A
l'origine des commerçants dont l'habileté et la richesse attirent toutes les convoitises.
Dominée successivement par l'empire d'Assyrie, par l'empire achéménide puis par
Alexandre, elle gardera toujours une certaine indépendance.
Laura
Battini-Villard
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En 333
av. J.-C. Alexandre le Grand conquiert Issos. Puis, il s'empare de Tyr (332),
après un siège de sept mois. Toute la côte phénicienne lui est ainsi soumise.
Cette côte était peuplée de commerçants, dont les origines remontent à la
préhistoire (paléolithique). Mais l'appellation de "Phéniciens" date
seulement du I.e. millénaire. Venant des Grecs, le terme dérive probablement
d'une racine qui signifie "pourpre", car ce peuple était spécialisé
dans la coloration des tissus. Les Phéniciens purent se développer
tranquillement à partir de 1 200 av. J.-C. À cette époque, les grandes
puissances du Proche-Orient, qui jusqu' alors avaient dominé la scène
politique, sont éclipsées. Certaines se sont
effondrées, d'autres vivent un moment de restructuration nécessité par
les bouleversements de l'arrivée de tribus semi-nomades. Les villes
phéniciennes ont été protégées des destructions et de l'arrivée massif de ces
tribus par les Monts du Liban. Elles ont pu continuer à se développer,
indépendamment les unes des autres. Car il n'a jamais existé en Phénicie de royaume
unitaire. Chaque ville était le centre d'un petit État, avec sa propre dynastie
et son roi. La situation géographique favorisait cette séparation.
Vers 1
200, la suprématie crétoise et mycénienne sur la Méditerranée s'effondre. Les
Phéniciens reprennent la domination de la région et s'enrichissent
considérablement. Les fameux navires, construits en cèdre et à voile carrée
sillonnent la Méditerranée. Leurs expéditions durent souvent longtemps, pas
moins d'une année. Les îles et îlots
sont autant d'étapes avant d'arriver à destination. Les Phéniciens
connaissaient bien les courants maritimes dominants et ils se servaient des
étoiles pour se diriger. Leur but initial est la recherche de matières
premières (étain, argent, cuivre, or, plomb, fer), qui étaient ensuite
travaillées sur la côte phénicienne. les rapports commerciaux se fondaient
principalement sur une économie de troc. Les échanges se faisaient au moyen
d'objets ; coupes, patères, tripodes en bronze, mais aussi d'ivoires sculptés,
textiles colorés, ou encore des objets en verre (pendants, perles, vases à
parfum).
Vers la fin du IXe siècle et le début du
VIIIe siècle les Phéniciens commencent à établir des colonies en Afrique du
nord (Carthage), en Sicile occidentale, en Sardaigne, en Espagne et dans les
îles (Baléares, Malte). À la même époque, les cités grecques essaiment tout
autour de la Méditerranée en fondant,
des colonies, notamment, en Syrie, en Afrique du nord, en Italie
méridionale, en Sicile, en Gaule, en Espagne, ou en Corse. Il est probable que
Phéniciens et Grecs se soient répartis les différentes zones d'influence. Mais
si les colonies grecques étaient pratiquement indépendantes de la mère patrie,
les colonies phéniciennes, en revanche, vont rester soumises et tributaires de
leur cité-Mère jusque vers le VIe siècle. À cette époque Carthage prit la place
de la Phénicie dans le contrôle des autres colonies de la partie occidentale du
bassin méditerranéen.
La
soumission des royaumes phéniciens à l'empire néo-assyrien (ca. 850-610 av.
J.-C.) ne va pas vraiment altérer leur situation : les villes devaient payer
des tributs à l'Assyrie et une partie de leurs artisans et marins produisaient
ou travaillaient pour le roi assyrien. Ce dernier, cependant, va éviter de
durcir son autorité sur ces villes. Il était, en effet, bien plus intéressant
de profiter au maximum des richesses acquises dans le commerce par les citées.
Le roi prélevait ainsi une partie des bénéfices, sans devoir ni l'organiser, ni
le financer. La même politique fut appliquée par l'empire néo-babylonien
(610-539). Pourtant, les deux empires ne réussirent pas à soumettre Tyr, malgré
un siège de treize ans (585-573 av. J.-C.).
La
Phénicie sous domination Perse
En 539
Cyrus conquit Babylone, la capitale de l'empire néo-babylonien et fonde ainsi
l'empire perse. Cette conquête entraînait celle de tous les territoires soumis
à Babylone. Cyrus réunit la Syrie, la Phénicie et Israël dans la satrapie de
Transeuphratène. Si l'organisation intérieure de la satrapie est mal connue à
l'époque de son règne, on sait qu'aux côtés du satrape (en vieux persan,
"protecteur du pouvoir"), la plus haute autorité politique après le
roi, se trouvaient un trésorier, de nombreux secrétaires et des scribes et des
garnisons. Le satrape contrôlait le paiement du tribut en nature ou en métal
précieux au roi perse et devait assurer la contribution militaire du territoire qu'il gérait.
Pourtant, la création de la satrapie n'élimina pas les formes politiques qui
préexistaient dans les villes. Une certaine autonomie locale, principalement
dans le commerce et dans les cultes continua à exister. Le commerce était
favorisé, il s'agissait comme aux périodes précédentes de tirer le plus grand
bénéfice avec le minimum de frais. Pourtant, sous l'empire perse les villes
phéniciennes jouirent d'une plus grande prospérité qu'auparavant. Les villes
s'agrandirent et s'enrichirent de nombreux monuments, Sidon tout
particulièrement. Cette ville devint la plus importante de la côte et fut
grandement embellie. L'architecture reprendra certains caractères propres de
l'architecture perse, bien que matériaux et techniques restent ceux de la
région. Les arts plastiques subissent également une (certaine) influence perse.
Des statues du griffon perse amis aussi chapiteaux, et colonnes… apparaissent
au cours du Ve siècle av. J.-C..
Mais
c'est d'Égypte que proviennent les emprunts les plus importants. Une composante
égyptienne était présente dans l'art de la côte syrienne depuis le IIIe
millénaire. Mais elle devient plus forte qu'auparavant au VIe siècle. Peut-être
à cause de l'aide militaire des Phéniciens au roi Cambyse dans la conquête de
l'Égypte et de la Libye.
Les
villes phéniciennes mirent à disposition de Xerxès les navires et les marins
nécessaires aux combats contre les Grecs. La renommée des navires phéniciens
était toujours importante. Les monnaies phéniciennes représentaient souvent un
navire sur l'une des faces.
Si la
situation paraissait calme, des rébellions commencèrent au début du IVe siècle. En 392, les
Phéniciens appuyèrent la révolte de Chypre. Mais entre 351 et 345, ils se
révoltèrent eux-mêmes contre Artaxerxès III. Ils utilisèrent probablement des
mercenaires grecs, dont certains envoyés par le pharaon Nektanébô. Les causes
et les origines de cette révolte sont difficiles à saisir. La ville de Sidon
semble avoir joué un rôle important. C'est à cette époque, pendant tout le IVe
siècle que l'influence grecque se fit plus présente. La céramique attique
arrivait plus nombreuse, les rois locaux manifestèrent les premiers le goût
pour les réalisations grecques. En témoignent la diffusion des marbres grecs en
Phénicie et les sarcophages anthropomorphiques de la nécropole royale de Sidon,
où éléments orientaux et grecs se mélangent. Ou encore les oeuvres de sculpture
comme le monument de la danse. Il n'est pas impossible de penser que certains
artistes grecs étaient présents sur la côte phénicienne à cette époque.
Lorsqu'Artaxerxès
III reprit le contrôle de la Phénicie, de nombreuses réorganisations administratives
eurent lieu dans cette satrapie. On
ignore si Sidon fut dirigée directement par le roi perse ou laissée libre.
L'attachement à l'empire perse ne fut jamais très fort puisqu'à l'arrivée
d'Alexandre, la majeure partie des villes phénicienne se rendent sans
combattre.