de l'Empire perse. Cet auteur attribue la conquête de l'Egypte à Cyrus le Grand (555-522). Mais il est peu probable que ce dernier soit le véritable conquérant de l'Egypte.

 

Il faut sans doute attendre son successeur, Cambyse (529-522), pour voir les Perses conquérir le territoire égyptien. Le souverain perse se tourne vers l'Egypte, que son père n'avait pas eu le temps et les moyens de conquérir. L'expédition de Cambyse est rapportée en particulier par Hérodote.

 

Le roi d'Egypte perçoit la menace perse. Mais des affaires intérieures l'empêchent de se préparer comme il l'entend. Au moment où l'Egypte a besoin de stabilité, le roi Amasis meurt (568-525). Lui succède Psammétique III (dernier roi de la XXVIe dynastie). Les alliés de ce dernier lui font défaut au moment où le souverain perse décide d'opérer la conquête de son territoire. Polycrate, tyran de l'île de Samos, se rapproche du roi perse et Phanès d'Halicarnasse rapporte à Cambyse des informations sur l'état des forces de l'Egypte.

 

Très vite Cambyse parvient à Gaza. Un traité avec les Bédouins lui permet de garantir le ravitaillement de son armée en eau durant la traversée du désert entre la Palestine et l'Egypte.

 

L'affrontement entre les forces de l'Achéménide et celles du nouveau roi se déroule devant Péluse. L'armée egyptienne subit une défaite. Psammétique prend la fuite mais est bientôt fait prisonnier. Cambyse ne rencontre plus d'obstacle jusqu'à Memphis. La terre égyptienne lui est promise.

 

L'Egypte perd son indépendance. Le souverain achéménide nomme un gouverneur perse, Aryandès, à la tête de l'Egypte.

 

Cambyse adopte dans un premier temps une attitude respectueuse à l'égard de cette nouvelle conquête. Suite aux troubles produits par l'arrivée des Perses en Egypte, il décide de restaurer l'ordre. Il répare donc les dégâts commis par ses troupes lors de l'invasion. Il adopte ensuite les attributs du pharaon et le titre de roi de Haute et Basse Egypte, et se fait instruire des mystères de la religion.

 

Mais bientôt il opère des exactions qui contribuent à le rendre impopulaire aux yeux des Egyptiens. Cette attitude du souverain est justifiée par la folie qui aurait saisi le roi selon ce que nous rapporte les chroniqueurs et historiens de l'époque.

 

Cambyse choque le clergé. En effet il s'en prend aux dieux et aux cultes égyptiens. Il blesse le taureau sacré Apis, qui jouit d'une immense popularité. Ce dernier meurt quelques jours plus tard. Le Grand Roi élimine également les desservants de ce culte. Il commet ensuite un sacrilège en perpétrant des exactions sur la momie du roi Amasis, qu'il fait disparaître par le feu. Enfin il s'attaque aux privilèges des temples en limitant leurs revenus tout en respectant leurs droits.

 

Mais un usurpateur a mis à profit sa présence en Egypte pour s'installer sur son trône. Cambyse prend donc le chemin du retour (522), mais décède au cours du voyage qui le ramène en Perse.

 

Darius I (521-485) lui succède. Il ne songe pas à élargir son autorité sur cette région du monde. Les échecs de son prédécesseur, qui avait tenté des expéditions coûteuses pour l'armée perse le découragent. Une expédition de Cambyse vers l'oasis de Siwah (où se trouve l'oracle d'Ammon) avait ainsi entraîné la perte d'une armée de cinquante mille hommes.

 

Le nouveau souverain achéménide opère un voyage en Egypte. Il cherche à bénéficier de l'appui des prêtres égyptiens, et permet durant cette période à l'Egypte de demeurer prospère. Il opère des travaux qui doivent permettre à cette satrapie de développer ses échanges commerciaux. Il fait ainsi réouvrir le canal qui relie le Nil à la Mer rouge.

 

Malgré cette politique la révolte gronde. Les paysans demeurent particulièrement mécontents car cette occupation étrangère accroît les charges qui pèsent sur eux.

 

L'Egypte va tenter à plusieurs reprises de se libérer de l'emprise perse. Une première révolte (486) intervient sous le règne de Darius I mais elle se solde par un échec. Suite à la disparition de Xerxès (485-464), successeur de Darius I, un deuxième soulèvement intervient sous le règne d'Artaxerxès I (464-424), mais une nouvelle fois le conquérant étranger parvient à réduire à néant les velléités d'indépendance des Egyptiens (464-454). Pourtant ce deuxième soulèvement montre que les Perses ne parviennent pas à maintenir une domination sans faille sur l'Egypte.

 

Il faut attendre le règne d'Artaxerxès II (404-358) pour voir l'Egypte parvenir à ses fins. Les Perses ne parviennent plus à contrôler cette sixième satrapie, et l'Egypte recouvre son indépendance avec Néphocritès six ans plus tard (399).

 

Pendant quelques années les Achéménides demeurent incapables, malgré plusieurs tentatives, de reprendre pied dans la vallée du Nil.

 

Pourtant l'Egypte n'arrive pas mettre à profit ce retour à l'indépendance. Incapable de s'organiser de manière à résister à la menace perse qui campe à ses frontières, elle retombe bientôt sous la domination des Achéménides. Artaxerxès III (358-338) décide la reconquête de l'Egypte (343-342). Le sol égyptien est donc rendu à l'état de province perse. Le souverain perse s'aliène la population égyptienne par une politique rigoureuse à l'égard des autochtones.

 

Egyptiens et Perses

 

Il ne faut pas croire que les différentes révoltes égyptiennes aient constitué des soulèvements unanimes contre la domination perse. Certes les agissements de Cambyse et d'Artaxerxès III ont contribué à entretenir un sentiment de haine à l'égard de l'occupant.

 

Pourtant tel n'a pas toujours été le cas. De nombreux Egyptiens n'ont pas hésité à collaborer avec les Perses. En témoigne le célèbre  Udjahorresnet, qui conduit la flotte égyptienne sous Amasis puis sert Psammétique avant de se mettre au service de Cambyse puis de Darius I. Il reçoit de nombreux honneurs au cours de sa carrière, ainsi que des biens et des bijoux. Sa position lui permet d'apporter sa protection au temple de Neith à Saïs.

 

Les contacts étroits qui se nouent parfois entre les deux communautés incitent certains Egyptiens à chercher à s'assimiler aux conquérants tandis que certains Perses adoptent eux des coutumes égyptiennes comme celle d'invoquer les dieux égyptiens.

 

Peut-être l'attitude de Darius I a-telle inspiré à certains de ses compatriotes. Le souverain achéménide respecte les usages égyptiens. Il développe une activité de construteur. Sa réalisation la plus remarquable et la plus symbolique est sans doute le sanctuaire dédié à Amon-Rê qu'il fait édifier dans l'oasis d'ElKhargeh. Il s'y fait représenter en pharaon avec la couronne et les attributs caractéristiques de sa qualité, présentant des offrandes aux dieux et aux déesses.

 

Darius I ne semble pas avoir véritablement apporté de modifications majeures à l'administration fiscale. Certes il crée les “senti”, qui ont pour responsabilité, au niveau de toute l'Egypte, de collecter l'impôt. Il ne bouleverse pas non plus l'organisation territoriale de l'Egypte, instituant simplement une division de l'Egypte en circonscriptions tout en conservant les anciens “nomes”.

 

Dans le même état d'esprit, s'il tâche de placer aux postes d'administrateurs de cette satrapie des ressortissants perses, nombreux sont les Egyptiens qui participent à l'administration et demeurent au service de l'empereur.

 

Comme un certain nombre d'Egyptiens ont su servir les intérêts du Grand Roi, nombreux sont ceux qui ne font point de difficulté à l'arrivée d'Alexandre en Egypte. Bien au contraire ils l'accueillent avec soulagement ; ils viennent d'endurer l'autorité d'Artaxerxès III, et l'arrivée du conquérant macédonien semble sonner le glas du joug perse. Les Egyptiens collaborent à la politique d'Alexandre comme déjà par le passé un certain nombre d'entre eux l'avait fait pour le Grand Roi.