Les victoires des Grecs dans les guerres médiques sont trompeuses. Aux Ve et IVe siècles, la véritable superpuissance est l'Empire perse. Et Alexandre de Macédoine ne réussit à le conquérir, que pour s'affirmer comme le dernier et le plus puissant des Achéménides.

 

François Querrec

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Lorsque Alexandre découvre le cadavre du Roi des rois assassiné par les siens en 330, il ne songe pas un seul instant à triompher. Il s'incline devant la dépouille de Darius III et reprend le flambeau d'un rêve oriental vieux de plus de cinq siècles.

 

Grandeur et décadence de la Médie et de la Perse

 

L'histoire perse se confond avec l'histoire des empires et des Etats qui se sont succédés en Iran, la Perse n'adoptant le nom d'Iran qu'au cours de la première moitié du XXe siècle de notre ère.

 

A la fin du deuxième et au début du premier millénaire, des mouvements de population se produisent sur le plateau iranien. Les nouveaux arrivants mèdes et perses ne tardent pas à dominer les populations autochtones. Ils forment le premier empire proche-oriental en s'unissant sous un même sceptre à l'arrivée au pouvoir de la dynastie des Achéménides.

 

La première mention de ces peuples dans des sources écrites est à mettre à l'actif des Assyriens. Leurs annales nous informent de l'arrivée des Mèdes en 836.

 

Le puissant Assyrien voit d'un mauvais œil la montée en puissance de voisins qui peuvent se révéler dangereux. Salmanasar (roi d'Assyrie) puis ses fils ne leur laissent bientôt plus aucun répit. Mais les Mèdes s'accrochent farouchement à leurs terres et résistent. L'Assyrien met alors à  profit la division des Mèdes en principautés et impose une politique de terreur.

 

Leurs territoires conquis, les Mèdes passent sous le contrôle  de l' administration assyrienne. Mais ils multiplient les rébellions pour recouvrer liberté et indépendance. A force de ténacité, la jeune puissance mède finit par avoir raison de l'Assyrie. Déjocès (768-675) parvient à coaliser les différentes tribus mèdes et se fait élire roi. Ecbatane devient sa capitale.

 

Son fils Phraorte (VIIe siècle) lui succède et impose son hégémonie sur les autres chefs mèdes. L'empire Mède culmine lorsque Cyaxare (VIIe-début VIe siècle) parvient au pouvoir et étend les frontières du territoire, malgré une parenthèse de 28 ans durant laquelle l'Empire se retrouve sous la domination des Scythes. Une fois leur indépendance retrouvée, les Mèdes associent leur force à celles des Babyloniens, des Scythes et des Cimmériens pour éliminer définitivement le danger assyrien.

 

La Médie devient rapidement la première puissance de l'Asie. Cyaxare développe une administration capable de le seconder efficacement dans la gestion de son empire. Celui-ci entre en conflit avec la puissance voisine, la Lydie. Une éclipse de soleil intervient le 28 mai 585 : les protagonistes l'interprétent comme la manifestation du courroux des dieux et décident de fixer les frontières de leurs territoires respectifs en l'état.

 

Le successeur de Cyaxare, Astyage (v.584-550), ne continue pas son oeuvre. Profitant de la douceur de vivre, du luxe que lui procure sa position, il oublie ce qui a fait la réussite de ses prédécesseurs, une vie simple et rude. Il marie sa fille avec Cambyse, roi perse vassal. Le fruit de leur amour, Cyrus, roi des Perses, va très rapidement réunir sous sa couronne les deux peuples. En 555, Ecbatane tombe, l'empire des Mèdes disparaît.

 

Cyrus (555-522), homme d'Etat intelligent et visionnaire loué par Hérodote et Xénophon, construit les bases d'un empire aux dimensions gigantesques, que plus tard Darius s'attachera à consolider. Il parvient dans un premier temps, après avoir soumis l'Hyrcanie et la Parthie, à réunir sous un même sceptre Mèdes et Perses. Puis l'expansion de l'Empire s'accélère : Cyrus le Grand conquiert la Lydie, les villes grecques du littoral, mais aussi la Drangiane, l'Arachosie, la Margiane, la Bactriane et enfin Babylone.

 

Les souverains perses, par une succession de victoires, soumettent de nombreux peuples. Ils développent une politique de conquête originale. Protecteur de tous, le roi perse Cyrus ne demande aux assujettis qu'une simple conduite pacifique et le paiement du tribut annuel. Il demeure respectueux des usages, de la langue et de la religion des peuples conquis.

 

Son successeur Cambyse (529522) rompt avec la ligne politique tracée par Cyrus. Surnommé “le roi fou”, il met, quelque temps après la conquête de l'Egypte, le feu à la ville de Thèbes, saccage les temples et persécute les prêtres égyptiens après avoir provoqué la mort du bœuf sacré Apis en enfoncant un poignard dans sa cuisse. Il sera “puni” par là où il a pêché.  Informé du stratagème d'un usurpateur qui, se faisant passer pour son frère, a pris le pouvoir en son absence à Suse, il retourne en Perse. Sur le chemin qui le ramène à Suse, il est blessé à la cuisse, au même endroit où naguère il avait touché mortellement le boeuf égyptien. Il décède sans jamais revoir sa capitale.

 

Darius (521-485), cousin de Cambyse, poursuit la voie tracée par Cyrus et un temps abandonnée par Cambyse. Il débarrasse l'Empire de l'usurpateur avec l'aide de six nobles coalisés.

 

Le choix du roi revient aux sept grandes familles nobles qui ont su faire la lumière sur la traîtrise de l'usurpateur. Hérodote, historien grec, nous conte la manière avec laquelle, en l'absence de successeur direct,  ces familles confient les clefs du pouvoir à Darius. Les sept prétendants laissent les dieux se prononcer et ont recours à l'hippomancie. Ils se retrouvent donc le lendemain, au lever du soleil. Le premier dont le cheval hennira sera déclaré choisi par l'animal sacré du dieu soleil. Le stratagème de l'écuyer de Darius emporte la décision : il fait passer une pouliche à l'endroit même où son maître doit immobiliser sa monture au petit matin. De fait, au moment décisif, le cheval de Darius hennit de joie. Dès lors le successeur de Cyrus prend en main la réalisation du rêve oriental des Achéménides.

 

Le nouveau prince renoue immédiatement avec la politique du grand Cyrus. Son avènement est porteur d'un retour à l'ordre de l'Empire. Les vélléités d'indépendance de certains peuples sont très rapidement réprimées. Les satrapes qui se gonflaient d'ambitions personnelles ne tardent pas à être éliminés.

 

L'Empire connaît avec Darius son âge d'or. Roi administrateur, il parachève l'organisation de L'Empire amorcée par Cyrus. Roi conquérant, il fait correspondre l'étendue de son pouvoir aux limites naturelles du territoire perse. Au Nord la mer Caspienne, le Caucase et la mer Noire ; au Sud le golfe Persique et le désert d'Arabie ; à l'Ouest l'Egypte et la Méditerranée ; enfin à l'Est l'Indus et le Penjâb.

 

Les successeurs achéménides de Darius n'auront pas le même talent. Intrigues de cour, complots, assassinats occupent la dynastie, tandis que régions et peuples soumis se soulèvent, sans que le roi paraisse en mesure de mettre fin au désordre.

 

Xerxès (485-464) pourtant, tente de renouer avec le rêve de Darius. Il lance l'immense armée perse à l'assaut de la Grèce. Mais la bataille de Salamine sonne le glas des ambitions du roi perse. A Salamine, malgré une supériorité numérique, la flotte de Xerxès est défaite, obligeant le souverain à reprendre la route de l'Asie. Toutefois il ne renonce pas encore à faire plier l'Occident et laisse une partie de ses troupes en Thessalie. C'est oublier la ligue du Péloponnèse qui impose à Platée une nouvelle défaite à l'armée perse et la prive de son général.

 

Après Darius, c'est au tour de Xerxès de voir s'évaporer son rêve de domination sur la Grèce. La témérité de l'âme grecque a eu raison de la puissante armée du Roi des rois. Dorénavant la Perse sait qu'elle n'est plus regardée comme invincible.

 

Xerxès (assassiné avec son fils), Artaxerxès (464-424), Xerxès II (424, assassiné après 45 jours de règne), Darius II (424-404), Artaxerxès II (404-358), Artaxerxès III (358-338, empoisonné), Darius III (335-330)... Les souverains perses se succédent sans qu'aucun ne sache renouer avec les vertus de ses aînés. La décadence de la dynastie achéménide amène Darius III à fuir devant l'avancée d'Alexandre le Grand.

 

Alexandre ne fera pas table rase du passé. Il suivra la voie tracée par Cyrus et Darius et renouera avec cette conception d'une royauté respectueuse et tolérante. Il s'inscrit comme le digne héritier des achéménides.

 

L'organisation de l'Empire

 

 Le souverain perse est prince héréditaire. La succession au trône est réglée par le roi régnant en faveur de l'un de ses fils. Le roi prétend être l'élu du dieu mazdéen des Perses, Ahura Mazda.

 

Pour le peuple, il représente l'image vivante de la divinité et bénéficie de la part de ses sujets d'un véritable respect religieux : tout homme se prosterne devant lui, face contre terre. Considéré comme le représentant de la paix et de la justice, il ne peut participer directement aux combats et s'installe lors des campagnes sur une hauteur pour observer le déroulement des événements.

 

Si le bon plaisir de ce prince absolu fait la loi, le monarque ne décide rien sans consulter les nobles personnes qui l'entourent et le secondent fidèlement. Ceux-ci possèdent d'importants privilèges et bénéficient de nombreuses prérogatives.

 

Soucieux de l'adhésion des populations soumises à son autorité impériale, le roi fait respecter les usages des peuples conquis. Chaque région conserve donc ses coutumes, sa morale, ses dieux... parfois jusqu'à ses chefs, ce qui confirme le titre de Roi des rois du prince achéménide ; il est le souverain perse de multiples ethnies vassales.

 

Pour administrer un aussi vaste territoire, Cyrus puis Darius déléguent l'exercice de leur pouvoir. Des satrapes sont placés à la tête d'un gouvernement régional. Gens de haute naissance, ils sont nommés par le roi pour une période indéfinie et révocables à tout instant. Véritables vice-rois, ils ne sont responsables que devant le prince. Leurs pouvoirs sont très étendus et ils possèdent une réelle autonomie de gouvernement.

 

Le nombre de satrapies et leur étendue évoluent en fonction des campagnes des souverains achéménides. Mais à l'origine, Darius divise son Empire en vingt satrapies, dont les principales sont la Syrie des rivières-la Babylonie-l'Assyrie, l'Egypte, la Bactriane, le pays des Saces et la Drangiane.

 

Chaque satrape dispose d'une administration, d'un palais et d'une cour. Il gouverne au nom du roi et lui rend compte régulièrement de sa mission. Celle-ci est de maintenir la paix dans sa région, de faire régner la justice, d'assurer la sécurité des routes, de percevoir l'impôt et de lever des troupes en temps de guerre. Pour les territoires de plus faible étendue, le souverain nomme des gouverneurs qui ont le même rôle que les satrapes.

 

Le roi va devoir encadrer, surveiller ses satrapes, car plusieurs manifestent des velléités d'indépendance. Aux côtés de ceux-ci il place donc des autorités indépendantes des satrapes, directement liées à lui. Dans les forteresses, le monarque envoie des officiers supérieurs pour commander les troupes royales des garnisons. Ils reçoivent directement leurs ordres du roi ou de sa cour et échappent totalement à l'emprise des satrapes.

 

Des secrétaires royaux sont également envoyés pour assurer les travaux de chancellerie et transmettre la correspondance de la satrapie à la cour.

 

Enfin, des tournées de commissaires royaux sont effectuées. Surnommés “les yeux et les oreilles du roi”, accompagnés d'une force de police pour faire appliquer leurs décisions, ils inspectent à l'improviste les provinces et rendent compte au roi de l'administration de ses satrapies. Leur compétence est très étendue et ils jouissent auprès du roi d'un tel crédit que leurs observations sont suivies d'effet.

 

Cyrus accorde une importance particulière à la perception de l'impôt, à l'organisation de son armée et à l'exercice de la justice, moyens qui constituent les bases de son empire et que Darius tâche dès son avènement de consolider.

 

L'impôt perçu par les satrapes est annuel et équitablement réparti en fonction des richesses de chaque satrapie. En sont exemptés les Mèdes et les Perses, qui offrent régulièrement au Roi des rois des cadeaux.

 

Le satrape apporte la quasi-totalité du produit de l'impôt à Suse après en avoir prélevé une petite quotité pour l'administration de sa province et son propre usage. Les versements sont effectués en espèces (lingots d'or et d'argent convertis en pièces) et en nature (chevaux, bétail, denrées diverses). La population locale prend également à sa charge l'entretien de la maison du satrape et le ravitaillement des troupes royales en campagne ou en garnison.

 

L'armée perse est impressionnante par le nombre de soldats engagés dans chaque campagne du souverain et par la diversité qu'elle recouvre. Lors des guerres médiques, ce sont plusieurs centaines de milliers d'hommes d'origines diverses que l'on engage dans le combat. Ce trait caractéristique de l'armée perse joue en défaveur de l'Empire, car elle manque de cohésion face à une armée grecque soudée par une même foi et parfaitement disciplinée.

 

L'aristocratie mède et perse constitue l'ossature de ce monstre. Le prince s'entoure d'une garde impériale de 4 000 soldats, cavaliers et fantassins. Un corps d'élite permanent, les Immortels, se charge de la sécurité de l'Empire. Il veille à assurer la paix sur le territoire et protège les frontières. En temps de guerre, ces hommes sont secondés par les recrues des différentes satrapies et par les armées des feudataires de toutes les provinces de l'Empire.

 

Le roi perse accorde une attention particulière à l'exercice de la justice, qu'il souhaite pondérée. Il est le juge suprême et sanctionne lui-même les atteintes à sa personne ou à la sûreté de l'État. Il délègue à des sages la justice civile.

 

Les châtiments sont terribles. Etouffement, empoisonnement, pendaison, crucifixion sont monnaie courante. Pour les cas de trahison, le sujet a les oreilles et le nez coupés, parfois les yeux crevés. Les souverains perses se rendent à l'occasion coupables de cruauté, Cambyse particulièrement. Mécontent d'un juge royal, il le met à mort et le fait écorcher, pour recouvrir le siège du tribunal avec sa peau. Enfin il contraint le fils à s'asseoir sur le siège de son père, en le nommant juge à son tour.

 

La civilisation Achéménide

 

Lorsque les dynastes achéménides fondent leur empire, la Perse n'a pas de tradition artistique propre. Des contacts que cette civilisation noue au cours de son histoire résulte un art composite qui emprunte à la tradition assyrienne puis à Babylone, à l'Egypte et à la Grèce.

 

On ne relève pas d'architecture religieuse. Seuls quelques autels consacrés à Ahura Mazda subsistent (le culte du dieu ne se célébrait pas dans des temples). Là était entretenu le feu sacré, manifestation de la présence de la divinité.

 

  L'art perse se traduit par des édifices monumentaux. Cyrus puis Darius font édifier d'immenses palais où la grandeur et l'élancement des constructions le disputent au luxe de la décoration. Leur place est capitale dans l'art perse.

 

Le premier palais est celui de Pasargadès, lieu de couronnement des rois achéménides. Situé dans le Fars, au cœur du berceau de la dynastie régnante, il dessine le plan d'ensemble des futures réalisations impériales. Le principe est la dispersion des constructions : une entrée monumentale, puis une salle d'audience, enfin un palais.

 

Persépolis, autre capitale des Perses, est située dans le haut pays élamite. Proche de la nécropole royale, elle est fondée à la fin du VIe siècle par Darius Ier. Prestigieuse, elle exalte la grandeur du souverain achéménide. Le palais impérial comporte une salle du trône majestueuse où défilent pour l'éternité les tributaires de l'Empire, représentés face au Grand Roi et àson fils.

 

Avec l'extension progressive du territoire, le souverain s'installe bientôt à Suse, qui devient le centre politique et administratif de l'Empire. Les rois n'auront jamais de résidence fixe. Darius gouverne à Suse, où des délégations de tout l'Empire se rendent à l'occasion du nouvel an pour prêter hommage et fidélité au Roi des rois et l'assurer de la fidélité et de la loyauté de ses sujets, mais il réside durant les grandes chaleurs de l'été à Ecbatane, ancienne capitale des Mèdes, et revient régulièrement à Pasargadès.

 

L'archéologie ne  rapporte pas l'existence d'une sculpture perse. Seuls des bas-reliefs ont été mis à jour sur les murs des terrasses et des différents palais. Les palais funéraires sont, à partir de Darius, taillés dans la roche et reproduisent les mêmes caractéristiques que les palais royaux. De proportion monumentale, le grand roi y est représenté en adoration devant le dieu Ahura Mazda. Vingt-huit personnages représentés sur deux rangées apportent le témoignage de la soumission des peuples conquis par le roi.

 

Darius généralise l'emploi de la monnaie, facteur d'essor économique. Sur les pièces d'or qui ont été retrouvées, l'effigie du roi montre ce dernier un genou en terre, armé de son arc.

 

Le souverain veut favoriser, par la paix et la sécurité, les échanges à l'intérieur de l'Empire et permettre au commerce avec les autres civilisations de se développer. Une politique de grands travaux s'ouvre avec Darius. Il développe les moyens de communication dans tout l'Empire pour relier la capitale avec les provinces les plus reculées, déplacer plus rapidement les forces militaires nécessaires à la protection des frontières et à la paix intérieure, faciliter les transactions commerciales. Les anciens chemins sont ainsi améliorés et de nouvelles routes construites. Une voie royale voit le jour, reliant Sardes, proche de la mer Egée, et Suse, proche du golfe Persique, distantes de 2 500 kilomètres.

 

Tout au long de ces routes, auberges et relais sont aménagés. Des forteresses sont installées aux différents points stratégiques. Sur les grandes rivières, le roi prévoit un système de bac ou de pont pour permettre le franchissement des obstacles naturels. Une poste est créée. Des cavaliers dans chaque garnison se relaient pour informer rapidement le roi de l'administration de son empire.

 

Les Mèdes et les Perses n'ont pas eu le souci de laisser des traces écrites de leur passage. Les Gâthâs (cantiques poétiques composés par Zoroastre), partie la plus ancienne de l'Avesta (livre sacré du Mazdéisme), nous ont été transmises par la tradition orale. Leur transcription est postérieure à la période achéménide.

 

Les principales informations sur leur civilisation nous sont fournies par l'archéologie et les œuvres d'historiens grecs tels que Hérodote ou Xénophon.

 

A la cour de Darius, le vieux perse est la langue officielle, mais bien d'autres dialectes sont utilisés, l'Empire respectant les particularismes de chaque peuple. Toutes les inscriptions que nous ont laissées les Perses sont gravées en caractères cunéiformes.

 

Le jeune aristocrate perse bénéficie d'une éducation qui le prépare non seulement à la vie mais aussi à assumer plus tard des responsabilités dans l'Empire. Le manque de moyens financiers limite de fait l'accès à l'enseignement des enfants issus des autres catégories sociales, sans qu'ils soient officiellement exclus du système éducatif. Le jeune Perse apprend à monter à cheval, à tirer à l'arc et à dire la vérité. Il devient un homme au caractère droit, respectueux de la parole donnée. Au contact de prêtres (mages) ou de sages, il assimile également un certain nombre de notions en matière de religion, de médecine ou de droit.

 

Il semble que les souverains perses n'aient pas été des adeptes de Zoroastre ou Zarathoustra, réformateur du mazdéisme (v.VIIIe-VIIe siècle). Le zoroastrisme ne devient religion d'Etat qu'avec les Sassanides (IIIe-VIIe siècle apr. J.-C.). Et plusieurs indices incitent à penser que, malgré la place accordée à la divinité Ahura Mazda, les Perses n'ont qu'un lointain rapport avec cette religion.

 

Cyrus se fait bâtir une sépulture royale à Pasargadès, où il fait graver la formule : “Je suis Cyrus, qui ai conquis aux Perses cet empire. Ne m'envie pas l'infime poignée de terre qui recouvre mon corps.”

 

Lorsque Darius disparaît, il est inhumé près de Persépolis, à Naqsh-iRoustem. Son tombeau est taillé dans le roc d'une falaise abrupte et porte la mention “Si tu penses : combien de pays différents possédait le roi Darius, regarde l'image de ceux qui soutiennent mon trône, tu les reconnaitras et tu apprendras ceci : la lance de l'homme perse a pénétré au loin, et tu apprendras ceci : que l'homme perse a bataillé loin de la Perse”.

 

Les successeurs suivront l'exemple de Darius et feront bâtir leur dernière demeure à proximité de cet endroit, alors que les zoroastriens considèrent la dépouille d'un mort comme impure et l'exposent, offerte en pâture aux vautours. La tolérance religieuse exprimée par les souverains perses ne semble pas correspondre à l'enseignement de cette religion qui demande à ses adeptes de combattre les ennemis de la foi. Les rois achéménides refusent toute forme de prosélytisme.

 

La puissance perse vaincue par l'Occident, le premier et le plus vaste empire du monde antique disparaît. Mais, en fait, depuis la mort de Darius quelques décennies plus tôt, l'Empire perse n'a pas connu d'empereur capable d'incarner brillamment l'idéal impérial. Dorénavant c'est l'Occident, en la personne du jeune Macédonien, qui préside aux destinées de l'Orient. Adoptant et adaptant la conception barbare du pouvoir, il s'affirme comme le dernier et le plus grand des Achéménides. Qui a écrit qu'il n'y avait pas de paradoxes en histoire ?