Pour
les Grecs, l'Inde se situe aux confins de la géographie, de l'histoire et de la
légende. Les souverains achéménides exercent une suzeraineté lointaine et
artificielle sur cette sorte d'Extrême-Orient. Et Alexandre, conquérant pressé
lâché par son armée, ne fait guère qu'effleurer et secouer un instant ce
continent immobile.
François
Querrec
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Les
archéologues sont parvenus à déterminer pour la protohistoire indienne
l'existence d'une civilisation urbaine entre le IVe et le IIIe millénaire. Les
sites les plus caractéristiques de cette période sont ceux d'Harappa (Panjab)
et Mohanjo-Daro (Sindh). Puis, s'agissant du IIe millénaire, il ont distingué
une vague migratoire qui a touché cette région et détruit les sites urbains de
Harappa et de MohanjoDaro.
L'Inde
et les Achéménides
Le
Panjab ou Pendjab (région arrosée par les affluents de l'Indus, aujourd'hui
partagée entre l'Inde et le Pakistan) et le Sind (basse vallée de l'Indus)
entrent véritablement dans l'histoire à partir de l'occupation perse.
L'expansion de l'empire des Achéménides se prolonge bientôt jusqu'au Nord-Ouest
de l'Inde.
Les
différents contacts entre les Achéménides et l'Inde sont difficiles à préciser
: peu de documents sont disponibles et ils sont bien souvent contradictoires.
Si des sources littéraires permettent de dégager certains traits, on ne possède
quasiment pas de documents épigraphiques et archéologiques pour évaluer
l'importance de la tutelle achéménide sur l'Inde. Il n'est pratiquement jamais
fait mention de cet espace géographique dans les tablettes de Persépolis ou
dans les Histoires d'Hérodote.
Il
n'est pas certain que Cyrus le Grand (555-522) fit des incursions dans le Nord
de l'Inde. Hérodote mentionne par contre la conquête de l'Inde par Darius I
(521-485), qui concrétise l'ambition des Achéménides. Il descend le Panjab et
fait de l'Inde une nouvelle satrapie (vers 519-518), qui apparaît dans les
listes de Persépolis.
Un
amiral grec au service des Achéménides opère pour le compte du prince une
reconnaissance. Scylax explore l'Indus, du Panjab à l'océan, et rapporte
quantité d'informations. Mais il ne s'agit peut-être là que d'une simple
aventure audacieuse et unique qui aurait marqué les esprits.
La
soumission des Indiens au Grand Roi perse semble bien réelle. Lorsque ce
dernier parvient aux frontières d'un royaume ou d'une cité de l'Indus, des
ambassadeurs se déplacent pour l'accueillir et lui apporter des cadeaux
représentatifs des talents et des richesses de la région.
Les
Perses semblent avoir tiré de l'Inde des revenus considérables. Cette satrapie
s'acquitte d'un tribut d'un montant de quatre mille six cent quatre-vingts
talents d'argent.
A ce
tribut viennent s'ajouter des dons. Chaque satrapie doit en effet, en plus du
tribut traditionnel, apporter au souverain ce que le pays recèle de meilleur et
de plus beau. Les rois de l'Inde livrent ainsi à la cour de l'empereur perse
des éléphants, mais également des produits tel que des rubis ou du jaspe vert,
des parfums délicats, des vêtements d'une teinte originale ou encore une drogue
à base d'excréments d'oiseaux qui, selon Elien, procure à celui qui l'utilise
une mort lente et douce.
L'Inde
est aussi tenue de livrer, outre le tribut et les dons, des élevages de chiens.
Cette pratique sera si bien suivie que les Perses organiseront l'élevage de masse
de chiens de guerre en Babylonie, et que selon Hérodote des villages seront
exemptés du paiement des redevances contre la charge d'entretien de ces chiens.
De
nombreux Indiens sont également enrôlés dans la grande armée perse et
participent aux campagnes du Grand Roi aux côtés de nombreux ressortissants
d'origines diverses. A la bataille de Platée, qui en 479 oppose l'armée perse
de Mardonios et l'armée grecque commandée par Pausanias et Aristide, ils font
partie des troupes d'élite placées en première ligne, avec les Mèdes, les
Bactriens et les Saces.
De la
faiblesse du fonds documentaire découle la difficulté de déterminer le régime
politique de cette partie du monde. On croise tour à tour des monarchies, des
clans oligarchiques confiant le pouvoir à une autorité élue. Certaines
alliances peuvent être dégagées, également des relations de vassalité, mais
l'articulation des pouvoirs est difficile à déceler.
Lorsque
Alexandre atteint la vallée de l'Indus, il ne trouve quasiment pas
d'inscription ou de texte mentionnant la nomination par les Perses d'autorité
locales. Signe de l'imperfection de la tutelle achéménide sur cette marche de
l'Empire.